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Il a été l’une des figures de Téléshopping qui vient de tirer sa révérence. Pour La Dépêche du Midi, Laurent Cabrol revient sur ces quatorze années passées à la tête de l’émission, dont certains épisodes étaient tournés dans sa ferme familiale.

Aujourd’hui âgé de 78 ans, le Tarnais Laurent Cabrol a passé quatorze années à la tête de Téléshopping, l’émission culte de TF1 entre 1994 et 2008.

Que représentait Téléshopping dans votre carrière ?
C’était une nouvelle étape. En aviation, on dirait que j’avais amorcé la descente. J’avais connu les grandes heures de la télévision avec La Nuit des héros, Les Marches de la gloire, La Famille en or ou encore Des chiffres et des lettres : des émissions de 20 h 30 suivies par des millions de téléspectateurs. Puis, on m’a dit : « Vous allez passer de 20 h 30 à 8 h 30. » J’ai donc quitté les grands shows pour Téléshopping. Ce n’était pas un déclassement, mais un changement de rythme. L’émission restait très suivie : un million de téléspectateurs, à une époque où il n’y avait que quelques chaînes. J’en garde un excellent souvenir. C’était une équipe formidable, pleine de bonne humeur.


Vous étiez un peu le plus grand vendeur de France, non ?
(Rires) Oui, on vendait parfois deux mille oreillers d’un coup ! On avait le plus grand magasin de France : un million de téléspectateurs. Mais moi, je voulais surtout faire de la télévision. Les patrons voulaient de la vente, moi je voulais de l’animation. J’ai réussi à imposer un équilibre : moitié vente, moitié spectacle. Le but, c’était de divertir les gens le matin, de les faire sourire. On rigolait, on se taquinait, et le public suivait.

Comment se déroulaient les émissions ?
Chaque vente avait une partie plateau, où l’on discutait du produit, et une partie démonstration enregistrée. On était plusieurs à se relayer : Catherine Falgayrac, Gérard Braud, le cuisinier, et la pétillante Sophie Gaillard, que j’adorais. Sophie venait de Fun Radio, on s’amusait beaucoup ensemble. C’était une bande de copains. Et si un produit ne me plaisait pas, je pouvais refuser de le présenter.

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Vous tourniez aussi dans le Tarn, chez vous ?
Oui, pendant plusieurs étés. Comme je travaillais aussi à Europe 1, on tournait à Saint-Amans-Soult, dans ma ferme familiale. Les équipes logeaient à l’hôtel, mais on mangeait tous ensemble à la maison. On tournait avec les produits du moment : mes rideaux servaient à tester le barrage aux insectes, on filmait dans les prés, avec les vaches et les tracteurs. C’était convivial, très champêtre. Pendant cinq ou six ans, Téléshopping s’est donc invité dans le Tarn.

Tout semblait très organisé à l’écran. C’était vraiment le cas ?
C’était calculé dans l’improvisation. J’arrivais et je demandais : « Qu’est-ce qu’on a aujourd’hui ? » On avait une réunion avant, bien sûr, mais sur le plateau, on improvisait beaucoup.

« Mon plaisir, c’était de faire une émission joyeuse, conviviale. Je me voyais plus comme un bonimenteur de foire que comme un vendeur. »

Certains produits vous ont-ils vraiment convaincu ?
Oui, certains étaient excellents. Le barrage aux insectes, par exemple : un produit fabuleux, dont on a vendu des millions de litres. Mais je ne m’en servais jamais. Je les utilisais pour les démonstrations, puis je les rendais. C’était une question d’éthique. Mon plaisir, c’était de faire une émission joyeuse, conviviale. Je me voyais plus comme un bonimenteur de foire que comme un vendeur.

Les journées de tournage étaient longues ?
Très longues. On enregistrait jusqu’à quarante-cinq minutes par émission, parfois trois ou quatre par jour, de 10 h à 21 h. C’était intense, mais on s’amusait. Quand Gérard cuisinait pour vendre une couscoussière, on mangeait le couscous !

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Et la fin de Téléshopping, le 31 décembre, cela vous a touché ?
Oui, bien sûr. Mais c’était inévitable. Avec Internet, la vente en ligne a tout changé. On disait : « Allez sur notre site pour commander. » Petit à petit, les ventes en ligne ont pris le dessus. Et puis aujourd’hui, il y a quatre-vingt-dix chaînes, dont soixante-dix qui font du téléachat. Ce n’est plus original. Le téléachat n’a pas su évoluer. J’ai toujours pensé qu’il fallait faire de la télévision et de la vente, pas seulement de la vente. Mais les patrons ont préféré miser sur le chiffre. Résultat : quand les gens ont vu un produit une fois, ils ne veulent pas le revoir dix fois.