Un maire sortant a souvent l’avantage sur ses adversaires. À Nantes, Johanna Rolland conserve les clés de l’Hôtel de ville depuis 2014 et le Parti socialiste préside aux destinées de la cité des ducs de Bretagne depuis bientôt trente-sept ans. L’élue, qui avait obtenu 31,36 % au premier tour de 2020, peut aussi compter cette année sur une alliance avec les écologistes avant même le second tour. Il y a six ans, en additionnant leurs scores obtenus au premier, PS et EELV atteignaient près de 51 %. De quoi plier le match en mars prochain ? Peut-être pas.

Car droite et centre sont aussi exceptionnellement rassemblés autour d’un candidat commun, Foulques Chombart de Lauwe. Un inconnu ayant réussi l’exploit, en août dernier, de terrasser le candidat « naturel » des Républicains, Julien Bainvel, à l’occasion d’une primaire interne. Avant de réunir derrière son nom les partis Horizons, MoDem et Renaissance. De quoi donner des ailes à ce Nantais « pur beurre », comme il se décrit, qui a passé une partie de sa vie professionnelle à l’international.

Population toujours croissante

Illustration d’une certaine attractivité, Johanna Rolland peut se targuer de voir sa ville croître en population, même si la pente est moins forte ces dernières années. Avec plus de 325 000 habitants (684 000 pour la métropole), Nantes conserve sa sixième place des villes françaises. Elle sera dotée, d’ici à fin 2027, d’un nouveau CHU constituant aujourd’hui l’un des plus grands chantiers hospitaliers d’Europe, qui sera relié au tramway grâce à la construction de deux nouvelles lignes.

Johanna Rolland maire de NantesJohanna Rolland maire de Nantes (Photo d’archives François Derstoc)

Lieu pour les femmes victimes de violence (Citad’elles), réseau de pistes cyclables étendu, programme culturel riche… : Johanna Rolland a enchaîné les projets, quitte parfois à crisper, à l’image du « Voyage en hiver » et de ses ternes illuminations. Des polémiques toutefois secondaires comparées à l’immense trou d’air traversé par la maire en 2021-2022 autour des questions de sécurité et qu’elle traîne encore comme un boulet.

La sécurité pour thème de campagne

Depuis cette date, Nantes pâtit d’une image – parfois exagérée – de ville « coupe-gorge ». L’explosion du narcotrafic, comme ailleurs en France, a objectivement vu la délinquance progresser sur le début de mandat, avec son lot de guerre de territoires dans les quartiers où l’on n’hésite plus à tirer à la kalachnikov. Mais, à coups de recrutements de policiers nationaux et municipaux, ainsi que de caméras de vidéosurveillance – qui dépassent désormais les 350 -, la situation s’est améliorée depuis trois ans. Ce que ne manque pas de rappeler Johanna Rolland. « Jamais la ville de Nantes n’aura autant investi en matière de sécurité que dans ce mandat. Nous avons doublé les effectifs de la police municipale. J’ai aussi fait voter, à l’unanimité, la mise en place de la police métropolitaine des transports en commun. On a activé tous les maillons de la chaîne : l’éducation, la prévention, mais aussi la sanction et la fermeté. On va continuer avec le même sérieux, avec la même détermination. »

Une réaction trop tardive et insuffisante selon son adversaire, qui plaide pour 900 ou 1 000 caméras et veut doter la police municipale d’armes létales, ce à quoi se refuse la maire, « otage de ses alliés écologistes », selon Chombart de Lauwe, accusé, pour sa part, par Johanna Rolland de flirter avec le Rassemblement national. Ce qu’il réfute. « Il n’y aura pas d’alliance avec l’extrême droite. »

Alliance cachée avec LFI ?

A contrario, le candidat de la droite reste persuadé que la maire sortante tendra, elle, la main à l’extrême gauche et aux insoumis dans l’entre-deux-tours ; les écologistes ayant déjà ouvert la porte à une alliance. Des accusations que la socialiste balaie d’un revers de la main. « J’ai fait un choix très clair. J’ai dit que je voulais une campagne de premier tour rassemblée, sans accord avec LFI. Les gens détestent qu’on soit déjà en train de faire des pronostics pour l’après. C’est un respect des étapes démocratiques. Je n’ai qu’un seul adversaire dans cette campagne, c’est la droite et l’extrême droite », affirme-t-elle. Rendez-vous est pris au 16 mars, lendemain du premier tour, pour le vérifier.