Par

Glenn Gillet

Publié le

3 janv. 2026 à 17h32

Ce sont de prime abord des objets que beaucoup jugeraient anodins : de simples bouteilles d’eau en plastique, posées à proximité de cuvettes de toilettes. Mais selon une enquête du journal L’Humanité, la RATP les aurait prises en grippe, estimant qu’elles permettent de façon systématique aux employés et sous-traitants musulmans de réaliser leurs ablutions rituelles, et donc de prier sur leur lieu de travail. Il s’agit selon le quotidien d’un exemple de la « chasse » organisée par la régie de transports vis-à-vis des musulmans. De quoi déclencher une saisine du Défenseur des droits annoncée vendredi 2 janvier 2026 par le Conseil français du culte musulman (CFCM), association représentant le culte musulman auprès de l’État français.

Des pratiques « que l’on pourrait aisément qualifier de harcèlement »

L’enquête menée par le journal de gauche révèle l’existence d’une note interne, signée par l’ancien PDG de la RATP Jean Castex, qui recommande aux cadres de retirer les bouteilles des toilettes lorsqu’ils en découvrent. Une décision visant à appliquer l’interdiction légale faite aux employés d’une institution de service public de prier sur leurs lieu et temps de travail.

Dénonçant une note « aberrante » et « absurde », le CFCM estime qu’avec de telles pratiques, « la surveillance et le contrôle des musulmans – que l’on pourrait aisément qualifier de harcèlement – s’étendent ainsi jusque dans les lieux d’aisance ».

L’association déplore également dans son communiqué que « pour encadrer cette chasse, la note informerait également les managers de la RATP des horaires précis des cinq prières musulmanes quotidiennes, afin d’intensifier les contrôles durant ces moments ».

Ces faits, s’ils sont avérés, constituent selon le CFCM une « atteinte aux libertés et à notre pacte républicain ». Contactée, la RATP n’a pas répondu à notre sollicitation à ce stade.

« Une véritable chasse à tout ce qui est musulman ou perçu comme tel »

L’enquête de L’Humanité intervient quelques jours seulement après la révélation par Mediapart, et avant cela par le média Politis, de licenciements et de radiations d’employées des Hôpitaux de Paris accusées d’utiliser les charlottes de soignants non seulement dans un but médical et sanitaire, mais aussi pour couvrir leurs cheveux dans le cadre de leur pratique de l’islam.

« La lutte contre ‘l’entrisme islamiste’ se mue chaque jour davantage en une véritable chasse à tout ce qui est ‘musulman’ ou perçu comme tel. Cette chasse indigne prend de plus en plus une tournure extrémiste, irrationnelle et contraire tant à l’esprit qu’à la lettre de la laïcité », écrit le CFCM, qui « appelle les autorités à mettre un terme à cette confusion et à ces amalgames entre extrémistes et musulmans pratiquants ».

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