L’attaque américaine au Venezuela et la capture du président Nicolas Maduro pourraient avoir d’importantes répercussions qui dépassent largement les Amériques.
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Dans la nuit de vendredi à samedi, Washington a lancé une vaste offensive dans le pays d’Amérique du Sud, en plus d’avoir capturé le chef d’État vénézuélien et de l’avoir emmené aux États-Unis.
«Il y a une certaine onde de choc et de surprise, à la fois par le résultat, mais certainement par la manière. En gros, ici, vous êtes presque dans une version hollywoodienne où vous avez des forces spéciales qui entrent dans le pays en pleine nuit pour aller capturer le président d’un pays et le sortir du pays», a expliqué le membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand, Guillaume Lavoie, en entrevue à l’émission Le Québec matin, à LCN.
Si l’opération militaire américaine a été particulièrement réussie, la suite des choses pourrait être beaucoup plus compliquée, prévient l’expert.
«C’est le festival des points d’interrogation. [Il y a] deux voies possibles ou envisageables: soit on prend Monsieur Maduro et on vous l’apporte pieds et poings liés devant un tribunal américain pour qu’il soit jugé, ou, sinon, on voudra utiliser Monsieur Maduro un peu pour le forcer à autoriser ou à avaliser ce qui vient de se passer pour favoriser un passage à un autre régime et [à] un autre pouvoir pour calmer le jeu», indique M. Lavoie.
Par ailleurs, l’avenir du Venezuela est loin d’être clair.
«Est-ce que, ce matin, c’est le début d’un temps nouveau pour le Venezuela? Rappelons que le régime Maduro […] est l’héritier du régime Chavez, ce régime maléfique gangrené par une corruption absolue qui n’a aucun respect des droits individuels, qui opprime sa population et qui l’a même affamée à certains moments. Que ce régime-là tombe, ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour les gens du Venezuela. Maintenant, est-ce que ce régime-là qui tombe, ça veut dire que c’est le début d’un temps nouveau, puis qu’on aura une démocratie florissante ou c’est encore plus de chaos?» s’interroge Guillaume Lavoie.
L’histoire récente montre que faire sauter un dictateur n’offre aucune garantie à la population.
«Monsieur Maduro est tombé. Est-ce que ça veut dire que les forces du régime Maduro vont seulement le remplacer ou [qu’]il sera suivi d’un régime démocratique normal? Faire tomber Saddam Hussein n’a pas fait de l’Irak un succès. Faire tomber Mouammar Kadhafi n’a pas fait de la Libye un succès. Faire tomber le régime de Bachar al-Assad n’a pas créé la paix et l’allégresse en Syrie», mentionne le spécialiste en politique internationale.

Capture d’écran LCN
Domination des riches et puissants
L’intervention américaine au Venezuela pourrait également accélérer une dynamique où les nations les plus puissantes agissent sans retenue pour atteindre leurs objectifs stratégiques, économiques et politiques.
«Si on voulait une autre démonstration de l’effondrement du monde post-Deuxième Guerre mondiale, je n’ai pas souvenir d’un grand débat à l’ONU pour savoir si on [devait] intervenir au Venezuela et voici les preuves. Pas de discours à la nation, pas de discours devant le Congrès. En gros, on a ici un dirigeant à la tête d’une armée riche et puissante qui décide de faire ce qu’[il] veut. Et les pays faibles au pourtour doivent subir ce qu’ils doivent», résume le membre associé à la Chaire Raoul-Dandurand.
En théorie, la Chine et la Russie perdent un allié en Maduro, mais ces deux pays pourraient tirer profit du coup d’État américain au Venezuela.

AFP
«Ce que Monsieur Trump est en train de faire comme démonstration ici, c’est que si vous êtes riche et puissant et qu’il se passe quelque chose dans votre cour arrière, vous avez un genre de droit d’intervenir. Remplacez Trump par Poutine et le Venezuela par l’Ukraine… ça va être difficile pour les États-Unis d’avoir une posture morale face à Monsieur Poutine en disant: “Vous ne devriez pas faire ça, on n’envahit pas les pays voisins”», clame M. Lavoie.
Ce dernier ne croit d’ailleurs pas que Moscou et Beijing riposteront à Washington à la suite de cette attaque au Venezuela.
«Ils ne seront pas heureux de ça. […] Par contre, au général, le sacrifice du Venezuela leur permet de renforcer cette thèse que leur cour arrière est à eux. On n’aime pas beaucoup ce qu’a fait Monsieur Trump avec le Venezuela où on a des intérêts, mais en même temps c’est très dur de ne pas dire après ça: Taïwan appartient à la Chine parce que c’est dans son pourtour, comme le détroit de Taïwan, comme la mer de Chine. Et autour de la Russie, oui, il y a l’Ukraine, ensuite il y a l’est de la Moldavie. Qu’en sera-t-il des pays baltes? Peut-être qu’on s’est acheté plus de problèmes à long terme», conclut Guillaume Lavoie.
Pour voir l’entrevue complète, visionnez la vidéo ci-haut.