« Mon premier souvenir de Rennes, c’est le parc Oberthür, juste à côté de l’immeuble où nous avions trouvé un petit appartement, avec mon épouse et mon jeune fils, fraîchement arrivés de région parisienne. Ce parc représentait une vraie bouffée d’air. De la verdure, des jeux, une vie de quartier agréable. C’était un point d’ancrage immédiat.

Les premiers pas à Rennes

Je suis arrivé en 1989. Je ne me souviens plus exactement de la saison, mais je me rappelle surtout d’une période de grosse phase administrative. Il fallait trouver une école pour le petit, mettre en place une nouvelle vie de famille. Ce qui m’a frappé assez vite, en comparaison avec Paris, c’est la propreté de la ville. J’ai trouvé Rennes plus agréable à vivre au quotidien.

Très rapidement, j’ai aussi trouvé du travail au restaurant Le Galopin, comme maître d’hôtel. J’y suis resté près de trente ans. Je ne sortais pas beaucoup en dehors du boulot, mais mon métier me plaisait.

« Comment je suis devenu rennais », un dossier à retrouver dans le Mensuel de Rennes de janvier
Chaque année, des milliers de personnes s’installent à Rennes. Comment devient-on pleinement membre de la cité ? Des personnalités de la ville, qui furent un jour de nouveaux arrivants, livrent au Mensuel de Rennes le récit intime de leur parcours d’habitant, du tout premier jour à aujourd’hui. À retrouver dans les kiosques ce vendredi 2 janvier.

Mes souvenirs les plus marquants

Les bons souvenirs sont nombreux, notamment liés aux rencontres. Le Galopin était un lieu où passaient beaucoup d’artistes, de dessinateurs de bande dessinée, surtout lors des dédicaces chez Ty Bulle. Comme j’étais passionné de BD, je leur demandais de me dessiner un radis. J’en ai collectionné des dizaines, faits par des grands noms comme Bilal ou Fred. Il y avait aussi des comédiens, des chefs d’entreprise, des responsables politiques…

Les mauvais souvenirs sont plus personnels. Ils concernent surtout mes enfants. Un accident domestique qui aurait pu être très grave, un jour où je n’étais pas à Rennes, m’a obligé à rentrer en voiture à toute allure depuis la Normandie. Il y a aussi ce souvenir d’un de mes fils, encore très jeune, qui est sorti seul de l’école Saint-Hélier et a traversé la ville tranquillement pour rentrer à la maison. Je l’ai vu débarquer dans l’appartement et me dire qu’il ne voulait pas aller en classe… Bon, au moins, ça montre que la ville était sûre.

Artistiquement, Rennes m’a beaucoup donné

Autre souvenir, plus artistique : un jour, une de mes œuvres est installée près de la Vilaine – un radis réalisé à partir d’une planche de surf. Mais le lendemain, alors que la presse était conviée, l’œuvre avait disparu. Volée ! Je suis passé de la fierté à la grosse déception…

Ce que Rennes m’a apporté

Rennes m’a apporté du plaisir, de la joie, une vraie qualité de vie. Je m’y déplace à vélo. La mer est à une heure de route. Pour quelqu’un comme moi, originaire des Côtes-du-Nord, c’est un compromis idéal entre grande ville, campagne et littoral. Artistiquement, Rennes m’a beaucoup donné. La municipalité m’a notamment soutenu pour installer un radis géant dans l’espace public. Pour un artiste qui n’a pas fait les Beaux-arts, avoir une œuvre aussi visible est une reconnaissance forte. Aujourd’hui encore, j’ai des projets et des envies. Je prépare une rétrospective. Plus d’un millier de mes radis-gargouilles ont fleuri sur les murs, et l’un d’eux a même trouvé sa place à Kiev ! »