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Un troisième foyer de dermatose nodulaire bovine a été détecté en Ariège. Face à une propagation jugée incohérente, Philippe Lacube, président de la Chambre d’agriculture de l’Ariège réclame d’urgence un abattage ciblé.

Après l’abattage de 113 bovins ce vendredi 2 janvier à Léran, dans l’est du département, un autre foyer de dermatose nodulaire bovine (DNC) vient de se déclarer dans le Couserans, dans la vallée de la Bellongue. Ce troisième foyer, pour lequel l’abattage de 15 vaches et de 10 veaux est prévu ce lundi 5 janvier, porte à 345 le total de bovins abattues en Ariège depuis le 9 décembre dernier.

Pour Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, la situation est « anxiogène et inquiétante » : « Après vaccination aujourd’hui, il faut absolument que le gouvernement annonce un abattage ciblé et plus un abattage total. Il y a une attente qui est forte là-dessus. On ne peut pas continuer. Sinon, à ce rythme-là, dans six mois, on n’a plus une vache dans les Pyrénées ».

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« C’est une véritable roulette russe »

Des Bordes-sur-Arize à Léran, puis Buzan dans le Couserans, les cas de DNC se multiplient sur le territoire, sans logique apparente. Selon l’éleveur, la propagation de la maladie a changé de nature. « On n’est plus, comme cela a été observé auparavant en Savoie ou dans les Pyrénées-Orientales, face à une dizaine ou une douzaine de cas concentrés autour d’un foyer. Aujourd’hui, il s’agit d’une dissémination globale de la maladie. Il s’agit d’une nouvelle forme de développement particulièrement inquiétante, puisque désormais tout élevage, partout en Ariège et à tout moment, peut être touché. C’est une véritable roulette russe. Et ce n’est pas tenable. ».

Cette dissémination de la maladie interroge profondément les éleveurs. « Je m’interroge fortement sur notre connaissance réelle des vecteurs et des modes de développement de cette maladie, explique Philippe Lacube. Il y a, selon moi, une part d’inconnue. Je pense qu’elle est probablement présente chez nous depuis plusieurs mois, de manière larvée, et qu’elle se manifeste — ou non — chez des animaux plus fragilisés. On ne connaît pas tout de cette maladie, ni de sa dissémination, ni des vecteurs qui la propagent. Aujourd’hui, je suis très, très interrogatif. »

« Si on nous avait écoutés il y a trois mois ! »

Enfin, le président de la chambre d’agriculture, également éleveur bovin, confie ses regrets face au refus de l’État de vacciner en Ariège, il y a trois mois : « C’est une immense blessure de ne pas avoir pu bénéficier de cette vaccination. Si on nous avait écoutés à l’époque, tout cela aurait été évité, et des bêtes auraient été sauvées. Aujourd’hui, nous n’en serions pas là. C’est, pour moi, le plus grand regret vis-à-vis de l’État, tant sur sa considération des corps intermédiaires que sur son incapacité à nous entendre. »

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Une rencontre entre les syndicats, à laquelle participera notamment Sébastien Durand, président de la CR09, et le Premier ministre Sébastien Lecornu, est prévue ce lundi 5 janvier à 18 heures. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, pourrait par ailleurs faire de premières annonces dès ce dimanche, après un mois de décembre marqué par la colère des agriculteurs autour de la dermatose nodulaire et du dossier Mercosur.

« Je me félicite que les syndicats soient reçus à Paris par le Premier ministre et que des Ariégeois fassent partie de la délégation. Je sais également que la ministre de l’Agriculture doit s’exprimer demain et, d’après ce que j’ai entendu dire, elle devrait aussi m’appeler », conclut Philippe Lacube.