Par
Thomas Martin
Publié le
4 janv. 2026 à 12h01
En France, deux présidents ont été assassinés dans l’exercice de leurs fonctions. Le premier, Sadi Carnot, est tué le 24 juin 1894 à Lyon par l’anarchiste italien Sante Geronimo Caserio. Son assassinat marque durablement la mémoire républicaine. Le second, Paul Doumer, est mortellement blessé à Paris le 6 mai 1932. Malgré la gravité du crime, cet événement est aujourd’hui largement oublié.
Père endeuillé et chef d’Etat austère
Né le 22 mars 1857 à Aurillac, Paul Doumer est issu d’un milieu modeste. Entré très jeune dans l’administration, il mène une carrière politique ascendante sous la Troisième République. Il est notamment gouverneur général de l’Indochine française de 1897 à 1902, période durant laquelle il met en place d’importantes réformes fiscales et administratives.
De retour en métropole, il occupe plusieurs postes clés, dont celui de ministre des Finances, puis de président de la Chambre des députés. Élu président de la République en juin 1931, il incarne la rigueur budgétaire et un attachement fort aux institutions.
Sa vie personnelle est profondément marquée par la Première Guerre mondiale : quatre de ses fils meurent au combat, un drame qui contribue à forger son image publique de père endeuillé et de chef d’État austère.
Ce 6 mai 1932, Paul Doumer assiste à l’inauguration d’un salon consacré aux écrivains anciens combattants, à la fondation Rothschild, rue Berryer, dans le 8ᵉ arrondissement de Paris. Au cours de la visite, il reçoit deux balles d’un pistolet : une à la base du crâne (sortie au niveau de la pommette droite) et une autre au niveau de l’aisselle droite.
Paul Doumer est transporté à l’hôpital Beaujon, situé à proximité du lieu de l’attentat. Victime d’une importante hémorragie en raison de la section de l’artère axillaire, il est opéré et subit plusieurs transfusions. Il meurt le lendemain, le 7 mai 1932, à 75 ans.
L’auteur des tirs est Pavel Gorguloff, un émigré russe. Lors de son procès, il revendique un geste politique confus, mêlant nationalisme extrême et hostilité au bolchevisme.
Les historiens s’accordent sur un point essentiel : il n’agissait pas pour le compte d’une organisation structurée. Condamné à mort par la cour d’assises de la Seine, il est guillotiné en public le 14 septembre 1932.
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Paul Gorgulov après son interpellation (©Wikicommons)
Le corps du président défunt est exposé au palais de l’Élysée pendant quelques jours, et des obsèques nationales sont organisées le 12 mai en la cathédrale Notre-Dame de Paris ainsi qu’au Panthéon. Paul Doumer est ensuite inhumé dans le caveau familial du cimetière de Vaugirard, situé dans le 15e arrondissement de Paris
Un assassinat tombé dans l’oubli
Paul Doumer est le dernier président de la République française assassiné. Pourtant, contrairement à Sadi Carnot, son assassinat occupe aujourd’hui une place marginale dans les manuels scolaires, les commémorations nationales et le récit collectif.
Pourquoi l’assassinat de Paul Doumer est-il tombé dans l’oubli ? Certains historiens avancent diverses explications allant de l’instabilité politique chronique des années 1930 à l’absence de rupture institutionnelle majeure après le crime, en passant par la proximité avec d’autres crises historiques majeures (montée des totalitarismes, Seconde Guerre mondiale).
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