Publié le
4 janv. 2026 à 11h40
Comme toutes les religieuses, elle voulait rester discrète, mais des amis l’ont convaincue d’accepter : sœur Marie-Anne Latscha s’est vue remettre l’insigne de chevalier de l’ordre du Mérite à Roubaix (Nord). Il faut dire que son parcours solidaire est exceptionnel, entre la France et l’étranger. Elle a notamment beaucoup aidé au Rwanda lors du génocide en 1994. Retour sur les 60 ans de vie de services de la religieuse.
Patrick Sandevoir, président national de l’ordre du Mérite, l’a dit : il est « rare qu’un dossier aille aussi vite à aboutir ». C’est lui qui a remis, en tant que parrain, la médaille à la religieuse résidant à Roubaix depuis 2011. La cérémonie a eu lieu dans une salle de l’église du Sacré-Coeur, boulevard de Strasbourg, quartier de l’Hommelet.

La remise de la médaille par Patrick Sandevoir, président national de l’ordre du Mérite. ©Anne-Sophie Hourdeaux/Croix du NordMadagascar, Zaïre, Mauritanie
Originaire d’Alsace, elle rentre chez les Filles de la Charité en 1967, envoyée d’abord à Loos-lez-Lille puis dans la Marne.
Surtout, la religieuse a beaucoup voyagé. De 1989 à 1997, conseillère générale des Filles de la Charité pour les pays francophones, elle a visité les communautés religieuses d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient. Patrick Sandevoir a rappelé les moments forts de ses responsabilités : « A Kinshasa en République démocratique du Congo en 1989, vous rencontrez la misère, les pillages. À Madagascar, vous êtes témoins des conditions d’études des élèves dans des classes surchargées à toit de chaume, vous réunissez des fonds pour construire une école en dur. Au Zaïre, vous visitez les prisonniers et leur apporter un soutien médical. En Mauritanie, confrontez à la forte mortalité infantile des populations nomade, vous y installez une communauté religieuse et un dispensaire ».

La médaille est accompagnée d’un petit ruban bleu. ©Anne-Sophie Hourdeaux/Croix du NordFonder des camps d’enfants en plein génocide rwandais
Un pays l’a particulièrement marquée, même si elle n’y est restée que quelques mois : le Rwanda. Il faut dire que c’était en 1994, au moment du terrible génocide. À cette époque, elle visite les Filles de la Charité vivant sur place. Puis, elle aide à fonder plusieurs camps d’enfants réfugiés, car la situation dramatique beaucoup de séparations familiales et d’orphelins.
Vous découvrez les cadavres dans les rues à cause du choléra, vous participez à la distribution alimentaire, vous soignez les malades sous les tentes. Grâce à votre sens de l’organisation, vous ouvrez un camp en une nuit pour accueillir 150 enfants de 5 à 16 ans !
Patrick Sandevoir, de l’Ordre national du Mérite
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Les amis de sœur Marie Anne étaient présents. ©Anne-Sophie Hourdeaux/Croix du Nord
Dans ce camp, elle est marquée par la tristesse et les traumatismes des enfants.
Ils ne riaient pas, ne dansaient pas, eux qui le faisaient tant, traumatisés par les morts dont ils avaient été témoins. Josette, 6 ans, criait dès qu’on lui lâchait la main… Elle avait vu mourir son curé à coups de machette. Un jour, on a manqué de bois, et le camion était en panne, il a fallu mobiliser tous ceux qui le pouvaient, il fallait faire 3 km à pied. Chacun a ramené une bûche. Quand on est arrivé, les enfants applaudissaient, et pour la première fois depuis longtemps, ils ont dansé…
Sœur Marie Anne Latscha.
Que faire pour les aider ? « On les écoutait, on les entourait d’affection, on les embrassait… » Elle a été frappée par la forte mortalité des bébés, comme le rappelle le président de l’ordre du Mérite : « Ils étaient pourtant soignés. Vous vous rendez compte que loin des bras de leur maman, ils mouraient de chagrin… »
Elle retient aussi la belle solidarité internationale : « Les pays riches ont envoyé des colis pour aider : les Allemands ont érigé un château d’eau, l’Espagne a fourni des biscuits protéinés, la France des médicaments. C’était magnifique ! »
Depuis qu’elle est à Roubaix en 2011, comme responsable de la communauté boulevard de Strasbourg (elles sont 4), elle aide à l’apprentissage du français des étudiants étrangers, elle visite des malades à l’Ehpad, prépare des colis avec le CCAS, assure baptême et préparation au catéchuménat.
Elle a contribué au dossier pour la béatification de Rosalie Rendu
Dans l’assistance lors de sa remise de médaille, 3 amis de la religieuse : Isabelle, Ghislaine et Jean-Noël. « Je connais sœur Marie Anne depuis plus de 20 ans, lorsqu’elle vivait à Paris. Avec ma sœur Ghislaine, on a gardé contact ». À Paris, de 1997 à 2011, sœur Marie Anne était secrétaire de la maison généralice, sa congrégation gérant la chapelle de la médaille miraculeuse, rue du Bac.
Là, elle a travaillé sur la béatification de Rosalie Rendu (validée en 2003), Fille de la Charité au XIXe siècle, qui a notamment aidé à fonder la Société Saint-Vincent de Paul. « Ce qui a permis sa béatification est un miracle, la guérison d’une autre religieuse de cette congrégation, Thérèse Becquet. Sœur Marie-Anne a présenté son dossier au Vatican, recueillant de nombreux témoignages » explique Patrick Sandevoir. La maladie dont a guéri sœur Thérèse, c’est la « syringomyélite », la même maladie qu’Isabelle.
Le mari de Ghislaine, Jean-Noël Delaune, devient lui aussi ami de la religieuse. Colonel de réserve chez les pompiers, il est aussi le trésorier de l’ordre du Mérite. « C’est en découvrant qu’une religieuse avait reçu cette distinction que je me suis dit : ‘Et pourquoi pas sœur Marie Anne ?’ Elle a tant fait dans sa vie ! »
Mais il a fallu plusieurs mois pour que son amie accepte qu’il présente son dossier. « Elle ne cherche pas les honneurs… »
Émue, sœur Marie Anne a eu une pensée pour ses parents, « dont la foi et l’altruisme ont marqué mon enfance », et tous les pauvres qu’elle a rencontrés. « Je les ai servis et aimés ».
L’ordre du Mérite est remis à 2 500 personnes par an en France.
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