Tout ce qui a été écrit ou presque est faux ».
Ce sculpteur et peintre saintais a fréquenté le peintre Gustave Courbet (1819-1877). Il est cité par le critique d’art Jules-Antoine Castagnary (1830-1888), ami de Courbet à l’origine de son séjour en Saintonge en 1862. Est-ce cette collaboration qui offre à Camille Arnold un vent de notoriété que lui-même n’a pas demandé et qui aurait pu donner lieu à des raccourcis fantaisistes ?
Gérard Godet, dépité par l’inexactitude d’écrits qui faisaient référence, est formel : « Tout ce qui a été écrit est faux. » Au fil de ses lectures, il a relevé des confusions entre Camille Arnold et ses fils (les frères Arnold), enfants qu’il n’a jamais reconnus : Emmanuel Fernand, né en 1847 et mort à Pons à une date inconnue ; Antoine « Émile » Raphaël, né en 1848 et mort à Tours à une date inconnue. Dits « Arnold », ils étaient tous les deux sculpteurs et travaillaient avec leur père dans un atelier de la rue de la Souche, à Saintes, à l’emplacement de la Fabulleuse Savonnerie. La mère, Joséphine Aglaé Paris (1818-1875) était institutrice. Ensemble, ils ont aussi eu une fille, Sara.
Recensement et article de presse
À Saintes, place de l’Aubarrée, la statue de Bernard Palissy est signée « les frères Arnold ». « Jamais avant 1866, ils n’avaient été autorisés à signer ainsi », souligne Gérard Godet, assez persuadé que le père ne courait pas après la notoriété ou la postérité. « Il était probablement un marginal. » L’unique trace administrative laissée par Camille Arnold est trouvable dans le recensement de Saintes de 1865. L’autre indice provient d’un article de presse de l’époque qui indique que l’artiste serait arrivé à Saintes en 1844. « Il a disparu en 1873 », mort ou volatilisé.
Et pourquoi s’intéresser à cet étrange Camille Arnold ? Passionné de généalogie, Gérard Godet avait hérité d’ « un carton de dessins » que son cousin et archiviste à l’évêché, Guy Bichon, avait conservé. Gérard Godet découvre alors des dessins d’autels et de pierres tombales. Trois indiquent le n° 26 de la rue Saint-Eutrope à Saintes. L’adresse correspond à celle de Justin Héraud (1831-1904).
La qualité des dessins interpelle Danièle et Gérard Godet, qui se demandent s’il n’a pas été l’élève d’Arnold, père. Mais quand ces amoureux d’histoire commencent à farfouiller, ils sont frappés par le flou qui entoure la biographie du sculpteur. Un fascicule trouvé au fonds ancien de Saintes les conduit à Clérac et, au sens propre, sous le maître-autel de l’église de la commune. Là, où sont gravés les noms du père et des deux frères, « avec des fautes ». Ce sera le point de départ de leur enquête.