Dans les rayons des magasins de jouets ou sur les étals de
Nocibé, difficile d’échapper aux coffrets « soins
visage » pour enfants dès 3 ans. Crèmes,
masques, gloss et même
fards à paupières séduisent un public de plus en
plus jeune, poussé par les tendances TikTok sous les hashtags
#sephorakids ou #skincareforkids. Cette obsession précoce du soin
et du maquillage, souvent relayée par les réseaux sociaux, inquiète
de plus en plus les professionnels de santé.
Une récente analyse de 60 Millions de consommateurs confirme leurs
craintes.
L’étude, réalisée en décembre 2025, a passé au crible 18
produits cosmétiques destinés aux enfants. Résultat : aucun n’est
irréprochable. Tous contiennent au moins une substance
allergisante ou irritante, et certains
même des perturbateurs endocriniens suspectés.
Pourtant, ces produits sont vendus comme étant « adaptés aux peaux
sensibles », parfois avec des allégations flatteuses sur leur
douceur ou leur composition « naturelle ».
Des soins inutiles et dangereux selon les experts
Derrière les promesses marketing, les dermatologues montent au
créneau. « En dépit de messages marketing largement diffusés, il
n’y a aucune “routine beauté” à conseiller chez l’enfant »,
explique le dermatologue Pierre Vabres lors des
Journées dermatologiques de Paris 2025, d »après
60 millions de
consommateurs. Selon lui, « les soins cosmétiques de
beauté chez les enfants dont la peau est saine sont totalement
inutiles ». Un simple nettoyage à l’eau et au savon au pH
neutre suffit.
Mais l’enjeu dépasse la simple irritation cutanée. « De
telles habitudes peuvent donner à l’enfant une image de soi
faussée, voire érotisée, correspondant à celle d’un “adulte en
miniature”, chez qui des pratiques esthétiques seraient nécessaires
à son bien-être », alerte encore le spécialiste. En plus d’un
impact dermatologique, les conséquences psychologiques d’une telle
exposition aux standards esthétiques sont loin d’être anodines.
Substances toxiques dans des produits
notés A
Parmi les produits testés et listés par Passeport
santé, ceux des marques françaises Ouate
ou Lav Kids obtiennent pourtant la note
A au Cosméto’Score, l’indice évaluant les
risques pour la santé et l’environnement. Mais même ces
références dites « relativement adaptées » contiennent des
parfums allergisants, du propylène
glycol, ou encore des tensioactifs
irritants.
Plus inquiétant encore, les deux produits de la marque
australienne Oh Flossy cumulent les mauvais
points. Leur composition inclut du salicylate de
benzyle, un allergène réglementé et surtout « un
perturbateur endocrinien suspecté », selon Emmanuel
Chevallier, ingénieur chimiste à l’Institut national de la
consommation. Son verdict est sans appel : « Ils ne sont donc
pas adaptés aux enfants. »
Face à ces accusations, la marque Oh Flossy se défend : « La
sécurité des enfants et des jeunes est au cœur de toutes nos
démarches. Nos formulations utilisent des ingrédients autorisés,
réglementés [en Australie, NDLR] et largement employés dans
l’industrie cosmétique. »
Même dans les pharmacies ou parapharmacies, la vigilance est de
mise. Le masque « licorne » Martinelia, noté A,
contient malgré tout trois irritants et un composé éthoxylé.
« Ce composé chimique obtenu par réaction avec de l’oxyde
d’éthylène (cancérogène), utilisé pour rendre une substance
initialement très irritante moins agressive, mais pouvant présenter
un risque pour la santé », précise Emmanuel Chevallier.
Les maquillages ne sont pas en reste. Certains gloss, comme ceux
des marques Martinelia et Rosajou, affichent un score santé E, la
pire note possible. L’un contient de l’éthylhexyl
méthoxycinnamate, l’autre du dioxyde de
titane. Les fards à paupières font encore pire :
parabènes, phénoxyéthanol,
colorants synthétiques… Même les vernis sont
pointés du doigt pour leurs perturbateurs endocriniens suspectés et
leurs ingrédients allergisants.
Pour limiter les risques, les spécialistes recommandent de
n’utiliser aucun cosmétique chez l’enfant, sauf
exception ponctuelle. Si cela s’avère indispensable, mieux vaut
choisir une formule sans parfum, courte, et vendue en pharmacie. Et
surtout, se souvenir que « il n’existe aucune routine beauté à
recommander chez l’enfant dont la peau est saine ».