Par

Léa Pippinato

Publié le

4 janv. 2026 à 9h40

« Je dors trois heures, parfois quatre. » Pascale Weiss lance cette phrase sans drame. Elle y met presque un rire, puis ajuste un chiot contre sa poitrine. Elle a pris l’habitude de vivre au rythme de ces vies minuscules. Plus de 200 depuis la création du Jardin des Patates.

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Avant de fonder l’association, Pascale Weiss ne fréquente pas les refuges. « J’ai fait informatique, puis compta, puis RH. J’ai arrêté parce que j’en avais marre. » L’intérim suit. Des postes variés. À 25 ans, la Montpelliéraine d’adoption pose ses cartons dans l’Hérault. Puis la maladie s’installe. Les douleurs s’aggravent. « Je suis entrée dans le parcours handicap. Aujourd’hui, je suis en invalidité, j’ai la RQTH. » Elle garde pourtant un souvenir chaleureux de deux années dans le prêt-à-porter. « Les horaires étaient adaptés. Personne ne me stressait. J’ai adoré. » Le contrat se termine. Les nouvelles règles du temps partiel ferment la porte à d’autres postes adaptés et Pascale se retrouve sans solution.

Une première famille d’accueil presque par hasard

L’élan vers la protection animale vient d’une colocataire. La jeune femme parle d’une association en quête de familles pour des chiens âgés retirés d’élevages. « J’ai dit go. Je n’avais rien à faire de mes journées. » L’expérience dure peu. Sa petite chienne vit mal ces présences nouvelles. Pascale tente une autre organisation. Cette fois, on lui confie des chiots. Le déclic est immédiat. « Les petits, c’est mon truc. Je peux leur apprendre les bases. Je peux suivre leur rythme. Avec mon handicap, ça colle mieux. » La patience apparaît. Le geste juste aussi. Une vocation se dessine.

L’idylle s’effrite avec le temps. Pascale constate des pratiques qui la perturbent. « On me disait : c’est un chiot, on s’en fout. » Elle refuse et insiste sur la construction du futur chien. La fondatrice n’accepte pas non plus qu’on lui impose des profils dangereux pour son état. Un jour, on lui remet un chien adulte de 25 kilos. « Il m’a déboîté l’épaule. Et après ça, on m’a culpabilisée. » D’autres anecdotes la marquent : placements précipités, retours maquillés, abandons déguisés. « Une adoptante a rendu un chien parce qu’elle en avait pris un autre. Elle a inventé une excuse. Ça m’a sciée. »

Vidéos : en ce moment sur ActuLe Jardin des Patates naît en 2018

Après trois ans comme famille d’accueil, Pascale en a assez. « Je voulais décider et être responsable. Si je fais mal, c’est moi. Si je fais bien, aussi. » Le Jardin des Patates voit le jour à Grabels. Un refuge minuscule, mais exigeant. Les premiers chiots défilent. Des portées entières de croisés border collie ou de bébés arrivés à peine sortis du ventre de leur mère. « J’en ai eu tellement que je confonds les premiers », sourit-elle. L’association compte sept membres. La mère de Pascale occupe la vice-présidence. Camille, Géraldine et d’autres bénévoles complètent le bureau. Malgré ce noyau, la fondatrice gère presque tout. « Les chiots, les papiers, les urgences, les adoptions. » Trois fois par mois, elle anime les Frip’ Patates, un live de vente pour financer l’association. Plusieurs adoptants l’accompagnent aussi pendant les balades. « Ça m’aide. Et ça me permet de parler un peu à des humains. »

Des journées construites autour des bébés

Le quotidien de Pascale Weiss suit le rythme des biberons. « Toutes les trois heures. Jour et nuit. Ils ne veulent pas espacer. » Le matin commence par le nettoyage, l’observation des petits ventres fragiles, puis des tâches administratives quand elle en a la force. Les douches et les repas se glissent pendant les siestes. Les balades occupent ensuite une bonne partie de la journée. « Une ou deux sorties par groupe. Je ne les prends pas tous ensemble. » Elle consacre aussi du temps aux colis de friandises vendus en soutien au refuge. L’étiquetage, le tri, les envois. Pascale calcule qu’elle passe environ 18 heures par jour avec ses protégés. « Je dors de 23h à 6h. Avec un biberon au milieu. » Elle prend des antidouleurs avant certaines sorties. « Je ne peux pas faire autrement. La priorité, c’est eux. »

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Pas question d’envoyer un chiot trop tôt. « Je veux la bonne famille, pas la première. » Un mot secret figure même dans le questionnaire d’adoption. Patate. « Si le mot n’y est pas, je ne traite pas. Si tu ne lis pas trois lignes, tu n’auras pas le temps pour un chien. » Les refus ne l’effraient pas. Pascale Weiss préfère attendre plutôt que de multiplier les erreurs. Moins de dix retours depuis 2018. Les cas restent marquants. Il y a Aïto, un jeune husky. « Il déprimait. Il ne me lâchait plus quand j’arrivais. C’était pas normal. » La fondatrice identifie aussi une adoptante maniaque incapable d’accepter la boue ou les poils. Chaque fois, elle reprend l’animal, réévalue, repositionne. Aucun abandon n’est laissé au hasard.

Un chiot dérape sur un plaid. Puis un autre bébé réclame un biberon. Une seconde plus tard, elle se lève. Et tout recommence, comme si la fatigue avait reculé d’un pas.

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