Ils sont huit millions de Vénézuéliens, sur une population de 28 millions de personnes, expatriés à l’étranger. En Gironde, leur nombre est estimé à 250 par l’association Venezuela à Bordeaux. Cette dernière a rassemblé certains de ses membres et d’autres ressortissants dans un bar-restaurant de la rive droite bordelaise, ce dimanche 4 janvier. Tous confient des « sentiments mêlées » après l’opération américaine, entre soulagement et inquiétude. Mais aucun ne pleure sur le sort de Nicolás Maduro, à la tête du pays depuis 2013, et dont le pouvoir a pris un tournant particulièrement autoritaire.
« J’ai ressenti de la joie, confie Jennifer Homsy, 46 ans. C’est un espoir pour le Venezuela et tous les Vénézuéliens. Les opposants au régime ont essayé de manifester, de se présenter aux élections. À la fin, il ne reste que l’usage de la force. » Les expatriés rencontrés décrivent un régime « totalitaire et tortionnaire », gangréné par la corruption et le narcotrafic. Afin de le renverser, selon eux, la fin justifiait les moyens.
Ingérence
« Je remercie énormément le président Donald Trump d’avoir frappé et capturé Nicolás Maduro, assume Leida Gamot, président de l’association Venezuela à Bordeaux. Il y aura peut-être des Vénézuéliens qui ne seront pas d’accord avec moi. Mais chacun a son avis. » « On parle beaucoup de l’ingérence américaine, remarque Jennifer Homsy. Mais le Venezuela est un pays perméable à de nombreuses ingérences : Cuba pendant longtemps, la Russie, la Chine, etc. »
Reste que l’attaque américaine est une violation de la souveraineté du Venezuela, au mépris du droit international. Donald Trump n’a-t-il pas annoncé que les Etats-Unis allaient « gérer » le pays ? « Je pense qu’il veut surtout que le pays ne retombe pas dans les mains du régime », analyse Jennifer Homsy. « Il n’y a plus de souveraineté du Venezuela depuis ving-six ans, et l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez », considère pour sa part Wilybeth Gutierrez.
Cette Vénézuélienne de 28 ans se présente comme une réfugiée politique, engagée depuis 2013 après avoir trouvé dans la rue des urnes remplies de bulletins de vote lors des élections présidentielles. Sur son téléphone, elle fait défiler les photos, notamment celles d’un impact de balle sur son pare-brise. « Ils m’ont enlevé mes entreprises, mes comptes en banque, ma maison, ma famille, ma vie », s’étrangle celle qui élève sa fille, tout en travaillant et menant des études de droit. Elle a rejoint la France en 2019. Elle y vit avec sa mère et sa sœur. Son père est aux États-Unis.
Comment voit-elle son futur ? « J’ai envie de retourner au Venezuela pour aider à reconstruire le pays mais j’irai sûrement seule. » En attendant, tous les Vénézuéliens sont dans l’expectative. D’abord parce que le régime est toujours en place. La vice-présidente Delcy Rodriguez assure l’intérim. « Il n’y a pas encore de solution », observe Leida Gamot. « Nous avons de l’inquiétude sur la suite des événements », reconnaît Jennifer Homsy. Les Vénézuéliens ont pu avoir des nouvelles de leurs proches, mais sans entrer dans les détails. « Nous n’abordons pas les sujets politiques car une loi permet au régime de surveiller les messageries », précise Jennifer Homsy.
Prisonniers politiques
Pour les Vénézuéliens de Bordeaux, l’avenir passera par des élections. Mais pas forcément dans le cadre d’un processus rapide. « On ne peut pas effacer vingt-six ans d’un tel régime en deux mois. Il est aussi important de libérer les prisonniers politiques enfermés au Venezuela, » plaide Wilybeth Gutierrez.