l’essentiel
À la tête de la foncière familiale Caso Patrimoine, Caroline et Sophie Monné redessinent depuis quinze ans le cœur de Toulouse. Au travers de nombreux projets comme l’ancien UGC des allées Roosevelt à l’ex-Flunch Jean-Jaurès, elles portent une vision exigeante et engagée de l’immobilier.

Derrière un portail discret de la rue Mirepoix, en plein centre de Toulouse, se joue une partie de l’avenir urbain de la Ville rose.

Aux manettes, Caroline et Sophie Monné. Deux sœurs, cogérantes de Caso Patrimoine, qui ont hérité de leur père, Robert Monné, cofondateur de Monné-Decroix, « une véritable passion pour l’immobilier ».

Sophie et Caroline Monné.

Sophie et Caroline Monné.
CASO Patrimoine – Fabien Sans

Fondée en 2002, au moment de l’achat du château des Demoiselles à Frouzins, la foncière s’est structurée progressivement jusqu’à gérer aujourd’hui près de 900 lots représentant plus de 100 000 m², répartis entre Toulouse, Paris et Bordeaux.

Une croissance assumée, mais maîtrisée. « Nous avons développé la société à notre façon, à notre rythme, avec nos erreurs et notre méthode », résume Sophie Monné.

Tombées dedans très jeunes

« On est tombées dans l’immobilier petites », reconnaissent-elles. Leurs parcours, pourtant, divergent.

Robert Monné, père de Caroline et Sophie et fondateur de Monné-Decroix, en 2002.

Robert Monné, père de Caroline et Sophie et fondateur de Monné-Decroix, en 2002.
DDM archives – Thierry Bordas

Caroline suit un cursus universitaire classique, étudie le droit à Toulouse-1 Capitole, complète sa formation à TBS, puis prête serment en 2008. Pendant trois ans, elle exerce comme avocate, notamment en baux commerciaux.

Sophie, elle, abandonne rapidement la fac d’économie. « Ça ne m’a pas plu. Je suis alors allée travailler avec mon père », raconte-t-elle simplement.

Caroline et Sophie Monné en 2012, devant le bâtiment du "Belge", aujourd’hui la Côte et l’Arête boulevard de Strasbourg.

Caroline et Sophie Monné en 2012, devant le bâtiment du « Belge », aujourd’hui la Côte et l’Arête boulevard de Strasbourg.
DDM archives – NATHALIE SAINT AFFRE

Lorsque Robert Monné cède son groupe de promotion immobilière, qui emploie alors près de 500 salariés, il choisit de ne pas transmettre une structure aussi lourde.

« Ni l’une ni l’autre, nous ne nous sentions capables de reprendre une telle entreprise », confient-elles. En revanche, il les encourage à développer une activité de foncière, plus patrimoniale.

« Cela a été une énorme chance, car cela nous a permis de nous forger une expérience hors de l’ombre paternelle », souligne Caroline.

Une foncière ancrée dans la ville

Caso Patrimoine achète, rénove et conserve ses immeubles, majoritairement en centre-ville. Les actifs sont aujourd’hui répartis de manière équilibrée entre logements, bureaux et commerces.

« Une ville est faite pour être habitée, pas uniquement pour plaire aux Bâtiments de France », affirme Caroline Monné. Leur credo : éviter les immeubles désertés et recréer de la vie.

Le chantier de déconstruction de l’intérieur de l’ancien Flunch, allées Jean-Jaurès et rue des Sept Troubadours.

Le chantier de déconstruction de l’intérieur de l’ancien Flunch, allées Jean-Jaurès et rue des Sept Troubadours.
CASO Patrimoine

C’est cette philosophie qui guide leurs projets emblématiques à Toulouse : la transformation de l’ancien cinéma UGC des allées Franklin-Roosevelt, chantier titanesque engagé depuis 2019, ou encore la reconversion de l’ancien Flunch des allées Jean-Jaurès.

S’y ajoutent l’hôtel de Lestang, pensé comme une offre hôtelière et gastronomique complémentaire en centre-ville, ainsi que plusieurs opérations plus discrètes mais tout aussi structurantes, rue Pharaon ou place Saint-Pierre, où un ancien garage a récemment été transformé en commerce.

À Paris, où Caso Patrimoine s’est implantée en 2017, les deux sœurs poursuivent également leur développement, avec notamment un immeuble situé rue Saint-Antoine, dans le Marais, sur lequel une importante campagne de travaux vient d’être lancée.

La pose de la première pierre des Variétés, place Wilson, le 9 juillet 2025.

La pose de la première pierre des Variétés, place Wilson, le 9 juillet 2025.
DDM – FREDERIC CHARMEUX

Travail, rigueur et complémentarité

Rien n’est laissé à l’intuition. Chaque année, près de 1 000 dossiers sont étudiés à Toulouse, Paris et désormais Bordeaux.

« Il faut aller chercher les biens. Au début, personne ne nous connaissait », rappelle Caroline.

Sophie, installée à Paris depuis trois ans, se concentre sur le développement et la prospection, tandis que Caroline pilote davantage les travaux et la gestion. « Quand l’une s’essouffle, l’autre prend le relais. »

Le projet "L’imprimerie", à la place de l’ancien Flunch des allées Jean Jaurès.

Le projet « L’imprimerie », à la place de l’ancien Flunch des allées Jean Jaurès.
CASO Patrimoine

Dans un univers encore très masculin, les deux jeunes femmes ont dû faire leurs preuves.

« La renommée est importante dans l’immobilier, il faut du temps pour qu’on reconnaisse votre travail », observe Sophie. Aujourd’hui, Caso Patrimoine investit environ 60 M€ par an, rythme que les sœurs souhaitent maintenir.

Une passion qui dépasse le travail

Si l’immobilier occupe une place centrale dans leur quotidien, Caroline et Sophie Monné revendiquent un équilibre. « Pour moi, c’est ma famille », confie Caroline, mère de deux enfants.

Sophie partage la même priorité familiale, tout en cultivant un goût prononcé pour la nature et la montagne. « J’aime le ski de randonnée, surtout en Ariège », glisse-t-elle.

Un attachement aux territoires et au patrimoine qui s’exprime aussi au château des Demoiselles, à Frouzins, propriété familiale restaurée et transformée en lieu d’événementiel. « C’était une belle endormie que nous avons réveillée », sourit Sophie.

Qu’il s’agisse d’un cinéma emblématique, d’un immeuble du Marais ou d’un château du XVIIIᵉ siècle, Caroline et Sophie Monné partagent la même boussole : comprendre l’histoire d’un lieu pour lui offrir un nouvel usage.