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Lily Dedeye

Publié le

4 janv. 2026 à 18h15

Cissou est une marginale, et elle l'assume : elle préfère la liberté de la rue au système actuelCissou est une marginale, et elle l’assume : elle préfère la liberté de la rue au système actuel (©Lily Dedeye)

Près de la place de la cathédrale de Rouen, Cissou fait la manche en ce mois de décembre. Mais contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, cette jeune femme est diplômée, travailleuse et s’en sort ! Si elle fait la manche ce mois-ci, c’est par choix et bientôt, elle sera de nouveau sur les routes à parcourir la France avec son camion. « C’est un mode de vie différent des autres, tout le monde ne pourrait pas vivre comme cela. Je suis marginale mais j’aime cette vie, je ne me reverrais pas retourner dans le système classique », explique Cissou.

Ma famille voulait que je sois femme au foyer avec des enfants. Mais j’ai refusé ce système. Je voulais être libre, autonome et indépendante.

Cissou
sans domicile à Rouen

À la rue à 20 ans

Ce mode de vie, Cissou le côtoie depuis ses plus jeunes années. À 18 ans, la jeune femme travaille et est locataire d’un appartement à Rouen. Mais deux ans plus tard elle perd son emploi et se voit refuser toutes les aides sociales. « J’étais dans l’entre deux où tu ne peux prétendre à aucune aide », explique Cissou. 

À choisir entre vivre dans la rue à Rouen ou vendre ses affaires et s’acheter une voiture, elle prend la deuxième option.  « Je viens de la campagne, je savais déjà faire du feu et j’aimais l’indépendance. » 

Tout le monde peut se retrouver à la rue, j’ai connu un professeur dont la femme avait été tuée dans un accident de voiture, un jeune dont le père s’est retrouvé à la rue, un autre qui a perdu sa copine lors d’un homicide volontaire. Cela peut arriver à tout le monde, à n’importe quel moment de la vie, quelle que soit la catégorie sociale ou le niveau d’études.

Cissou
sans domicile à Rouen

Une vie de voyageuse

Cissou entame alors une vie de nomade. Entre 20 et 25 ans, elle fait la manche dans la rue à Rouen pour se nourrir et économiser un maximum. Puis elle décide de partir parcourir la France et les pays frontaliers. « À 30 ans, j’ai vu plus de pays que de nombreux membres de ma famille », déclare la jeune femme.

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Pour gagner sa vie elle fait les saisons ou des échanges de services. Elle réussit même après quelques années à troquer sa voiture pour un van aménagé. « Je travaille six mois puis je vis dessus les six mois suivants. Il m’arrive aussi de fabriquer, vendre des bijoux ou rendre des services. »

Une vie de rencontres

Cissou est claire, cette vie ne conviendrait pas à tout le monde, car il faut se contenter du strict minimum. Mais c’est aussi une vie riche humainement qu’elle ne troquerait pour rien au monde.  « J’ai vécu en tente, en hamac, j’ai fait des rencontres. J’ai beaucoup aimé notamment le contact avec les milieux agricoles.  Là-bas, les gens ne s’arrêtent pas à ton physique, ils ne se prennent pas la tête, ils me voyaient avec mon camion, ils venaient me voir et me demandaient si je voulais venir sur leur terrain. »

Les gens ne sont pas épanouis dans la société actuelle. On me dit souvent t’as plus le sourire que moi alors que t’as pas d’argent. Les gens sont tellement concentrés sur l’image qu’ils renvoient et leur petit confort qu’ils s’en oublient eux-même. Les gens sont programmés mais elle est où ta liberté là dedans ?

Cissou
sans domicile à Rouen

Le refus du système actuel

Depuis que Cissou a goûté à la liberté, elle ne pourrait retourner à une vie plus classique. « Plus jeune j’ai été en coloc’, j’ai fait de la copropriété, j’ai eu mon propre appartement et je n’y trouve pas mon compte. Tu paies pour quoi? Tu ne peux pas mettre de la musique parce que ça dérange les voisins, tu paies pour avoir des restrictions. C’est pas ça ma vision de la liberté. Je préfère avoir une vie minimaliste mais ne dépendre de personne. »

À terme, l’objectif de Cissou est de continuer d’économiser pour pouvoir acheter un terrain et vivre en autosuffisance. 

J’ai trop entendu les anciens dire qu’ils n’ont pas profité de la vie et qu’ils le regrettent aujourd’hui. Moi je ne veux pas regretter sur mon lit de mort, alors je profite. Je fais ce que je veux, sans attendre ou dépendre de qui que ce soit. Je n’ai pas à m’habiller le matin ou me maquiller pour faire plaisir à mon patron. Je n’ai pas à demander pour prendre des congés. Je ne dépends de personne, je vis pour moi.

Cissou
sans domicile à Rouen

Une autre vie par choix

De temps à autre, la jeune femme revient à Rouen pour voir sa famille. « Quand ils me voient , ils me disent qu’ils aimeraient que je m’en sorte mais ça m’énerve car ils n’ont pas compris… Mais je m’en sors ! J’ai juste choisi une autre vie. »

Parfois Cissou est contrainte de refaire la manche quelques temps, mais la situation est généralement provisoire. « Récemment, mes chiens ont été malades j’ai dû payer le vétérinaire et j’ai eu beaucoup de frais sur mon véhicule. Mais quand j’aurai pu remettre un peu de côté, je repartirai pour de nouvelles aventures. »

À la rue, on subit souvent les réflexions des gens comme va chercher un travail, mais je travaille ! Il n’y a pas que des miséreux qui n’ont pas de diplômes, et qui ne veulent pas travailler. Il faut casser les clichés. Il y a des familles qui ont des appartements, ils paient le loyer avec ce qu’ils gagnent et ils font la manche après pour remplir leur frigo. Il y a aussi des intellectuels et des artistes.

Cissou
sans domicile à Rouen

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