Au cours de cette fin d’après-midi le temps n’est pas à la fête. Avec un thermomètre qui affiche timidement 4°, un ciel gris et un vent glacial, les conditions ne sont pas franchement réunies pour la pratique du sport. Malgré une averse qui vient de tomber, certains sont tout de même présents sur le mail François Mitterrand où des équipements sportifs sont installés. Tractions sur des barres, pompes sur le sol chacun s’active à sa façon. L’endroit attire de nombreux adeptes du street workout qui s’y retrouvent régulièrement. Un sport peu connu, pratiqué en plein air, mêlant gymnastique et musculation, qui peut se décliner au travers la réalisation de figures, faisant appel à la force, l’agilité et la souplesse. Pour les courageux qui s’échauffent c’est la reprise après la coupure des fêtes de fin d’année : « On recommence doucement ».

« Le but c’est de me sentir bien mentalement et physiquement tout en cherchant à dépasser mes limites »« Le but c’est de me sentir bien mentalement et physiquement tout en cherchant à dépasser mes limites » (Le Télégramme/Erwan Miloux)« Se sentir bien mentalement et physiquement »

Tee-shirt sur le dos malgré la température extérieure Pierre, 18 ans, étudiant en prépa scientifique, fait des tractions accroché à une barre : « Je viens ici depuis deux ans environ. J’ai d’abord fait un peu de musculation chez moi. Et puis je suis venu ici car l’endroit est bien connu par les personnes qui pratiquent le street. J’y ai rencontré des gens qui m’ont aidé en m’apprenant quelques techniques pour m’améliorer. J’ai commencé en faisant des séries de pompes. Depuis six mois j’arrive à faire le muscle-up en passant le tronc au-dessus d’une barre de traction en ayant les bras tendus. Il faut acquérir une base de force musculaire après c’est de la technique ». Le jeune homme qui pratique en parallèle la course à pied sur des distances de 10 km ou 15 km vient s’entraîner sur le mail 4 fois par semaine : « Certains organisent des compétitions de street workout. Je n’y participe pas. Je n’ai pas le niveau et pas le temps de m’y consacrer complètement. Ce n’est pas ce que je recherche. Ça m’aide à décompresser et souffler durant la semaine. Le but c’est de me sentir bien mentalement et physiquement tout en cherchant à dépasser mes limites ».

« Ce n’est pas la même philosophie que d’être en salle. Il y a aussi un plus grand brassage. On rencontre des gens de tous les horizons ».« Ce n’est pas la même philosophie que d’être en salle. Il y a aussi un plus grand brassage. On rencontre des gens de tous les horizons ». (Le Télégramme/Erwan Miloux)« On est au-delà de la motivation »

Séance de reprise également pour Yanis avec des objectifs moins ambitieux que d’habitude. Il s’apprête toutefois à effectuer une série de tractions vêtu d’un gilet lesté de 10 kg, une répétition de mouvements en allant jusqu’au bout de l’effort en tentant lui aussi « de repousser les limites ». Développeur web durant la semaine, la pratique du street workout, depuis trois ans, l’aide à « se défouler et s’aérer l’esprit » en marge d’un travail sédentaire : « C’est un peu maso. On a juste besoin de cet inconfort que l’on ne retrouve pas dans les salles de sport où l’on est plus motivé par rentabiliser son abonnement que par la pratique du sport. On semble être des gens bizarres aux yeux des passants. On a tous une activité dans la vie. Ce sport est un moyen de pouvoir sortir de sa bulle de confort de son appartement, de son travail ». Certains sont là tôt le matin, d’autres en fin de journée. Une pratique sportive qui petit à petit fait partie de leur quotidien, et s’inscrit dans leur ADN. « On sort du taf et on va au street. On en a besoin. On doit le faire. On est au-delà de la motivation que l’on a pour commencer, on est dans la discipline mentale qui permet de tenir dans le temps ».

« On est au-delà de la motivation que l’on a pour commencer, on est dans la discipline mentale qui permet de tenir dans le temps ».« On est au-delà de la motivation que l’on a pour commencer, on est dans la discipline mentale qui permet de tenir dans le temps ». (Le Télégramme/Erwan Miloux)« Quelque chose de fédérateur »

Manuel salue les deux autres pratiquants présents avant de s’échauffer les articulations et de se lancer dans une série de pompes. Parmi les différentes plateformes sportives installées en plein air sur Rennes, c’est celle du mail qu’il fréquente depuis un an : « Les équipements sont plus complets et il y a plus de monde, ça favorise l’entraide entre les gens ». Professeur d’anglais, il vient « pour se libérer l’esprit » quatre fois par semaine. « Ce n’est pas la même philosophie que d’être en salle. Il y a aussi un plus grand brassage. On rencontre des gens de tous les horizons, tout le monde se dit bonjour. C’est quelque chose de fédérateur. La pratique est diverse. Ça allie à la fois l’aspect physique et un côté artistique que l’on retrouve dans la réalisation de figures comme le handstand, un équilibre sur les mains, la planche et tout une série de figures qui repose sur le gainage ». Mais pour Manuel c’est aussi quelque chose qui va au-delà du sport : « Comme beaucoup, je combine cette pratique sportive avec une hygiène de vie qui passe notamment par une alimentation saine ».

Si le street workout reste pour l’heure peu connu, la communauté des pratiquants tend toutefois à s’élargir par le biais de contacts et d’échanges via les réseaux sociaux.