Il aurait pu être footballeur professionnel, mais cet ancien cadet National de l’AS Mazargues (à Marseille) ne voyait pas sa vie tourner autour d’un ballon rond. Les chansons l’ont emmené vers un tout autre univers. Celles qu’il a composées d’abord. Celles de Mike Brant ensuite et surtout.

« Laisse-moi t’aimer », « Rien qu’une larme », « C’est ma prière », « Qui saura », « Dis lui »,… Ses sœurs aînées, plus âgées de vingt ans, avaient été bercées par ces titres. Pas un disque du bel artiste ne manquait dans l’appartement de cette famille d’Aubagne où, plus tard, Claude, alors ado, découvrit un répertoire qui le toucha en plein cœur à son tour. Lui qui était passionné de musique et avait tant envie de chanter venait de trouver en Mike Brant une lumière pour le guider.

Il fallut encore quelques années pour que cette évidence s’impose définitivement en marge d’une tournée NRJ à laquelle le jeune auteur-compositeur de 20 ans avait été invité à participer. « Un soir, le directeur nous a demandé de chanter autre chose que nos propres titres. Je l’ai naturellement fait avec du Mike Brant et là, tout le monde m’a dit que je ferais un malheur si je me produisais tout spécialement. » Le bonheur de Claude Arena était en marche. C’était même écrit, d’une certaine manière.

« Il est réellement en moi »

Apparence physique et voix, tout le ramenait inexorablement vers ce chanteur devenu mythique. « On m’appelait déjà Mike Brant partout, même si moi, j’essayais d’en sortir pour ne pas être réduit à cette image de double. Sur mon troisième single personnel, composé par le groupe Nacash et écrite par Bruno Grimaldi, j’avais tout fait pour chanter différemment. » Peine perdue. Mike Brant résonnait encore dans sa voix, comme s’il habitait en Claude Arena. Ce dernier le reconnaît lui-même : « Il est réellement en moi. D‘ailleurs, la plupart des personnes qui ont travaillé avec lui et qui me voient sur scène sont catégoriques : on a l’impression que Mike Brant arrive. Pourtant, je fais toujours en sorte d’être moi-même, mais tout en l’étant, je suis lui. Il faut croire qu’il y a quelque chose de spécial. J’ai rencontré à plusieurs reprises des membres de sa famille. Dans la voiture, son frère m’écoute chanter Mike Brant. La première fois qu’elle m’a vu dans mon costume, sa nièce, elle, a été bouleversée. C’est un choc pour beaucoup de gens. Ceux-ci me disent qu’ils ne pensaient pas voir, un jour, un autre Mike Brant. » Aussi vrai que nature.

Claude Arena se définit comme « authentique ». « Je ne joue pas à Mike Brant, développe-t-il. C’est un personnage qui m’a rattrapé, ce n’est pas moi qui l’ai rattrapé et j’ai compris que nos destins étaient liés. »

Contrairement à bien d’autres sosies, Claude Arena est un cas unique puisque Mike Brant se duplique très peu par ailleurs, sinon pas. Ce qui explique une vie passée en grande partie sur les routes, entre deux dates de spectacle. En France et bien au-delà, en Australie et dans les territoires français ultramarins notamment.

« Mon planning tourne tellement autour de Mike Brant que j’ai du mal à faire autre chose, indique cet Aubagnais installé à Marseille qui a quand même réussi à trouver un peu de temps pour réaliser des albums originaux en français comme en italien. L’aura de ce chanteur traverse le temps, c’est incroyable. Par rapport à tous les artistes de son époque, il a vraiment une place à part. Pas seulement auprès des fans de sa génération, mais aussi des jeunes entre 20 et 40 ans, dont les parents écoutent ses disques. C’est évidemment dû à son talent, à son histoire, à son parcours et à son destin tragique aussi (*). Il a touché les gens d’une façon indélébile. » Et Claude Arena en particulier.

(*) Le 25 avril 1975, il a fait une chute fatale depuis le 6e étage d’un appartement parisien. Si la thèse du suicide est impossible à écarter, la cause de sa mort est encore trouble.