Pas de regret de Maduro
Les Européens ne considéraient plus Nicolas Maduro comme le président légitime du Venezuela, depuis sa victoire au scrutin de fin juillet 2024, entaché de très lourds soupçons de fraude massive, et suite à la politique de répression de l’opposition. Cette position a été rappelée par la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas, après que Nicolás Maduro a été capturé par les forces américaines et exfiltré aux États-Unis.
L’éviction du pouvoir de celui qui avait succédé en 2013 à feu le leader bolivarien Hugo Chavez ne suscite aucun regret de ce côté-ci de l’Atlantique. Bien au contraire. « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir », s’est félicité le président français Emmanuel Macron, via les réseaux sociaux. « Nicolás Maduro a conduit son pays à la ruine. Les dernières élections étaient truquées […] Maduro a joué un rôle problématique dans la région », a enchéri le chancelier allemand Friedrich Merz, via le même canal.
Mais d’autre part, les Européens qui n’ont de cesse d’insister sur le respect du droit international – et en particulier dans celui de la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine, doivent constater qu’il a été bafoué par leur allié. Les États-Unis conservent ce statut, quand bien même les relations transatlantiques n’ont jamais été aussi compliquées et tendues que depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Les Européens marchent sur des œufs avec Washington, et veillent à ne pas s’attirer les foudres de l’Administration Trump. Celle-ci n’est pas très bien disposée à leur endroit, comme en témoignent les passages acerbes de la récente stratégie nationale de sécurité portant sur l’Europe. Les Européens restent dépendants des États-Unis pour assurer leur sécurité, appuyer l’Ukraine et négocier la fin du conflit avec la Russie. L’Union cherche également à éviter de donner à Washington la moindre raison de rouvrir les hostilités commerciales, éteintes (?) après l’accord conclu durant l’été.
La stratégie de sécurité des États-Unis pose « un défi existentiel » à l’Union européenne et à ses démocratiesRéactions prudentes
C’est à l’aune de cette réalité géopolitique qu’il faut sans doute comprendre la prudence des positions publiques des dirigeants européens vis-à-vis de l’opération « Absolute resolve » menée par les Américains. Kaja Kallas a appelé « à la retenue », après s’être entretenue avec le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, tandis que le président du Conseil européen, Antonio Costa, a dit « suivre la situation au Venezuela avec beaucoup d’inquiétude », et demandé une « désescalade ». L’usage de la force par Washington pour déloger Nicolás Maduro de Caracas n’est toutefois pas explicitement condamné. « L’évaluation juridique de l’intervention américaine est complexe et nécessite un examen attentif », a reconnu le chancelier Merz, soulignant que « le droit international reste le cadre de référence ».
Proche de Donald Trump, Giorgia Meloni est allée un pas plus loin… dans la direction de Washington. « Conformément à la position historique de l’Italie, le gouvernement estime que l’action militaire extérieure n’est pas la voie à suivre pour mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère en même temps comme légitime une intervention de nature défensive contre les attaques hybrides contre sa propre sécurité, comme dans le cas d’entités étatiques qui alimentent et favorisent le trafic de drogue », a jugé la dirigeante post-fasciste, reprenant en partie le récit américain.
Il ne se trouve que l’Espagnol Pedro Sanchez pour émettre une critique directe de l’intervention américaine. « L’Espagne n’a pas reconnu le régime de Maduro. Mais elle ne reconnaîtra pas non plus une intervention qui viole le droit international et plonge la région dans l’incertitude et le bellicisme », a déclaré M. Sanchez, via le réseau X.
« Je ne pensais pas dire du bien de Trump un jour » : aux États-Unis, des sentiments contradictoires face à l’enlèvement de Nicolás MaduroAppel au respect du droit international
L’annonce du président Trump que les États-Unis allaient temporairement diriger le Venezuela, sans préciser pendant combien de temps, est accueillie avec embarras du côté européen. L’opposition à ce projet s’exprime à demi-mot. « Nous tenons aux côtés de la population du Venezuela et nous soutenons une transition pacifique et démocratique. La solution, quelle qu’elle soit, doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies », a plaidé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, relayant une position européenne unanimement partagée. « Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024 (et réfugié en Espagne, NdlR), puisse assurer au plus vite cette transition », a indiqué Emmanuel Macron.
« La loi internationale doit être respectée », a insisté Mette Frederiksen. La Première ministre danoise a de quoi être particulièrement préoccupée de voir les États-Unis s’affranchir du droit international pour prendre le contrôle d’un territoire. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump affiche ouvertement son ambition de mettre la main sur le Groenland, territoire autonome appartenant au Danemark.
« Donald Trump a ouvert la boîte de Pandore de la tentation impériale »