Les propriétaires du site et l’association Animation de la Villa des cents regards viennent de faire éditer un ouvrage retraçant l’histoire du lieu et de son insolite créateur.

« On est assez content du résultat », lâche, sobrement, Michel Fressoz. Modeste, l’homme y voit une œuvre collective que celle de produire et auto éditer un ouvrage retraçant la genèse, la construction, l’existence et le sauvetage de la Villa des cent regards.Cette singulière et baroque bâtisse, posée à l’angle des rues de La Roqueturière et d’Agnès-d’Aragon dans le résidentiel quartier d’Aiguelongue.

Vittorio Grazi, ce singulier “maçon romain”

Comme un certain nombre de ses contemporains, Vittorio Grazi a pris attache avec la France pour fuir la montée du fascisme transalpin.

Cimentier et maçon, diplômé de l’école de Rome, l’homme et son épouse, Ilda, s’installent, à Montpellier dans les années trente. Et ont acquis le terrain de l’actuelle villa en 1937.

Outre la villa, l’on retrouve Vittorio Grazi sur un autre chantier désormais inscrit dans le paysage local : l’église Sainte-Thérèse, avenue d’Assas.

Commandé en 1931, l’édifice religieux a été achevé au cours de l’année 1947. Un chantier auquel a participé Vittorio Grazi.L’ouvrage sur la villa le montre sur un cliché pris sur le dôme, en cours de construction, du bâtiment cultuel.

Habile de ses mains, bon ouvrier, Vittorio Grazi n’a jamais explicité la raisonde son acharnement à bâtir la villa et à y consacrer un peu plus de trois décennies. Aujourd’hui protégé, seule son inscription à l’inventaire des monuments historiques permettrait de sanctuariser le lieu.

Saccagée, réhabilitée, dégradée puis restaurée

Soit le fruit d’une longue histoire commencée par le concepteur de l’habitation. Poursuivie ensuite grâce à l’opiniâtreté d’une poignée de Montpelliérains férus d’urbanisme, d’histoire et patrimoine. Un endroit habité, jusqu’en 1970, par son concepteur Vittorio Grazi (lire ci-contre).

Délaissée puis laissée ouverte aux quatre vents, dégradée, la villa va frôler la démolition. « Une fois à la retraite, j’avais ouvert une galerie d’art à Saint-Côme. En 2004, lors d’une exposition de Xavier Dejean, l’ancien conservateur du Musée Fabre, l’adjoint municipal à la culture de l’époque Henri Talvat y est venu. Et m’a dit que la mairie allait la démolir. Je lui ai alors fait remarquer que c’était dommage. Il m’a alors répondu : “Si vous voulez, vous n’avez qu’à l’acheter !” Donc voilà… », raconte Michel Fressoz. Ni une ni deux, l’ancien directeur régional du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) saute le pas et acquiert l’ensemble pour une centaine de milliers d’euros.

Maçon Grazi et facteur Cheval

Quel point commun entre le facteur Ferdinand Cheval (1836-1924, palais idéal à Hauterives dans la Drôme), Vittorio Grazi (1896-1970) et l’ouvrier du bâtiment napolitain Simon Rodia (1879-1965, bâtisseur des Watts towers, un ensemble de dix-sept tours dans sa résidence californienne) ? Ils ont consacré chacun 33 ans à bâtir leur œuvre architecturale au cours du XXe siècle !

« Nous voulions sauver la mémoire du lieu »

À partir de là va débuter une longue restauration. Une réhabilitation pour conserver le reste de superbe de l’ouvrage. Mais pas seulement. « Nous l’avons restauré et en avons fait un petit lieu culturel pour y accueillir conférences, expositions et ateliers ». Las. À nouveau saccagée en 2017, la villa a bien failli cette fois être abandonnée « car j’étais trop vieux. Mmais des gens ont dit qu’ils prenaient la relève ». Notamment Alain Viricel et Jean-Michel Moulet, deux des solides piliers de l’association.

Une nouvelle fois sauvée de la décrépitude, la maison est désormais rouverte à la visite, chaque premier samedi du mois. Et sert toujours de cadre à des actions culturelles.
Mais pouvoir conserver une trace complète du lieu faisait partie des souhaits de Michel Fressoz. « Le bâtiment était quasiment sauvé mais là, nous voulions sauver la mémoire du lieu ».

D’où l’idée de consacrer un ouvrage complet (doublé d’un montage vidéo) à la villa. « Il y a quatre à cinq ans, la Fondation de la Banque Populaire du Sud a lancé un appel à projets culturels. Nous avons été retenus et décroché cinq mille euros.Ce qui était énorme pour une petite association ».

En revanche, le dossier permettant d’obtenir le label “architecture contemporaine remarquable” auprès de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) ne s’est toujours pas concrétisé. Une inertie difficile à comprendre. D’autant que pour décrocher ladite certification l’un des critères nécessaire repose sur la notoriété.

À ce sujet, la renommée de la villa est, elle, bien établie. Preuves ? Les nombreuses coupures de presse et son référencement au Musée d’art modeste de Lille.