l’essentiel
Comme probablement dans toute la France de la fin du XVIIIe siècle, la Révolution qui marque cette fin de règne s’explique par une situation économique épouvantable dans les campagnes comme à Colomiers. La maladie, la disette et la mort forment les trois maux que la population doit affronter.
La météo est un sujet d’inquiétude constant et devient même une obsession. L’hiver a été glacial, les loups de la forêt de Bouconne sont arrivés jusqu’à Lardenne, la Garonne a gelé au Pont-Neuf …Et puis, la récolte de blé de 1788 s’annonce catastrophique.
Depuis 20 ans le prix du blé augmente sans discontinuer (sauf en 1781). Alors que son prix devrait baisser après la récolte d’été en 1788, le setier – une mesure de grains qui varie entre 150 et 300 litres – atteint 20 livres et même 23 livres avant la récolte de 1789, soit un prix doublé en deux ans !
La population a conscience de la catastrophe à venir. et les consuls de Toulouse présagent le pire. Les habitants économisent par tous les moyens, le chemin de Saint-Jean est même mis en culture, les paroissiens ont du mal à payer la redevance des chaises à l’église.
Bernard Authenac, le curé de Colomiers, sentant sa mort proche, rédige son testament en léguant une grande part de sa fortune et ses biens (maison, jardin et vignes) aux paroissiens grâce à « l’œuvre des bouillons » (la soupe populaire de l’époque) qui avait été créée par son prédécesseur pour aider les pauvres et malades. Son testament dicté à sa sœur le 19 juin 1788 à Toulouse est écrit sur un parchemin conservé aux archives de Colomiers.
Dans l’année 1788 à 1789, la population de Colomiers perd 127 habitants. Aucune famille n’est épargnée par la mort, la famine ou la maladie. Entre 1789 et 1790, Jean Baqué perd trois de ses enfants, il deviendra l’un des protagonistes les plus actifs de la révolution à Colomiers.
De l’angoisse à la révolte il n’y a qu’un pas. En cette période où le pouvoir royal, remis en question, est déstabilisé, les Etats Généraux (Noblesse, Clergé et Tiers-Etat) sont convoqués par le Roi Louis XVI le 5 mai 1789. Dotés d’un mandat impératif (en théorie non représentatif car ils n’étaient pas élus), ils étaient porteurs des doléances des habitants de leurs bailliages ou sénéchaussées – celles de Colomiers sont aussi conservées aux archives. A la suite du serment du Jeu de Paume ils rédigèrent la 1re Constitution qui marqua le commencement de la Révolution Française et d’une décennie de violences.
Les termes révolutionnaires : « émotion populaire, grande peur, terreur, suspects .. » traduisent cette situation angoissante qui a conduit à la crise liée d’abord à la question de la subsistance.
Source : revue N°10 – Société d’Archéologie et d’Histoire locale de Colomiers –