L’élimination d’un parking de 6 700 m² édifié au-dessus de la Vilaine nécessite de recourir à un panel de techniques terrestres et fluviales.
Ce chantier va métamorphoser la physionomie du centre de Rennes (Ille-et-Vilaine). En effet, les travaux de découverture de la Vilaine qui ont démarré mi-octobre sonnent le début de l’opération de déconstruction prévue pour durer sept mois. Elle vise à faire disparaître un parking de 270 m de long par 25 m de large, construit dans les années 1960 au-dessus du fleuve. Avec sa structure en pont, l’ouvrage se compose d’une dalle de béton bitumée épaisse de 13 cm, soutenue par des poutres transversales de 25 m de long répétées tous les 1,67 m et des couples de pieux surmontés de chevêtres en béton. L’ensemble occupe une surface de 6 700 m².
« Les contraintes sont nombreuses du fait de sa situation hypercentrale tout d’abord, mais aussi de la circulation des bus, la présence de réseaux vitaux impossibles à dévoyer, la nécessaire protection de la biodiversité et même l’impossibilité de stocker les déblais sur la dalle du fait de sa capacité limitée à 350 kg/m² », liste Jean-François Papin, conducteur de l’opération pour Rennes Métropole, maître d’ouvrage. Par chance, le diagnostic réalisé en 2020 n’a pas identifié d’amiante dans l’ouvrage.
Si la consultation des entreprises n’imposait pas l’élimination et l’évacuation des gravats par voie fluviale, deux d’entre elles ont tout de même prévu une solution de transport par barge, dont le groupe Charier TDD, qui a remporté le marché avec Ingérop, membre de la maîtrise d’œuvre.
Trois techniques de sciage
« La déconstruction se déroule en deux phases : d’abord le sciage, puis le grignotage », explique Guillaume Duval, responsable des travaux pour le groupe Charier. Lors de la première étape, désormais achevée, une « fenêtre » de 30 m par 25 m a été ouverte dans la dalle préalablement débitumée, grâce à trois techniques de sciage différentes. Une scie au sol pour la dalle de 13 cm, une scie murale pour découper les poutres longitudinales et enfin, une scie à câble avec disque diamanté pour les chevêtres.
Le plan de sciage a priorisé l’élimination de blocs de 5 m de long situés au bord du quai et en porte-à-faux, puis la découpe de la partie centrale de 15 m de long avec les entretoises. Les tronçons de 5 à 16 t environ ont ensuite été élingués et levés par une grue installée sur le quai nord puis déposés dans l’une des deux barges d’une capacité de 20 t chacune poussées par des bateaux électriques.
Pelle de 50 t
« Cette première phase a permis d’ouvrir la dalle pour descendre la pelle de 50 t qui poursuit désormais la déconstruction de l’ouvrage par grignotage, ce qui nous permet d’être plus rapides et de travailler sans impacter la circulation. Par ailleurs, la présence du pont de la Mission et des poutres réseaux empêchait d’acheminer la pelle par voie fluviale », détaille Sébastien Quéré, chef de projet génie civil chez Ingérop. Pour assurer sa stabilité sur l’eau, l’engin est arrimé à un ponton sur pieux.
La pelle peut grignoter la dalle au rythme de 5 m linéaire/jour y compris les poutres longitudinales et les chevêtres. Les gravats sont réceptionnés via un ponton de 24 m de long sur 7 m de large et 1,50 m de hauteur, équipé de protections métalliques en entonnoir pour combler le vide entre les rangées de pieux et les quais. Une solution simple pour répondre à l’un des principaux impératifs environnementaux du chantier : « Aucun déchet ne doit tomber dans le fleuve, et des mesures de pollution réalisées en aval par des capteurs le vérifient », précise Jean-François Papin.
Dans le fleuve, les 216 pieux sont enfoncés à une profondeur de 50 cm. « Nous allons donc commencer par décompacter le sol et tenter de faire céder les pieux avec la seule pelle. Si cela ne fonctionne pas, un plongeur devra positionner une scie à câble au fond de l’eau afin de couper chaque poteau à sa base », indique Guillaume Duval.
Quant aux déchets évacués par les barges, Charier TDD a construit un quai provisoire sur son site situé à 4 km en aval du chantier afin de les réceptionner dans de bonnes conditions. C’est là que les équipes trient et compactent ce qui représentera au final 7 000 t de déblais.
Et pendant ce temps-là, en centre-ville, les travaux se déroulent sous les regards attentifs des passants. Rennes Métropole a exigé en effet que les barrières soient grillagées pour que les Rennais puissent suivre l’évolution du chantier. L’opération s’inscrit dans le cadre du vaste projet de réaménagement des 750 m de quais et d’abords du fleuve (29 M€), très attendu car programmé à l’issue de la consultation citoyenne organisée en 2016 qui établit le projet urbain Rennes 2030.
Informations techniques
Maîtrise d’ouvrage : Rennes Métropole.
Maîtrise d’œuvre : Phytolab (paysagiste et mandataire du groupement), Ingérop, Unité (architecte), Studio Vicarini (concepteur lumière) et Biotope (écologue).
Entreprises : Charier TDD, SDV (sciage), I-marine (pilotage des barges), Spie (éclairage), Sixense (monitoring) et Mediaco (levage).
Calendrier : d’octobre 2025 à avril 2026.
Montant des travaux : 2,3 M€ HT.
ARNAUD LOUBRY / RENNES MÉTROPOLE 11378_639415_k3_k1_1526054.jpg Plusieurs techniques sont utilisées pour scier la dalle, ici la scie au sol qui concerne la dalle de 13 cm d’épaisseur.
ARNAUD LOUBRY / RENNES MÉTROPOLE 11378_639415_k4_k1_1526055.jpg Après le sciage, le grignotage permet d’intervenir depuis le fleuve grâce à un ponton qui accueille la pelle de 50 t.
ARNAUD LOUBRY / RENNES MÉTROPOLE 11378_639415_k5_k1_1526056.jpg Les tronçons, dont le poids peut atteindre 16 t, sont évacués par barge électrique jusqu’au site de Charier TDD à 4 km en aval.