Lourde défaite à Marcel-Deflandre, effectif décimé et équipe rajeunie : Pierre Mignoni a pris la parole après La Rochelle – Toulon pour remettre du contexte.

Pierre Mignoni
Pierre Mignoni a pointé du doigt un système qui commence à montrer ses limites – © Youtube, RCT Officiel

La claque est sévère, presque irréelle au tableau d’affichage. Battu 66-0 à La Rochelle en clôture de la 14e journée, Toulon est reparti de Marcel-Deflandre sans points, mais avec un message clair délivré par son manager, Pierre Mignoni. Pas question de se cacher derrière le score. Pas question non plus de s’excuser d’avoir aligné une équipe très rajeunie.

Dès l’analyse à chaud, le technicien varois a reconnu la difficulté du contexte. « On savait que ça allait être compliqué, on avait peu de chances de gagner, il faut être honnête », a-t-il expliqué, des propos rapportés par Rugbyrama, en rappelant la supériorité rochelaise et la pression constante imposée pendant 80 minutes. Ce qui lui laisse le plus d’amertume, c’est surtout de ne pas avoir réussi à marquer le moindre essai. « C’est très difficile ce soir, mais il faut passer par des matchs comme ça pour grandir et apprendre. »

Un apprentissage brutal, mais assumé

Mignoni ne s’est pas réfugié derrière l’excuse de la surprise. Au contraire. « Je m’attendais à ce que ce soit dur », a-t-il insisté, soulignant qu’encaisser 60 points, aussi violent soit-il, n’est pas une situation inédite en Top 14. Pour lui, cette soirée fait partie du parcours, surtout pour des jeunes propulsés dans le grand bain. « Il faut passer par là pour qu’ils apprennent aussi ce que c’est le très haut niveau. C’est formateur. »

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Le choix d’envoyer autant de novices au Stade Rochelais n’a rien d’un pari gratuit. Le manager toulonnais l’a rappelé : dix-neuf absents, entre blessures et congés obligatoires, et une série de matchs importants à venir. « On était obligés de faire des choix. Je les assume », a-t-il tranché, tout en défendant l’état d’esprit affiché par ses jeunes. « S’ils sont là, c’est qu’on mise sur eux. Aujourd’hui c’était difficile, mais ils vont progresser. »

« Si ça ne plaît pas, qu’on me donne du salary-cap et des moyens pour avoir trois équipes. Aujourd’hui, on ne les a pas. »

— Pierre Mignoni en conférence de presse

Très vite, le discours a dépassé le simple cadre du match. Face à ceux qui estiment que ce type de score nuit au spectacle du Top 14, Mignoni a répondu sans détour. « Nos jeunes n’ont pas le droit de se former ? » a-t-il lancé, avant d’élargir le débat. Salary-cap resserré, jokers limités, calendrier surchargé : selon lui, les clubs sont poussés dans leurs retranchements. « On nous presse comme des citrons. Vous voulez qu’on fasse comment ? »

Le manager du RCT a insisté sur la réalité d’un championnat long et éprouvant. « On n’est pas des robots. On nous demande de jouer onze mois par saison », a-t-il rappelé, précisant qu’il parlait autant pour Toulon que pour l’ensemble des clubs. Sans se poser en victime : « je connais le système », a-t-il glissé, fort de ses années de joueur et d’entraîneur. Mignoni a surtout voulu poser une limite claire : sans moyens supplémentaires, il est illusoire d’exiger des effectifs capables d’aligner plusieurs équipes compétitives. « Si ça ne plaît pas, qu’on me donne du salary-cap et des moyens pour avoir trois équipes. Aujourd’hui, on ne les a pas. »

Se projeter malgré tout

Dans cette soirée difficile, une note positive subsiste côté toulonnais : aucune blessure supplémentaire à déplorer. Un soulagement à l’approche d’un calendrier encore chargé, avec la Coupe d’Europe qui arrive. « C’est la très bonne nouvelle », a reconnu Mignoni, conscient que la priorité reste désormais de récupérer quelques joueurs parmi les nombreux absents.

À La Rochelle, Toulon a pris un mur. Mais dans le discours de son manager, le message est limpide : ce 66-0 n’est pas une renonciation, encore moins un abandon. C’est le reflet brut d’un effectif sous contrainte et d’un système qui, selon lui, arrive parfois à ses limites.