« C’est le Far West », résume Christine Ockrent. « On voit Donald Trump avec deux colts à la ceinture, un chapeau, viril évidemment… Ce qui est très intéressant, c’est de voir l’entourage, le premier cercle, où l’on se dit toujours qu’il y aura quand même deux ou trois types un peu raisonnables, un adulte dans la pièce. Et là, on a vu l’éclipse de J.D. Vance, le vice-président, qui est tellement vociférant dès qu’il s’agit de l’Ukraine ; on a vu au contraire Marco Rubio, à la fois secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale, d’origine cubaine, qui a la main. Et puis on voit aussi, encore une fois, le mépris du Congrès américain, puisque Donald Trump n’a pas appelé les sénateurs de son propre camp pour les avertir : il a appelé les patrons des compagnies pétrolières américaines en disant : c’est génial, vous allez faire du business. »
Sylvoe Kauffmann, elle, voit dans cette opération au Venezuela « la mise en œuvre brutale et crue de ce document publié par Washington il y a un mois exactement, la Stratégie de sécurité nationale, qui disait très clairement et pour la première fois que les États-Unis sont les maîtres de ce qu’ils appellent ‘l’hémisphère occidental’, c’est-à-dire le continent américain, nord et sud. Et que les autres puissances du monde n’ont rien à faire dans cet hémisphère, en particulier la Chine. »
« Cette doctrine concerne aussi et surtout l’Union européenne »
« Cette prise de contrôle du Venezuela, avec l’enlèvement de son président, c’est l’application, la mise en œuvre de cette doctrine que Donald Trump a d’ailleurs baptisée Donroe, en faisant cette fusion entre la doctrine Monroe du XIXe siècle et son propre nom. Et il n’y a aucune recherche d’un quelconque mandat international ! Parce que les États-Unis ont une longue histoire d’intervention à l’étranger, mais en général, il y avait au moins une espèce de recherche de caution internationale : ça n’est plus le cas du tout. »
Une nouvelle doctrine qui devrait aussi inquiéter l’Europe, pour Gilles Gressani : « Il y a aussi un corollaire très important qui nous concerne : ce ne sont pas simplement les Amériques qui sont concernées par ce document stratégique , mais aussi les Européens. Et je pense que c’est là qu’il y a quelque chose dont il faut se rendre compte très vite : la vassalisation qui est proposée aujourd’hui comme une doctrine officielle, et une doctrine qui a des conséquences très concrètes pour l’administration Trump, ne concerne pas uniquement l’Amérique latine. Elle concerne aussi et surtout l’Union européenne. »