Avec 450 000 visiteurs, contre 400 000 l’an dernier, la 223e Foire aux santons de Marseille (Bouches-du-Rhône), installée sur le Vieux-Port, a été un grand cru comme toutes celles de la région. Conclue ce dimanche 4 janvier après une ouverture dès le 15 novembre, la plus ancienne foire spécialisée de Provence a réuni 21 santonniers et créchistes qui constatent tous un regain d’intérêt pour leurs productions traditionnelles et artisanales.

« On a eu énormément de monde, des Marseillais de tous les âges mais avec beaucoup de jeunes, et également des touristes français ou étrangers qui ne faisaient pas que passer mais achetaient aussi. On est sur le chemin des croisiéristes, on a eu beaucoup d’Espagnols et d’Italiens qui, eux aussi, ont cette culture de la crèche », confirment, derrière leur stand, Brigitte et Gilbert Markoyan de l’atelier Vickens installé à Roquevaire et présents sur la foire marseillaise depuis plus de trente ans.

« On a eu beaucoup de clients espagnols et italiens », notent Brigitte et Gilbert Markoyan, sur leur stand de l’atelier Vickens installé à Roquevaire./LP/Marc Leras« On a eu beaucoup de clients espagnols et italiens », notent Brigitte et Gilbert Markoyan, sur leur stand de l’atelier Vickens installé à Roquevaire./LP/Marc Leras

« Les gens refont des crèches, se réjouit le couple, il y a un vrai renouveau, un retour aux racines et les visiteurs découvrent que chacun des santonniers présents a son propre style. On essaye de se renouveler, on crée des décors. Cette année, on a proposé des fontaines reproduisant celles des villages de la région. »

« Je suis loin d’avoir tous les personnages »

Déjà soulignée ces dernières années, la présence massive d’une clientèle de jeunes ou de jeunes parents dans les travées de la foire s’est encore confirmée lors de cette édition. « Comme les autres santonniers, j’ai vendu beaucoup de Sainte Famille cette année : l’enfant Jésus, Marie, Joseph, l’âne et le bœuf. C’est ce qu’on achète en premier quand on démarre une crèche, ensuite, chaque année, on se procure d’autres santons pour la compléter », raconte Patrice Gateau, santonnier depuis quarante ans à Simiane-Collongue. « Clairement, on vend plus de Nativité qu’avant : il se passe vraiment quelque chose, un retour à la tradition. »

Pour Patrice Gateau, santonnier depuis quarante ans à Simiane-Collongue, « il se passe vraiment quelque chose, un retour à la tradition »./LP/Marc LerasPour Patrice Gateau, santonnier depuis quarante ans à Simiane-Collongue, « il se passe vraiment quelque chose, un retour à la tradition »./LP/Marc Leras

« Je suis venu acheter un dernier santon avant la fermeture, celui du berger. Je prends un peu d’avance sur l’an prochain », nous a confié ce dimanche Rémi, un jeune informaticien marseillais. « J’ai commencé à faire la crèche il y a deux ans après la naissance de mon fils et je suis loin d’avoir tous les personnages. »

Ces santons fabriqués et peints à la main tout au long de l’année sont vendus entre 8 et plus d’une centaine d’euros selon les tailles. Environ 150 santonniers traditionnels exercent en Provence, mais aussi dans la Drôme, le Gard et l’Hérault et les fêtes de fin d’année représentent autour de 70 % de leur chiffre d’affaires. Face au risque avéré de concurrence déloyale, l’Union des fabricants de santons de Provence a lancé une demande d’Indication Géographique Protégée (IGP) pour les santons.

« Le cahier des charges est terminé et nous allons le déposer en janvier à l’INPI avant une enquête publique qui durera quelques mois », confirme Michel Bouvier, le président de l’association. « D’ici un an ou deux, plus personne ne pourra se prévaloir de vendre des santons de Provence s’il n’a pas l’estampille IGP. Tout sera fait dans la zone de la Provence historique, c’est un moyen de se prémunir contre une concurrence délocalisée et à bas coût avec un prix de revient six fois inférieur au nôtre ! »