Venezuela : la force contre le droit
Premier sujet brûlant : l’opération militaire américaine au Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro. Une intervention assumée par Washington, saluée par certains responsables politiques français comme la chute d’un dictateur, mais dénoncée par d’autres comme une violation grave du droit international.
Pour Grégory Blanc, le problème dépasse largement la seule figure de Maduro.
« Personne ne regrettera Maduro. Mais le vrai sujet, c’est le devenir du Venezuela. Or personne n’en parle. Le rôle des responsables politiques, aujourd’hui, c’est de rappeler le respect de la souveraineté du Venezuela, de son intégrité territoriale, du droit international, et d’appeler clairement à de nouvelles élections sous contrôle international. »
Le sénateur dénonce une opération avant tout motivée par des intérêts économiques.
« Donald Trump n’a pas changé de régime. Il a validé la vice-présidente et les institutions existantes. Il a surtout dit : “je mets la main sur les matières premières, sur le pétrole”. On n’assiste pas à une démocratisation, mais à une prise de contrôle. »
Plus largement, Grégory Blanc alerte sur un basculement global.
« Quand le droit est bafoué, c’est le délitement de la civilisation. Ce que font aujourd’hui les États-Unis, ce sont les mêmes méthodes que Poutine. Et demain, pourquoi pas Xi Jinping à Taïwan ? Si le droit international disparaît, il ne reste que le rapport de force le plus brutal. »
Gilles Bourdouleix, tout en reconnaissant l’illégalité juridique de l’intervention, adopte une lecture plus politique et morale.
« Oui, d’un point de vue juridique, cette action est illégale. Mais d’un point de vue moral, elle est sans doute moins choquante. Maduro n’a pas été élu légalement, il a plongé son pays dans la misère, huit millions de Vénézuéliens ont fui. On ne peut pas faire comme si c’était un dirigeant normal. »
Le maire de Cholet pointe cependant l’ambiguïté américaine.
« Il y a eu un professionnalisme militaire remarquable, mais un amateurisme politique total. Si c’est pour remplacer Maduro par quelqu’un de son entourage, je ne vois pas l’intérêt pour le peuple vénézuélien. Et si l’objectif est seulement de mettre la main sur le pétrole, alors c’est profondément inquiétant. »
Une France « vassalisée » ?
Le débat glisse rapidement vers la posture française suite à la déclaration d’Emmanuel Macron sur le sujet. Gilles Bourdouleix ne mâche pas ses mots.
« La vassalisation de la France vis-à-vis des États-Unis n’est pas une nouveauté. Il n’y a plus de politique internationale française. Nous courons derrière Washington sur l’Ukraine, le Proche-Orient, l’Afrique. Nous avons été chassés de partout. »
Un diagnostic sévère, mais partagé en partie par Grégory Blanc, qui déplore une parole française affaiblie.
« Ce que je regrette, c’est ce qui n’est pas dit par Emmanuel Macron. Il y a une contrainte intériorisée, une peur de Trump. Et ça pose la question d’une forme de vassalisation. »
Réarmement : urgence militaire ou impasse politique ?
Deuxième grand thème du débat : le réarmement de la France, relancé par les alertes de l’ancien chef d’état-major des armées Pierre de Villiers.
Pour Grégory Blanc, le réarmement est une évidence… mais pas sans stratégie.
« Qu’il faille réarmer, c’est une évidence. Mais Clausewitz nous l’a appris : derrière un projet militaire, il doit y avoir une stratégie politique. Or aujourd’hui, quelle est la stratégie ? Mettre 20 ou 30 % de budget en plus ne nous fera jamais rattraper les États-Unis ou la Chine. »
Le sénateur plaide pour un changement d’échelle.
« La seule solution crédible, c’est une capacité de défense européenne intégrée. Le budget militaire cumulé de l’Europe, c’est 700 milliards de dollars. Mais tant que nos armées et nos industries sont morcelées, nous resterons inaudibles. »
Une vision que rejette fermement Gilles Bourdouleix.
« La défense est un élément fondamental de la souveraineté d’une nation. Je ne crois pas à une armée européenne. L’Europe n’a pas de politique, pas de dirigeants légitimes. On nous vend ce serpent de mer depuis des décennies. »
Le maire LR défend une ligne résolument gaullienne.
« Notre force, c’est notre armée de métier et notre dissuasion nucléaire. Il y a en permanence un sous-marin nucléaire français prêt à défendre notre pays. C’est une garantie fondamentale de notre liberté. »
Deux visions irréconciliables
Au terme du débat, deux lignes politiques apparaissent nettement. Pour Grégory Blanc, la sécurité passe par le droit, la coopération et une Europe stratégiquement unie. Pour Gilles Bourdouleix, la défense reste d’abord une affaire de souveraineté nationale, de puissance militaire assumée et de dissuasion nucléaire. Deux diagnostics, deux réponses, et une question toujours ouverte : comment une démocratie peut-elle se défendre dans un monde où la force reprend le dessus sur le droit ?