« Ma position est celle d’un auteur qui respire l’air du temps. Et en réaction à la simplification des discours, il est nécessaire de faire l’éloge de la complexité. Il n’est pas question de condamner ceux qui simplifient et la place de l’affect. Mais de poser des questions. D’ailleurs, l’idée de cette semaine est d’amener des questions auxquelles on ne peut pas répondre. » C’est par ces mots que Jacques Serrano nous expliquait, en octobre dernier, le thème de la 17e édition de la Semaine de la Pop Philosophie, qu’il a initiée en 2009. « Ce n’est pas moi qui ai inventé ce terme de pop philosophie, mais Gilles Deleuze, dont j’étais l’élève, poursuivait-il avec malice. J’ai compris ou pas compris, l’important c’est que j’y ai passé un bon moment. Il y a dans cette semaine la notion de plaisir. La pop philosophie c’est une philosophie difficile mais qui ne demande pas de bagage universitaire. »

Directeur de l’association Rencontres Place Publique, fondée en 1994, et concepteur de la Semaine de la Pop Philosophie, Jacques Serrano est décédé le 28 décembre à Marseille, après avoir consacré sa vie aux mondes de l’art, de la culture et de la pensée.

« Une invitation à penser contre les courants réducteurs »

La Semaine de la Pop Philosophie (des rencontres et conférences ouvertes à un large public conviant des experts du monde politique, culturel, scientifique), témoignait de son engagement à faire vivre le dialogue intellectuel par la remise en cause des idées reçues.

À propos du sujet de sa dernière édition (« Éloge de la complexité, face au simplisme et au populisme »), il nous disait que ce n’était pas simplement « une thématique » mais « un impératif moral » : « une invitation à penser contre les courants réducteurs et les séductions faciles du populisme ».

Toujours investi et très déterminé, malgré un état de santé fragile ces dernières années, il nous affirmait encore, en souriant : « J’étais le seul quand j’ai commencé, aujourd’hui le panorama des conférences a changé à Marseille. C’est tendu financièrement. Mais vous savez, je viens du monde de l’art contemporain, rien ne me fait peur ».

L’équipe de la manifestation et de l’association a assuré, dans un communiqué, que « son héritage intellectuel et son esprit de convivialité continueront d’inspirer nos travaux et nos rencontres ». Elle informe également qu’une cérémonie d’hommage aura lieu le jeudi 8 janvier à 13h30 à la Maison funéraire Saint-Pierre et à 17h au Crématorium. La Provence adresse ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.