Candidats de la droite et du centre à la métropole et à la ville, Véronique Sarselli (LR) et Jean-Michel Aulas formulent une proposition maintes fois énoncée à Lyon, pour un budget de deux milliards d’euros et une livraison à horizon 2036, vilipendés par les écologistes.

«En finir avec une autoroute urbaine en plein cœur de la Métropole». Candidats de la droite et du centre à la métropole et à la ville de Lyon, Véronique Sarseilli (LR) et Jean-Michel Aulas ont annoncé ce lundi leur projet d’un méga tunnel de 7,6 kilomètres pour remplacer celui de Fourvière emprunté par 110.000 véhicules chaque jour et régulièrement congestionné. Baptisé «Nouvelle traversée de Fourvière», l’ouvrage enterré coûterait entre 1,6 et 2 milliards d’euros selon leur chiffrage et serait financé par un péage dans le cadre d’un partenariat public-privé, indiquent-ils par voie de communiqué.

«Nous avons l’ambition de faire enfin “sauter” le bouchon de Fourvière», souligne l’ancien patron de l’Olympique Lyonnais, favori des sondages pour prendre le fauteuil de maire en mars. Candidate du mouvement aulasien «Cœur lyonnais» à la métropole – qui détient la compétence des voiries -, Véronique Sarselli vante «un projet ambitieux, réaliste et attendu de longue date». Équipé de «systèmes de ventilation, de filtration et de captation de pollution», l’ouvrage doit permettre d’améliorer la qualité de l’air en surface, et de «décongestionner» «le cœur de Lyon». Ce méga tunnel intégrerait une chaussée de deux fois deux voies, soit l’équivalent du tunnel actuel (long de 1,8 kilomètre), mais moins que les trois voies d’autoroute à sa sortie sud.


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Problème selon les écologistes, vent debout contre ce projet, seuls 15% des véhicules empruntant le tunnel sous Fourvière sont en transit. Les autres partent ou arrivent de Lyon ou Villeurbanne. De quoi limiter l’effet décongestionnant du nouvel ouvrage, selon les soutiens de Bruno Bernard (EELV), président écologiste de la métropole et candidat à sa réélection avec le soutien de la gauche (hors LFI). «Construire huit kilomètres de tunnel pour du trafic de transit ne résout rien : cela ne fait pas disparaître le trafic sur l’axe M6/M7 actuel, ni la pollution», cingle ainsi Jean-Charles Kohlhaas (EELV), vice-président en déplacement à la métropole engagé dans la campagne de Bruno Bernard.

Quid de l’échangeur de Perrache ?

Dans son idée, le camp Aulas voudrait voir le tunnel actuel transformé en «tube mode doux» pour les bus et vélos, sur le modèle de celui de la Croix-Rousse. «Transférer le transit métropolitain en souterrain» permettrait aussi selon eux de récupérer le tènement du Centre d’échanges de Lyon Perrache (CELP) pour reconnecter les parties nord et sud de la Presqu’île et végétaliser cet espace. Détruire cet échangeur représente un chantier titanesque selon les études menées sous Gérard Collomb, alors même que des travaux de transformation ont été engagés l’an dernier sur le CELP.

En plus des trémies autoroutières, ce dernier accueille le nœud intermodal de Perrache, reliant métro et tramways. Il devra lui aussi être modifié si cette «Nouvelle traversée de Fourvière» venait à se réaliser. La proposition actuelle est basée sur les travaux de l’architecte Hélène Duhoo, dont le projet n’avait pas été retenu pour la modification du CELP. L’ouvrage plongerait sous terre au niveau du Valvert, à Tassin, pour passer sous le Rhône puis la Saône et ressortir au niveau de Saint-Fons. Jean-Michel Aulas prend l’exemple du Trans Est-Ouest (périphérique nord de Lyon) et du tunnel de l’A86 (en Île-de-France) comme témoins de faisabilité de cet ouvrage nécessitant dix ans de travaux.

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Sur la forme comme le fond, les écologistes vilipendent l’idée de leurs opposants. «Ce méga tunnel est un projet inutile, parce qu’il ne répond pas aux besoins réels de déplacement des habitants. Il s’inscrit dans une vision du “tout voiture” qui appartient au siècle dernier, grince Jean-Charles Kohlhaas. C’est une fuite en avant qui va à rebours des attentes des habitants, en matière de qualité de vie, de santé et de pouvoir d’achat.»

Les écologistes dénoncent «un risque majeur pour les finances»

Bruno Bernard a quant à lui dénoncé un «projet hors-sol, inutile et financièrement irresponsable», par la voix de son équipe de campagne. Jean-Charles Kohlhaas souligne par ailleurs «un risque majeur pour les finances métropolitaines». Et dénonce l’hypothèse d’un péage qui «ne ferait que pénaliser les actifs et ne financerait qu’une très faible part de l’investissement». Dans une interview au journal local Le Progrès, où ils présentent leur projet ce lundi, Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli envisagent aussi de solliciter des fonds européens pour financer ce projet à près de deux milliards.


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«Engager une telle somme sur une infrastructure peu utile, c’est organiser l’incapacité de la Métropole à poursuivre les investissements dans l’essentiel : cela signifie moins de moyens pour les collèges, le logement, la voirie, pour le développement des projets urbains et des transports en commun ou pour l’entretien du réseau existant…», dénonce Jean-Charles Kohlhaas.

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Côté transport en commun justement, un tel projet pourrait rebattre les cartes de la future ligne de tramway express de l’ouest lyonnais, enterré sous la colline de Fourvière et évalué à 800 millions d’euros. Comme les élus de droite de l’ouest lyonnais, «JMA» lui préférait une cinquième ligne de métro, estimée à 1,5 milliard d’euros.