Le blanc se décline à l’infini dans l’immensité du Yukon, province située au nord-ouest du Canada. Une nature sauvage où la neige se fait parfois attendre. Lui aussi attend. Son métier est d’attendre. Attendre de capter la beauté. « Avec la neige, j’arrive à retranscrire la beauté que l’on ressent tous avec nos cinq sens quand on va dans la nature. On ressent de l’harmonie, de la pureté, des émotions brutes », dit Jérémie Villet.
Jérémie Villet est photographe animalier
L’émerveillement est son carburant. Le blanc, sa couleur, son décor. Et il aime attendre. Attendre pour fixer le temps d’une photo un aigle noir, un ourson brun, ou une chouette aux yeux jaunes, dans l’étendue immaculée. Chaque cliché se métamorphose en œuvre d’art, des monochromes sublimes et intenses.
Mais ces scènes de vie naturelle se méritent, requièrent du temps donc, du silence, nécessitent des heures de marche dans des températures avoisinant -60 °C.
Se fondre avec la nature
Le froid vient se cristalliser sur ses cils. Les engelures le font souffrir : « On peut rien faire quand il faut toucher les boutons. Faut des plus petits gants. En deux secondes, en touchant du métal, tu te brûles les doigts », dit-il alors qu’il lutte contre le vent dans une mer de neige. Avant de s’enthousiasmer par l’arrivée d’un renard, « un tout petit point noir qui court dans la crème de neige… On dirait de la stracciatella. C’est trop, trop beau. Quand tu vois un animal, tu oublies complètement que tu as froid ».
Le documentaire, intitulé Yukon : un rêve blanc, retrace ainsi une expédition menée à l’hiver 2019-2020. Jérémie Villet est suivi par le réalisateur Mathieu Le Lay. Les deux hommes se fondent dans cette nature, parfois hostile. Trois semaines d’ascension. Dormir à même le sol enneigé. Grimper une pente abrupte. Et attendre encore.
Attendre d’apercevoir des chèvres des montagnes. Avec son pelage blanc, l’animal disparaît dans le paysage.
Il faut donc de la concentration. De la patience. Un peu de chance aussi. Et puis, tout à coup, dans le silence de cette étendue de blanc, Jérémie Villet la voit : « Elle est là. Elle me regarde. Elle regarde le sapin. Elle ne bouge pas ! Elle est juste là, immobile, à regarder tout le paysage. Elle est encore un peu loin, mais c’est motivant ça. Juste un point, un animal au loin… Je peux aller me coucher, penser à ça, imaginer une photo, l’approche demain… Pendant une demi-seconde, j’ai oublié que j’avais mal au dos ».
La photo est incroyable de beauté, encore une fois
Cette quête de la perfection artistique, ce désir de respecter la nature, cette envie de transmettre sa passion pour la faune nourrissent le parcours de Jérémie Villet. Et transpirent dans chaque séquence de ce documentaire nous plongeant dans une sorte de bien-être où le silence règne. Où le blanc apaise.
Jérémie Villet est un rêveur, un poète. Un explorateur du XXIe siècle. Un être à part en quête d’une expérience sensorielle qu’il désire partager à travers nos écrans.
Ce documentaire intitulé « Yukon, un rêve blanc » est diffusé ce soir sur Ushuaïa TV à 21h45. Il est également disponible sur la plateforme arte.tv