Une personne âgée hospitalisée pendant l'épidémie de grippe.Les épidémies de grippe durent en moyenne 8 à 12 semaines, entre le début de la phase épidémique et le retour à un niveau de base. © Freepik

La grippe circule désormais dans toute la France hexagonale, sans exception régionale. Selon le dernier bulletin Infections respiratoires aiguës de Santé publique France, publié le 31 décembre 2025, toutes les régions sont officiellement en phase épidémique.

En médecine de ville, l’activité liée à la grippe atteint un niveau d’intensité modérée, mais à l’hôpital, la situation est plus préoccupante. Les indicateurs hospitaliers ont franchi le seuil d’alerte, avec une activité grippale jugée élevée, tous âges confondus. Concrètement, cela signifie plus de passages aux urgences, plus d’hospitalisations, et des services déjà fragilisés par des années de tensions structurelles. Dans les territoires, cette réalité se traduit par des scènes désormais familières…

Pourquoi la grippe pèse-t-elle autant sur les urgences cette année ?

Selon Santé publique France, près de 34 000 passages aux urgences pour infections respiratoires aiguës basses ont été recensés en une seule semaine, soit 9,5 % de l’ensemble des passages, en forte hausse par rapport à la semaine précédente. Parmi eux, plus de 18 500 passages concernaient un syndrome grippal, et plus de 3 600 patients ont dû être hospitalisés.

Ce poids s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la grippe touche toutes les classes d’âge, mais elle provoque davantage de formes sévères chez les personnes âgées et les patients fragiles. Ensuite, le virus circule intensément, avec un taux de positivité dépassant 35 % en laboratoire de ville, et atteignant 50 % chez les patients vus en médecine de ville. Aussi, la vaccination reste insuffisante, laissant une large part de la population vulnérable. Et enfin cette année, le nouveau variant K, venu du Nord, vient boulversé les normales épidémiques.

Épidémie de grippe : qui sont les patients les plus touchés ?

Les personnes âgées paient le plus lourd tribut. Parmi les cas graves de grippe admis en réanimation depuis le début de la saison, près de 60 % ont 65 ans ou plus, et près de 9 patients sur 10 présentent au moins une comorbidité.

Mais la grippe ne frappe pas uniquement les seniors. Chez les enfants et adolescents, l’activité hospitalière atteint également un niveau élevé, notamment chez les moins de 15 ans. Sans être majoritairement mortelle, la grippe peut entraîner des complications respiratoires ou une déshydratation sévère, nécessitant parfois une hospitalisation.

Depuis le début de la saison, 24 décès liés à la grippe ont été signalés en réanimation, dont la grande majorité chez les plus de 65 ans. 

Covid-19, bronchiolite : où se situent les autres virus de l’hiver ?

Le Covid-19 circule actuellement à bas bruit. Les indicateurs restent stables et faibles, avec moins de 1 % des passages aux urgences liés à une suspicion de Covid-19, et un taux de positivité en diminution. Elle ne joue pas, cette année, un rôle majeur dans la saturation hospitalière.

La bronchiolite, quant à elle, poursuit son épidémie chez les nourrissons, mais les indicateurs montrent une stabilisation, voire une légère baisse. La grippe est donc, de loin, le principal moteur de la pression actuelle sur le système de soins.

A-t-on atteint le pic de l’épidémie de grippe ?

Certains signaux laissent penser que le pic pourrait approcher. En médecine de ville, les consultations pour syndrome grippal ont légèrement diminué chez les enfants, un phénomène possiblement lié aux congés scolaires. Mais à l’hôpital, la dynamique reste clairement ascendante, notamment en termes d’hospitalisations.

Compte tenu de la circulation très importante des virus grippaux et des modèles de prévision réalisés avec l’Institut Pasteur, une poursuite de la forte sollicitation hospitalière ne peut être exclue dans les semaines à venir.

Sur le terrain, de nombreux médecins estiment que le pic pourrait être atteint dans un délai de 10 à 15 jours, à condition que la dynamique reste conforme aux schémas habituels. Mais la grippe est imprévisible, sensible aux comportements sociaux, aux déplacements et aux conditions climatiques.

Épidémie de grippe : que peut-on faire, concrètement, aujourd’hui ? Revenir aux basiques… qui fonctionnent toujours

Ils ont parfois été relégués au rang de mauvais souvenirs post-Covid, et pourtant. Les gestes barrières restent l’un des outils les plus efficaces pour ralentir la transmission de la grippe. Concrètement, cela signifie :

  • Porter un masque dès l’apparition de symptômes (fièvre, toux, nez qui coule), en particulier dans les lieux clos, les transports ou en présence de personnes fragiles. Non pas pour s’isoler du monde, mais pour éviter de contaminer son entourage.
  • Se laver les mains régulièrement, à l’eau et au savon ou avec une solution hydroalcoolique, notamment après s’être mouché, avoir toussé ou fréquenté des lieux très fréquentés.
  • Aérer les espaces clos, plusieurs fois par jour, même en hiver. Quelques minutes suffisent pour réduire significativement la concentration de virus dans l’air.

Pris isolément, ces gestes peuvent sembler anodins. Ensemble, ils ont un impact réel, notamment dans un contexte de forte circulation virale.

Grippe ou syndrome grippale : savoir quand consulter… et où

Dans la majorité des cas, la grippe évolue favorablement en quelques jours, avec repos et traitement symptomatique. Mais certaines situations doivent alerter, et justifient une consultation rapide, en particulier chez les personnes les plus à risque.

Il est recommandé de consulter sans tarder en cas de :

  • fièvre élevée persistante,
  • difficultés respiratoires, essoufflement,
  • grande fatigue inhabituelle ou aggravation rapide de l’état général,
  • confusion, malaise ou douleurs thoraciques.

La vigilance doit être renforcée chez :

  • les personnes âgées,
  • les femmes enceintes,
  • les patients atteints de maladies chroniques (cardiaques, respiratoires, diabète, obésité, insuffisance rénale…).
  • les personnes immunodéprimées.

Dans la mesure du possible, la médecine de ville doit être privilégiée : médecin traitant, maison médicale de garde, téléconsultation. Les urgences doivent rester réservées aux situations graves ou réellement urgentes, d’autant qu’elles sont déjà fortement sollicitées par l’épidémie.

Et la vaccination, encore utile en pleine épidémie ?

Il n’est pas trop tard pour se faire vacciner contre la grippe, même lorsque l’épidémie est bien installée. La vaccination reste recommandée tout au long de la saison, notamment pour les personnes à risque. 

Au 30 novembre 2025, seulement 44 % des personnes âgées de 65 ans et plus étaient vaccinées contre la grippe, et à peine 21 % des moins de 65 ans à risque. Parmi les cas graves hospitalisés, 77 % n’étaient pas vaccinés. La vaccination ne supprime pas totalement le risque d’infection, mais elle réduit significativement les formes graves, les hospitalisations et la mortalité. 

À SAVOIR 

Même lorsque le pic de l’épidémie est atteint, la grippe ne disparaît pas brutalement. Selon Santé publique France et les analyses issues des modèles de l’Institut Pasteur, la phase post-pic peut durer plusieurs semaines, avec une circulation virale encore active, en particulier chez les populations fragiles.

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