Par

Antoine Blanchet

Publié le

5 janv. 2026 à 19h22

La silhouette est voûtée. La démarche difficile. Âgé de 86 ans, Pierre L. a du mal à entendre ce qu’on lui dit. Avec sa touffe de cheveux blancs et son costume respectable, on pourrait le croiser sur un banc d’un square. C’est pourtant sur celui des prévenus de la 15e chambre correctionnelle du tribunal de Paris qu’il est assis ce lundi 5 janvier 2026. On lui reproche des agressions sexuelles dans le métro parisien. 

Traqué par la police des transports

Il faut remonter à l’été 2025 pour comprendre cette affaire. Nous sommes le 9 août. Il fait chaud. Le métro n’est pas trop fréquenté sur la ligne 6. Comme à leur habitude, les policiers de la brigade régionale des transports patrouillent, à la recherche des voleurs et des prédateurs. À la station Trocadéro, les yeux de ces patrouilleurs aguerris tiquent. Assis sur le quai du métro, un homme semble omnubilé par les jeunes femmes présentes. 

Les agents ne se laissent pas attendrir par l’âge avancé de l’individu. Ils décident de le suivre. Le vieillard équipé d’une sacoche d’ordinateur monte dans une rame. Son regard semble s’attarder sur les jeunes femmes porteuses de robes. À la station Passy, il décide de s’asseoir à côté de l’une d’elles. Il place sa sacoche sur ses genoux, de sorte que sa main, placée à son extrèmité, entre en contact avec la cuisse de l’usagère. 

Jusqu’à Bir-Hakeim, les policiers observent l’homme en train de caresser doucement la victime, qui semble être dans un profond malaise. Contactée par les policiers, elle ne souhaite pas porter plainte. Le prévenu sort de la rame, puis remonte dans une autre et continue son manège. Cette fois-ci, la victime est âgée de 16 ans. L’octogénaire est interpellé quelques jours plus tard. 

Déjà repéré deux mois avant

En se penchant sur son cas, les enquêteurs se rendent compte que le prévenu a déjà sévi. Deux mois auparavant, Pierre L. avait déjà fait rimer ligne 6 avec vice. De couloirs en quais. De quais en rames. Et de rames en jeunes femmes, il avait touché les cuisses de deux autres usagères. L’une des victimes s’était retrouvée coincée une dizaine de minutes à subir les attouchements. Les faits avaient été classés sans suite, car l’intention sexuelle du mis en cause n’était pas totalement avérée. C’est maintenant chose faite avec les agressions du mois d’août. « L’intention se caractérise par le mode opératoire. La première fois, il y avait un doute. La seconde, il n’y en a plus », affirme la procureure.

 « Ça échappe parfois à mon contrôle »

Face aux juges, le prévenu tente de se justifier maladroitement. « Je reconnais et je le regrette. Ça échappe parfois à mon contrôle », déclare l’octogénaire d’une voix tremblante. Malgré ces aveux, le tribunal n’arrive pas à saisir si Pierre L. avait oui ou non une intention sexuelle. Il évoque des faits accidentels liés au déplacement du métro. Le président l’interroge, mais son interlocuteur entend mal et semble avoir la mémoire défaillante. Une interprète est présente pour assister cet homme venu d’Iran en 1978, juste avant la Révolution Islamique. La confusion reste pourtant de mise et l’échange en restera là. 

Pierre L. explique prendre le métro de temps en temps. « Je vis en banlieue pour sortir de ma solitude », déclare cet homme qui n’a ni femme ni enfant. L’absence de proches venus à l’audience illustre son propos. Aucune victime n’a non plus fait le déplacement. 

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Quatre mois de prison avec sursis

Dans son réquisitoire, la procureure ne se laisse pas attendrir. Elle se base sur plusieurs déclarations faites par le prévenu durant sa garde à vue. « Quand je me retrouve seul à côté d’une femme, je ne peux plus me contrôler », avait-il avoué aux agents. « Il va falloir qu’il se contrôle. On ne va pas lui dire de ne plus jamais prendre le métro de sa vie », reconnaît la magistrate. Elle demande dix mois de prison avec sursis simple, ainsi qu’une inégibilité durant cinq ans. 

À la défense, on met en exergue la vie sentimentale inexistante de l’octogénaire. « Il a reconnu les faits à demi-mot. C’est dur pour lui de le faire dans cette salle avec du monde », affirme le pénaliste, qui demande une peine moins « disproportionnée » que celle requise. « Je présente mes excuses. Je demande aux victimes de me pardonner », bafouille Pierre L.. Après un court délibéré, le tribunal le condamne à quatre mois de prison avec sursis simple

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