Après les triplés de Christopher Tolofua et Barnabé Massa et les essais d’Ignacio Ruiz et de Lucas Peyresblanques, ce week-end de Top 14 s’est conclu par un doublé de Tolu Latu. De quoi penser que les talonneurs sont devenus de véritables serials marqueurs.

Si vous êtes des assidus de la Pro D2, vous avez certainement en tête que le Neversois Efi Ma’afu, le Biarrot Clément Martinez et le Valentinois Dorian Marco-Pena font partie des meilleurs marqueurs de l’antichambre de l’élite. À l’étage supérieur, il n’est donc pas surprenant de retrouver les talonneurs plonger dans les en-buts, notamment en cette 14e journée. Tout a commencé du côté de Perpignan, lorsque l’Argentin Ignacio Ruiz, à peine entré en jeu, aplatissait en coin un essai crucial face à Toulouse. Mais c’est pendant le multiplex que tout s’est emballé, avec notamment l’essai de Lucas Peyresblanques, qui a permis au Stade français d’empocher le bonus. Dans le même temps à Montpellier, Christopher Tolofua s’offrait un triplé riche de symboles. « Ça lui permet de fêter son anniversaire puisqu’il a le malheur d’être né le 31 décembre », informait son manager Joan Caudullo après la rencontre. Un peu plus à l’ouest, à Montauban, le Clermontois Barnabé Massa y allait lui aussi de son coup du chapeau, le premier de sa carrière en professionnel. Et pour finir le week-end en beauté, Tolu Latu s’est écroulé par deux fois derrière la ligne toulonnaise, comme pour confirmer que cette journée était bien celle des numéros 2.

Mais pourquoi les talonneurs ont-ils autant été à la fête en cette nouvelle année ? Déjà, il y a le facteur météo. En hiver, les équipes du championnat produisent moins de jeu debout et se resserrent autour de leur conquête. C’est particulièrement le cas à La Rochelle mais aussi à Clermont, où le choix de miser sur les ballons portés était prémédité. « On n’est pas là pour montrer qu’on sait jouer au rugby, on est là pour gagner », dixit Christophe Urios. Peu étonnant donc d’avoir vu Massa, mais aussi Falgoux franchir la ligne après des groupés pénétrants : « Ça n’arrive pas tous les jours mais ça récompense surtout le travail que l’on fait devant, relatait Massa. Mon rôle, c’est de marquer les essais. Je suis celui qui est dans la lumière mais le plus gros, ce sont les lifteurs et les sauteurs ». Cependant, le rôle de l’ancien Grenoblois est loin d’être simple. Au-delà d’assurer la touche, il doit aussi guider les siens jusqu’à l’en-but. Un travail de chauffeur poids lourd qui n’est pas donné à tout le monde. « Le triplé de Massa, j’aurais pu le mettre », riait Urios, avant de reprendre : « C’est un joueur qui est très bon sur les mauls. Parce qu’il ne s’agit pas que de conduire le ballon porté. Lui, il sait le conduire mais il est aussi malin et collectif. Je suis obligé de dire que « Babé » sent ce jeu sur maul. Il arrive à se faufiler dans les espaces, à sentir les pressions, à sortir… Il travaille et ne se laisse pas porter par le maul. Il le pousse et c’est un des rares à le faire. »

Latu après un de ses deux essais face à Toulon.

Latu après un de ses deux essais face à Toulon.
Icon Sport – Ewen Gavet

L’exemple Olivier Diomandé, un « casseur de bouche et pilier de bar »

En plus de leur position préférentielle proche de la ligne, les talonneurs bénéficient de leur profil plutôt très dynamique pour finir les coups. Massa et Tolofua sont des exemples parfaits de ces phénomènes qui possèdent cette fameuse explosivité. Le Montpelliérain, qui était très en cannes face à Bayonne, a aussi pour lui cette puissance de poussée qui va l’amener dès la semaine prochaine à travailler au poste de pilier droit. « Ça montre aussi que quand on est talonneur et qu’il y a des ballons portés, on marque des essais, remarque Caudullo, qui a lui-même évolué au poste. C’est un poste hyper important dans le rugby, qui doit nous amener de grosses performances. À une autre époque, je sais que notre meilleur marqueur dans notre première année de Top 16 était Olivier Diomandé. Il en a marqué sept. Moi j’étais derrière et je regardais ». En entendant le nom de l’ancien numéro 2 du MHR, Christopher Tolofua se rappelle : « Il faisait peur en dehors et sur le terrain… Je le badais ! Je l’avais dans mon album Panini. Diomandé, casseur de bouche et pilier de bar. »

Et l’ancien Toulonnais de livrer une autre conséquence de son triplé : « Je suis très content parce que trois essais sur ballon porté, ça veut dire resto payé par le coach des avants Antoine Battut. Et vu qu’on est des sacrés viandards, ça va être assez bonnard. » De quoi donner un levier de motivation évident aux talonneurs, qui pourraient d’ailleurs se livrer une belle course au classement des meilleurs marqueurs. Pour l’heure, premier des talonneurs avec six réalisations, Barnabé Massa hésite : « C’est vrai qu’il peut y avoir une course… » Mais se ravise : « Non, il n’y en aura pas ! » Dommage.