Cristian-Ovidiu Marin, 34 ans, PDG d’une entreprise de jeux en ligne basée à Bucarest, en Roumanie, avait l’habitude de souffrir de crises de
migraines légères tous les deux ou trois mois, généralement lorsqu’il était
stressé ou manquait de sommeil. Mais il y a environ quatre ans, ses crises sont
devenues plus sévères: «Mes migraines sont devenues plus fréquentes et plus
intenses, avec des douleurs aiguës et pulsatives, des nausées et une
sensibilité à la lumière qui anéantissent ma concentration pendant plusieurs
heures, parfois toute la journée», explique-t-il.

Cristian-Ovidiu Marin n’est pas un cas isolé. Une étude publiée dans la revue Headache et relayée par National Geographic illustre une augmentation de la fréquence et de la gravité des crises de
migraines. Si le nombre de patients atteints aux États-Unis n’a que peu évolué en trente ans, la sévérité des crises a presque doublé entre 2005 et 2018. Les femmes restent plus
sujettes aux migraines que les hommes, mais ces derniers sont de plus en plus
touchés par cette affection neurologique.

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Selon les chercheurs, ce phénomène pourrait être en partie dû au dérèglement du climat. «Le changement climatique semble contribuer à des crises de
migraines plus fréquentes et plus sévères en amplifiant des conditions
environnementales déjà connues comme des facteurs déclencheurs, telles que
l’augmentation des températures, des variations thermiques plus marquées, la
dégradation de la qualité de l’air et les changements de pression atmosphérique», explique Danielle Wilhour, professeure adjointe de neurologie à l’Université
du Colorado (États-Unis).

D’ailleurs, Cristian-Ovidiu Marin a aussi constaté que l’augmentation récente de ses crises coïncidait avec
ces modifications environnementales. «Ce n’est pas seulement la chaleur. Les orages, les variations d’humidité et les changements soudains de
pression semblent aussi déclencher des symptômes. »

Abaissement du seuil de déclenchement

Des recherches
présentées lors du congrès annuel de l’American Headache Society en 2024 ont
montré que pour chaque augmentation de 10°Fahrenheit (12,2°Celsius environ) de la température extérieure, l’occurrence
de maux de tête augmentait de 6% ce jour-là. Les nouvelles recherches menées cette année ont suivi 407.792 personnes au
Royaume-Uni sur une période de douze ans et les résultats parlent d’eux-mêmes.

Chez les personnes davantage exposées à la pollution et au dioxyde d’azote ainsi qu’à
des températures plus élevées, les migraines étaient plus fréquentes. Plutôt que de provoquer directement des crises, l’élévation des
températures
, les variations de pression atmosphérique et d’autres changements
météorologiques semblent abaisser le seuil de déclenchement des migraines, explique Dawn C. Buse, professeur clinicien de neurologie à l’Albert Einstein College of Medicine de New York (États-Unis).

Humidité, pluie, et mal de tête

Dans une étude publiée en 2023, des
chercheurs japonais avaient déjà montré que les maux de tête étaient plus fréquents les
jours de forte humidité, de pluie et de variations de pression atmosphérique marquées. Un lien a également été établi entre la présence d’orages et de masses d’air tropicales et l’augmentation des migraines. Les variations de pression atmosphérique pourraient être à l’origine de changements du tonus vasculaire et de la pression intracrânienne, ce qui peut
déclencher des crises, explique Dawn C. Buse.

Les niveaux élevés de polluants atmosphériques déclenchent également des migraines et peuvent aussi accroître l’inflammation systémique. Le changement climatique serait aussi lié à l’augmentation du stress, qui «est le principal facteur déclencheur des crises de
migraines», rappelle Fred Cohen, spécialiste des céphalées à l’Icahn School of
Medicine de l’Hôpital du Mont Sinai, à New York.

À cela s’ajoutent d’autres déclencheurs tels que les fluctuations hormonales, les perturbations du sommeil et
l’alimentation. «Les facteurs de risque peuvent s’accumuler et faire dépasser
le seuil de déclenchement d’une crise de migraine», conclut Dawn C. Buse.

Les experts insistent sur l’importance de comprendre ses propres schémas et
facteurs déclencheurs de crises migraineuses. «Nous ne pouvons pas contrôler la météo, mais nous
pouvons contrôler notre réponse», affirme Andrew Dhawan, de la Cleveland Clinic.

Le suivi des symptômes, l’observation des conditions météorologiques, une bonne
hydratation ainsi que des traitements adaptés mis en place avec des professionnels de santé devraient aider, même s’il ne s’agit toujours pas de la solution miracle, celle qu’attendent tous les migraineux.