Le dirigeant vénézuélien capturé par les États-Unis, Nicolás Maduro, et son épouse, comparaissent devant un tribunal de New York. L’administration Trump les soupçonne de narcotrafic et Donald Trump a affirmé que les États-Unis ont désormais « les commandes » du Venezuela.
Le secrétaire général de l’Onu s’alarme d’un « précédent dangereux » et appelle au respect du droit international. L’Union européenne aussi. Elle dit par ailleurs souhaiter une transition démocratique pacifique au Venezuela, qui devrait inclure la lauréate du prix Nobel de la paix 2025, Maria Corinna Machado, et évoque une « chance » de changement.
L’Union européenne s’inquiète par ailleurs des velléités américaines au Groenland, territoire rattaché au Danemark et rappelle les « principes de souveraineté et d’intégrité » territoriale.
Les insultes de Medvedev contre le chancelier allemand
En Allemagne, le chef de la diplomatie demande aux États-Unis de fournir la base légale sur laquelle s’appuie leur opération d’exfiltration. Dans une interview au Deutschlandfunk, il rappelle toutefois le contexte « extraordinairement complexe » qui doit être pris en compte.
Par ailleurs, le gouvernement allemand condamne les menaces de l’ancien président russe, Dmitri Medvedev. Celui-ci a traité le chancelier allemand Friedrich Merz de « néonazi » et estimé qu’un enlèvement de Friedrich Merz pourrait constituer « un excellent rebondissement ». Berlin assure que la protection du chancelier est suffisante et que les services qui l’assurent font partie « des meilleurs au monde ».
En Afrique aussi, les réactions à la capture de Nicolás Maduro sont nombreuses. En voici un tour d’horizon.
L’Union africaine appelle au dialogue
L’Union africaine a condamné « l’enlèvement » de Nicolás Maduro dès le 3 janvier, mais avec prudence. L’institution rappelle le droit des peuples à l’autodétermination et appelle à « un règlement pacifique et local de la crise, par le dialogue, afin de prévenir toute escalade ».
Hier soir, la Cédéao a exprimé sa « solidarité » avec le Venezuela et insisté sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, telles que consacrées par la Charte des Nations unies.
La virulence de l’Afrique du Sud et du Ghana
Le gouvernement sud-africain s’est montré plus catégorique : ces événements « minent la stabilité de l’ordre mondial et le principe d’égalité entre les nations ». Pretoria dénonce « l’usage unilatéral de la force » par les États-Unis et demande une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.
Le Ghana, lui, réagit avec davantage de virulence. Il condamne aussi « l’usage unilatéral de la force » et estime que les déclarations de Donald Trump « rappellent l’époque coloniale et impérialiste et créent un dangereux précédent pour l’ordre mondial ».
Son ministère des Affaires étrangères parle de « violations du droit international » et de « tentatives d’occupation de territoires étrangers » aux « implications extrêmement néfastes ».
Les héritiers du chávisme
Au Sénégal, le chef de la diplomatie rappelle l’importance de la non-ingérence. Et le ministre vénézuélien des Affaires étrangères affirme avoir reçu des soutiens de l’Angola, du Tchad, du Niger, du Liberia ou encore du Burundi.
Par exemple, le chef de la diplomatie tchadienne a en effet déclaré qu’il avait exprimé à son homologue vénézuélien « l’attachement du Tchad au respect du droit international, dont dépend l’existence d’un ordre mondial juste » ainsi que « l’importance de préserver la paix, la stabilité et l’intégrité territoriale du Venezuela ».
Hugo Chávez, ancien président du Venezuela, s’est efforcé de rapprocher son pays de l’AfriqueImage : AP
Le Liberia, lui, indique qu’il va demander que l’Onu prenne des mesures et condamne les attaques américaines au Venezuela.
Certains de ces pays avaient renforcé leurs liens avec Caracas sous Hugo Chávez, via des dons de pétrole et une coopération Sud-Sud. En avril dernier, un mécanisme de « consultation politique » avait même été lancé en Afrique du Sud.
Pour Macharia Munene, professeur de relations internationales à Nairobi, « si vous êtes faible, la souveraineté devient une simple formule sur du papier… Le Venezuela est un exemple de ce qui peut arriver si ces petits pays n’obéissent pas aux instructions des États-Unis et des autres grandes puissances. »
Hésitations de l’AES
Les gouvernements de l’AES tardent à réagir. Officiellement parce que le Mali, le Burkina Faso et le Niger veulent parler d’une même voix.
Mais cette prudence s’explique peut-être aussi par la menace de Donald Trump de réitérer des opérations similaires à celle menée au Venezuela dans d’autres pays.
Or les trois pays membres de l’Alliance des Etats du Sahel entretenaient des relations étroites avec le régime Maduro. En 2025, le Niger et le Venezuela ont par exemple conclu un accord d’exemption de visa pour le personnel diplomatique, nouvelle facette du partenariat sud‑sud et de l’alliance du Venezuela avec des pays sahéliens anti-occidentaux.
Et la Russie, leur puissant allié commun, n’a pas protégé le dirigeant vénézuélien, un abandon qui rappelle à certains celui du président déchu de Syrie, Bachar al-Assad, auquel Moscou n’est pas venu en aide pour se maintenir au pouvoir.
L’universitaire Macharia Munene regrette d’ailleurs que les Etats du monde ne réagissent pas de la même façon aux agissements de Donald Trump qu’à ceux de Vladimir Poutine en Ukraine : « Ce n’est pas la présence de soldats américains qui pose problème… C’est la capacité de frapper quand les États-Unis le veulent, qui ils veulent… La question est donc de savoir qui sera le prochain », résume-t-il.
Un scenario qui pourrait se reproduire?
Sur les réseaux sociaux africains enfin, les fakes news circulent déjà. Pour annoncer des envois de bataillons au Venezuela, où parodier l’arrestation de Nicolás Maduro en remplaçant son visage par celui de dirigeants africains.
Le politologue angolais José Gomes voit toutefois dans la capture de Nicolás Maduro « un message fort que les Etats-Unis envoient au monde, à savoir que ce sont eux qui sont aux commandes et qu’ils ne respecteront pas le droit international ».
Il poursuit, au micro de la DW : « Les États-Unis ne destitueront pas un dictateur simplement parce qu’il gouverne mal… Mais depuis la chute au Venezuela d’un dictateur ami des dirigeants africains, ce message sonne comme un avertissement. »
En Afrique, beaucoup dénoncent cette ingérence américaine et déplorent le retour d’une diplomatie basée sur le renversement de régimes plutôt que sur la négociation.