Les
personnes intelligentes sont-elles aussi plus désordonnées que
les autres ? Ou simplement assez malignes pour éviter certaines
corvées quelque peu ingrates ? En tout cas de nombreux experts en
psychologie s’accordent à dire que les individus au quotient
intellectuel élevé ont en effet une relation particulière avec les
tâches ménagères. Et plus particulièrement avec l’une de celles
qu’on a souvent tendance à procrastiner : le rangement. Et ce n’est
pas qu’une question de paresse. Ce « rejet » de l’ordre aussi bien
dans la cuisine que dans la chambre, dans le salon ou le bureau,
reposerait en réalité sur des raisons bien plus profondes liées au
fonctionnement même de leur esprit.
Cette tâche ménagère que les personnes intelligentes ont
tendance à fuir
La psychologue américaine Kathleen Vohs,
chercheuse à l’Université du Minnesota, a d’ailleurs consacré
plusieurs travaux au lien entre désordre et intelligence. Selon ses
recherches, un environnement en apparence chaotique favoriserait la
créativité et la pensée non conventionnelle chez certaines
personnes. Le fait de ne pas ranger systématiquement permettrait de
s’affranchir des normes établies et de produire des idées plus
originales. Les personnes intelligentes auraient donc tendance à ne
pas aimer « mettre les choses dans des cases », au sens
propre comme au figuré. Leur organisation répond ainsi à une autre
logique souvent incomprise par les autres, mais parfaitement
fonctionnelle pour elles.
Selon l’experte, les individus dotés d’une
grande intelligence ou d’une forte créativité ont aussi plus
tendance à être facilement absorbés par leurs pensées. Trop occupés
à réfléchir, à analyser, à imaginer des choses, ils font alors
totalement abstraction de leur environnement. Le ménage, le
rangement ou l’ordre visuel passent forcément au second plan, tant
leur attention est monopolisée par des questionnements « plus
stimulants ». Comme le suggérait avec humour Albert Einstein, un
bureau en désordre n’est pas forcément le reflet d’un esprit
confus.
Le ménage, une activité trop monotone
?
Pour ces profils, le ménage est perçu plutôt comme une activité
monotone, pauvre en stimulation intellectuelle. Nettoyer ou ranger
ne sollicite pas suffisamment leurs capacités cognitives, ce qui
explique pourquoi ces tâches ne figurent pas en tête de leurs
priorités. Elles ne sont réalisées que lorsque cela devient
indispensable. Les personnes intelligentes tolèrent ainsi un niveau
d’encombrement plus élevé que la moyenne. Leur cerveau fonctionne
mieux dans un apparent désordre, qui n’en demeure pas moins
organisé. Chaque objet a quand même sa place même si elle n’est
connue que d’eux.
Les expériences menées par Kathleen Vohs montrent d’ailleurs que
l’ordre influence les comportements. Placés dans une pièce rangée,
les participants de son étude faisaient des choix plus
traditionnels et plus prudents que dans un environnement
désordonné. Le désordre favorisait l’audace et la nouveauté, tandis
que l’ordre renforçait davantage le conformisme. C’est ainsi
qu’elle est arrivée à la conclusion qu’éviter le rangement serait
aussi le reflet d’un esprit moins cartésien et plus créatif. Voilà
qui risque d’en arranger plus d’un…