Pas d’opérations-escargots, pas de pneus qui brûlent, ni de fumier répandu sur les préfectures. Pourtant, soumis à des baisses budgétaires importantes, le milieu de la culture traverse une crise inédite qui s’apparente à un plan social silencieux. Mais par son importance grandissante dans la politique culturelle française depuis la deuxième moitié du XXe siècle, c’est le théâtre public qui se retrouve particulièrement vulnérable à ces coupes.

Rattrapée par des situations budgétaires contraintes, certaines collectivités territoriales requestionnent leur soutien au spectacle vivant. Entre 2024 et 2025, 50% des régions, départements, communes et métropoles ont diminué leur budget consacré à la culture et quelque soit le bord politique. La région Pays de la Loire, avec une baisse spectaculaire de 62% des aides de fonctionnement, en est l’exemple le plus drastique et médiatique. Une saignée destructrice pour un secteur déjà très fragilisé par le Covid et l’inflation des matières premières. La chorégraphe et metteuse en scène Phia Ménard dont la compagnie est basée à Nantes raconte comment sa compagnie a été contrainte de réduire ses embauches de techniciens intermittents et de licencier quelqu’un de l’équipe.

A Lyon, Joris Mathieu insiste sur la brutalité de ces méthodes qui sont annoncées sans concertation et à très courte échéance : “on apprend en cours d’année qu’une subvention qu’on avait habituellement chaque année depuis plus de dix ans n’est non seulement pas reconduite, mais totalement supprimée. Vous imaginez l’impact que ça a sur un exercice qui est déjà en cours et qui est déjà projeté dans son activité? Ça veut dire qu’on on a engagé 175 000 € de trop dans notre activité. Donc, la première conséquence pour moi, en tant que dirigeant de structure à l’époque, c’était de conduire la structure à un déficit.”

Ces coupes budgétaires prises brutalement font reposer la responsabilité sur les équipes des théâtres, comme celle du théâtre des Îlets à Montluçon dont Carole Thibault, la directrice souligne “l’engagement chevillé au corps” pour “ne pas abandonner” : “Les gens bossent de plus en plus, prennent sur eux, parce qu’ils ne veulent pas abandonner. Ce n’est pas possible d’abandonner. Et donc ça, ça arrange bien les politiques, qui se disent qu’ils continuent à faire donc tout va bien. Mais comment ne pas continuer à faire?”.

A Paris, Saint-Etienne, Montluçon, Bobigny ou Nantes, les mêmes inquiétudes et les mêmes défis pour préserver un théâtre de service public.

Un documentaire de Bruno Benquey, réalisé par Agnès Cathou.

Avec :

Carole Thibault, actrice et metteuse en scène

Phia Ménard, chorégraphe et metteuse en scène

Joris Mathieu, metteur en scène

Eric Ruf, metteur en scène,

Benoît Lambert, metteur en scène,

Hortense Archambault, directrice de la MC93,

Guy Saez, politologue

Vincent Guillon, politologue,

Emmanuel Négrier, politologue