l’essentiel
Notre journaliste Lisa Hervé va à la rencontre d’inconnus et leur demande de raconter leur histoire. Arrivée d’Ukraine il y a quatre ans en pleine guerre, Anastasiia a surmonté la barrière de la langue pour poursuivre ses études d’arts plastiques à Toulouse et cultive aujourd’hui un bonheur fondé sur l’instant présent.

Assise face à la basilique Saint-Sernin, carnet sur les genoux, une jeune femme vêtue de noir aux cheveux châtains clair détachés, dessine sans vraiment prêter attention à ce qui l’entoure. À première vue, rien ne distingue Anastasiia des autres étudiants installés à Toulouse. Mais quand elle commence à parler, son accent des pays de l’Est ne passe pas inaperçu. Arrivée en France il y a quatre ans, en pleine guerre en Ukraine, elle se souvient “d’une semaine vraiment dans le coin la guerre”, avant son départ précipité pour la France, où elle s’installe du côté de Saint-Gaudens avec sa famille. “Quand je suis arrivée, je ne parlais pas français, je parlais anglais, mais en France, ça n’aide pas du tout”, sourit-elle aujourd’hui.

Intégrée au lycée, sans cours de français adaptés, elle apprend la langue seule, “grâce à YouTube, grâce à mes amis”. Un an plus tard, elle mène une bataille administrative pour passer simultanément les épreuves anticipées et le baccalauréat de terminale en une seule année. “Tout le monde me disait que je ne pouvais pas. Moi, je me suis trop battue.” Elle réussit ses examens du premier coup et entre à l’université. « Happy ever after », résume-t-elle avec humour.

« J’aime dessiner la beauté des visages »

Étudiante en arts plastiques à l’université Toulouse Jean-Jaurès, Anastasiia se définit avant tout comme artiste. Son projet dépasse le cadre académique. « J’aimerais travailler sur comment les gens sentent quand ils regardent l’art, explique-t-elle. Comment construire les émotions, les sentiments à travers l’art.”

Une approche nourrie aussi par un intérêt pour la psychologie, qu’elle a longtemps hésité à étudier. “J’ai choisi les arts plastiques, mais la psychologie reste très présente dans mon travail.” Ce qu’elle préfère dessiner ? Les visages. “L’expression, la beauté. Les gens.” Ce jour-là, elle a décidé de poser son téléphone. « C’est un jour de détox. Pas de musique, pas de réseaux. Aujourd’hui, tu respires », s’est-elle dit en ôtant son casque quelques heures plus tôt.

Le traditionnel selfie à la fin de chaque épisode de Raconte-moi ton histoire

Le traditionnel selfie à la fin de chaque épisode de Raconte-moi ton histoire
Lisa Hervé

“Je devrais être en Ukraine”

Bien que l’Ukraine lui manque parfois, elle affirme s’être trouvée en France. “Je construis ma vie ici, admet l’étudiante. Je ne sais pas comment je suis là. Je devrais être en Ukraine. Et pourtant je suis ici, je parle français, je dessine. Pour moi, c’est une magie.” Respirer, voir le monde mais aussi la connexion entre les gens, c’est ce qui guide Anastasiia dans sa vie de tous les jours. “Pour moi, c’est le plus important, le plus intéressant.”

Anastasiia a un rêve, qu’elle différencie du but, celui d’être heureuse, “et en même temps je suis déjà heureuse, donc chaque jour, je suis dans mon rêve”, conclut-elle.

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