l’essentiel
Ouvert en 2023, le centre de prévention de l’épuisement professionnel des soignants du CHU de Toulouse prend de l’ampleur. Il prend désormais en charge tous les patients souffrant de burn-out et ouvre un hôpital de jour.
Le professeur Fabrice Hérin est chef de service des pathologies professionnelles et environnementales au CHU de Toulouse. Il dirige le centre de prévention de l’épuisement professionnel des soignants (PEPS) qui devient PEPSS (Prévention de l’Épuisement des Professionnels de Santé et autres Secteurs).

Le Professeur Fabrice Hérin est chef de service des pathologies professionnelles et environnementales au CHU de Toulouse.
DDM – LAURENT DARD
Le centre de prévention de l’épuisement professionnel des soignants (PEPS) s’est élargi à toutes les professions, c’est donc un succès ?
Oui et malheureusement en quelque sorte. Entre mai 2023 et l’été 2025, nous avons pris en charge 484 soignants. Durant cette période, le programme PEPS était consacré exclusivement aux soignants mais la demande s’est accrue dans tous les secteurs d’activité, notamment pour les personnes avec des postes à responsabilité.
Quel est le bilan de PEPS après deux ans et demi de fonctionnement ?
Nous avons accueilli près d’une centaine de patients la première année, 250 la deuxième. Après leur passage, moins de 5 % ont quitté le métier de soignant, ce qui est plutôt une bonne surprise. Autre enseignement, les durées des arrêts de travail sont relativement longues puisqu’on dépasse le cap des six mois. Nous avons donc lancé un hôpital de jour pour condenser la prise en charge et éviter d’en arriver à de tels délais.
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Pourquoi est-il nécessaire de réduire la durée des arrêts de travail dans les cas de burn-out ?
Les articles scientifiques sont assez clairs à ce sujet : plus la durée de travail est longue, plus le retour au travail est difficile. Parce que l’environnement de travail change vite et qu’on se désadapte, ce qui est aussi valable pour toutes les maladies chroniques. Donc on tente un modèle nouveau, en hospitalisation de jour, trois jours par semaine sur trois semaines, pour remettre les personnes plus rapidement en emploi, en les dotant d’une nouvelle boîte à outils pour affronter le quotidien.
« Le matin, on est incapable de se lever pour faire quoi que ce soit »
Qu’est-ce qu’un burn-out professionnel ?
Je le définirais comme un sentiment de mal-être, d’inutilité, d’absence de perspective. On ne se reconnaît plus dans ce que l’on fait et ce que l’on est devenu. Les personnes concernées ont perdu tout repère, parfois même jusque dans leur sphère personnelle. Cela se manifeste par une fatigue intense avec une perte de sens. Le matin, on est incapable de se lever pour faire quoi que ce soit, aussi bien sa toilette qu’aller au travail ou prendre son petit déjeuner.
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Que proposez-vous comme prise en charge ?
Avec l’hôpital de jour, on essaie de relancer la capacité d’initiative, d’imposer un rythme, des objectifs. La prise en charge est pluridisciplinaire avec le concours du médecin traitant. Quand l’épuisement professionnel est installé, une mise en retrait du travail est essentielle. On propose de la psychothérapie, un travail sur l’affirmation de soi et des ateliers sur le sommeil et l’alimentation, deux thèmes cruciaux pour la récupération.
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Y a-t-il des personnes plus exposées que d’autres ?
Toute personne qui a une activité professionnelle peut faire un burn-out. Mais il y a des personnalités plus à risque, notamment les gens hyperinvestis, obsessionnels, qui attendent beaucoup de retours. Ceux qui ont déjà connu des traumatismes antérieurs sont aussi plus exposés. Et puis se surajoutent des critères organisationnels, qu’on peut retrouver dans tous les métiers. Chez les soignants, il faut aussi prendre en compte le contact avec la mort et le conflit éthique, et ça, c’est nouveau. Il s’agit d’une dichotomie majeure entre l’image que l’on se faisait de son métier et ce qu’il est finalement au quotidien, ce qu’on appelle la perte de sens.
« Le monde du travail accapare tout leur esprit »
Avez-vous été surpris par le profil de certains patients ?
Les infirmiers et aides-soignants représentent les deux tiers de notre activité. Mais la grande surprise, c’est l’augmentation majeure de jeunes médecins, confrontés à l’épuisement professionnel très tôt dans le métier. Ils décrivent une perte de repères, de la souffrance, du mal-être.
Y a-t-il des signes d’alerte à repérer ?
Oui, absolument. Au départ, on note un enthousiasme très important pour son travail avant une phase de stagnation. Puis, on sent qu’on n’a plus les capacités pour arriver au même résultat. On est en difficulté, des troubles de la concentration se manifestent. La fatigue arrive, une grosse période de doute s’installe avec des manifestations anxieuses et physiques ; on va travailler la peur au ventre. Tous ces symptômes sont des signes avant-coureurs de l’épuisement professionnel. Souvent, ces personnes n’arrivent pas à couper avec le monde du travail qui accapare tout leur esprit. Repérer tout ça rapidement, c’est important, la prise en charge sera plus rapide et on évitera l’arrêt de travail qui peut être anxiogène chez les personnes très investies.