Courtisé par plusieurs écuries françaises l’été dernier, le très prometteur avant russe de 19 ans Kirill Fraindt se distingue déjà avec son club de La Rochelle. Auteur de son premier essai en Top 14 pour entamer 2026, une semaine après une titularisation au Stadium de Toulouse, le deuxième ou troisième ligne commence à épater son monde, aussi bien de par sa pointe de vitesse et son engagement que… sa maîtrise du français, symbole de sa détermination.
On ne s’attendait pas forcément à le voir débarquer, dimanche soir, aux alentours de 23h30, dans la salle de presse du Stade Marcel-Deflandre. Encore moins qu’il soit le premier Rochelais à sacrifier à l’exercice médiatique d’un match du dimanche soir. Mais dès ses premiers mots, la présence du jeune mais imposant Russe (1,97 m, 100 kilos) est apparue comme une évidence.
Ou comment, l’espace d’une poignée de minutes, Kirill Fraindt, auteur de l’un des dix essais maritimes d’une soirée de rêve face aux minots du RCT (66-0), est venu confirmer face aux nombreux micros et caméras l’étendue d’une détermination qui était déjà revenue plusieurs fois aux oreilles des suiveurs du Stade rochelais, depuis l’arrivée du jeune homme à l’été 2025.
Déjà, fait inattendu, et tout sauf anecdotique, celui qui est perçu comme l’un des prodiges de sa génération (2006) s’est exprimé en… français ! Et pas juste histoire de balbutier trois mots. Fraindt s’est montré impressionnant de maîtrise pour un gamin de 19 ans, en même pas un semestre d’immersion. « J’essaie de faire de mon mieux, en sourit-il. Je ne le parlais pas français avant. On a des cours tous les jours au club après l’entraînement. 1 h par jour, avec les Argentins. »
L’avant « le plus rapide » de La Rochelle
« Il est de plus en plus à l’aise avec tout le monde, il fait des progrès énormes en français, ça m’impressionne, est venu livrer quelques minutes plus tard son coéquipier Charles Kante Samba. On peut tenir une discussion complète en français sur le terrain, il prend de la confiance sur le terrain, il continue à te parler en français donc ça te rassure, ça le rassure et il peut exploiter toutes ses compétences. » Celles d’un flanker – capable de monter dans la cage – réputé véloce, à l’aise aussi bien balle en main (2 franchissements en 5 courses en Top 14) que sur les phases défensives (2 turnovers et 9 plaquages en Coupe des Champions). Bien que rattrapé par le short une semaine plus tôt au moment de filer dans l’en-but toulousain, « il va très vite, c’est l’avant le plus rapide de l’effectif », glissait dimanche soir l’un des entraîneurs de la caravelle rochelaise, Rémi Talès.

A seulement 19 ans, Kirill Fraindt a déjà disputé quatre rencontres avec les professionnels depuis fin novembre.
Icon Sport – Ewen Gavet
« J’aime bien marquer des points pour ce club. C’est une super opportunité et une bonne performance pour moi. À Toulouse, c’était proche, aussi. » Très ému au moment d’évoquer son essai, le premier en pro, pas loin de lâcher une larme, le Russe avait aussi l’œil rieur en repensant à ce sauvetage de Romain Ntamack au Stadium. On a connu moins prestigieux comme théâtre pour une première titularisation en championnat, n’est-ce-pas ?
Spectateur d’un match de La Rochelle à 12 ans
Le Supersevens, le Top 14, la Champions Cup… C’est peu dire que tout le semestre écoulé a viré plus que parfait pour Kirill Fraindt. « Ça va vite, mais j’ai fait beaucoup et travaillé dur pour ça. Jouer pour cette équipe… It’s my dream ! (c’est mon rêve !) C’est tout. J’aime faire de mon mieux pour l’équipe, pour le club, pour ce maillot », livre-t-il, l’index pointé sur le logo de la caravelle. Et avant d’aller taper la pose avec Ma’a Nonu dans les couloirs de Deflandre, un stade déjà dans son cœur.
« J’aime bien le public ici, c’est énorme. C’est le feu ! J’aime bien être ici, merci beaucoup à tous les supporteurs. Il y a beaucoup moins de monde en Russie où les grands matchs se jouent devant 10 000 personnes, ce n’est pas beaucoup par rapport à ici (18 000 places). » Le néo-rochelais en sait quelque chose, lui qui, pour l’anecdote, était notamment présent en tribunes lors du Enisey-La Rochelle d’octobre 2018, affiche de poules de Challenge Cup. « J’ai des photos avec Victor Vito et quelques autres, se rappelle-t-il tout sourire. Je connaissais Jules Favre, Uini (Atonio), « Greg » (Alldritt)… Mon club en Russie, c’était justement Enisey, en Sibérie, à Krasnoïarsk. » Le précédent joueur formé là-bas à avoir évolué en Top 14 n’est d’ailleurs autre que son agent, un certain Kirill Kulemin, plus de cent matchs dans l’élite du rugby français au début du siècle. Sous les maillots d’Agen puis de Castres.
Un potentiel qui saute aux yeux
Récent pensionnaire de la SAS Rugby Academy en Afrique du Sud avant d’arriver à La Rochelle, courtisé par plusieurs clubs en France, le très prometteur avant russe avait tapé dans l’œil d’un ancien de la maison maritime, « Damien Neveu, qui, conquis après une semaine en immersion du flanker ou deuxième ligne à Mont-de-Marsan (il y entraînait alors les espoirs, N.D.L.R.), avait soufflé son nom aux dirigeants stadistes, les Landais n’ayant pas donné suite », racontait lundi matin nos confrères de Sud Ouest.
Six mois plus tard, Rémi Talès tire à Fraindt son « chapeau ». « Pour son intégration et ce qu’il arrive à faire en six mois, poursuit l’adjoint de Ronan O’Gara. C’est assez exceptionnel ce qu’il fait, et la manière dont il s’est intégré. Il y a six mois, il jouait en Russie ! Il est arrivé sur la pointe des pieds avec les Espoirs et il a fait la présaison avec nous. On a vite senti qu’il y avait énormément de détermination et de talent derrière ce jeune Kirill. Il a appris le français en trois mois, il est toujours en demande de conseils, il veut progresser. »
International U20 russe, solide élément des sélections nationales depuis son adolescence, le Rochelais deviendra-t-il une figure emblématique du rugby au pays, dans le sillage de son agent ou encore d’Andrei Ostrikov qu’il a croisé il y a quelques semaines, et alors que les « Ours », redescendus au 32e rang mondial, sont suspendus depuis 2022 et l’intensification du conflit russo-ukrainien de toutes compétitions internationales par World Rugby ? Quoi qu’il arrive par la suite, Kirill Fraindt est en tout cas en train de se faire un nom dans le paysage rugbystique français.