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Un copain lui prête 20 000€
Pour l’instant, le Charentais n’a pas de vues sur le petit rongeur. « Je ne veux pas être trop grand. Ce qui m’arrive, c’est déjà beaucoup de travail ». Le Blues, il le voulait : « C’est la plus belle terrasse, le meilleur emplacement, tout le monde passe devant, on le voit de loin. » Lui le voyait depuis sa fenêtre des bureaux du Café des halles, d’où il sort peu. Sauf en fin de semaine.
Du jeudi au samedi, il va accueillir ses clients au Duplex, la boîte de nuit du boulevard Besson-Bey tombée dans son escarcelle en 2018. Le reste du temps, l’entrepreneur le passe dans son bureau à gérer ses 60 salariés et à donner une identité à chacun de ses bars, en s’inspirant de ce qui marche dans les autres villes. « J’ai toujours voulu être patron. » À l’école EGC à Angoulême où il a fait ses études de commerce, « tout le monde se foutait de ma gueule. On avait fait un voyage en Irlande. My own business (mon affaire), c’est le seul truc que je savais dire en anglais. »
« J’adore la nuit, c’est un milieu qui m’a toujours passionné. »
L’ambition a fini par payer. « Sans l’argent de la famille », jure ce fils de commerçant. Son père et ses deux frères sont les gérants de Cousin Bois, grosse entreprise forestière et de vente de bois de chauffage à Angoulême. Le coup de pouce du départ, il le doit à un ami d’enfance plus jeune que lui, qui a percé sur Youtube et lui a prêté 20 000€, il y a dix ans pour débloquer les 150 000€ qui lui permettent d’acheter, en 2017, le local vide du boulevard Besson-Bey, où il crée sa première affaire, le bar à cocktail le Cercle.
Pendant ce temps, la boîte de nuit attenante de Brice Cardona « La petite folie » est en liquidation. Carlos Monteiro, qui lui avait déjà vendu le local du Cercle, rachète « La petite Folie » et la revend finalement à Alexandre Cousin un an plus tard. Il en fait le Duplex. « J’y avais travaillé pendant deux ans auparavant. J’adore la nuit, c’est un milieu qui m’a toujours passionné », se délecte Alexandre Cousin.
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« Je n’y connaissais rien en restauration. »
En 2021, le même Carlos Monteiro lui propose de racheter le Bam place des Halles, avec ses dix salariés. « Je n’y connaissais rien en terrasse. J’avais 31 ans. » C’est la fin du covid. Les clients reviennent dans les bars. « On multiplie le chiffre d’affaires par 1,5. » Des problèmes de voisinage conduisent à la fermeture du Cercle. Un an plus tard, Carlos Monteiro revient encore une fois en lui proposant de racheter le Chat Noir, qu’il avait lui-même acquis un an plus tôt. Les travaux sont à peine finis. Alexandre Cousin dit banco, mais avec son beau-frère, Julien Pierson, associé à 50 %.
« Je n’y connaissais rien en restauration. » Son expérience de stagiaire chez le traiteur Events by Nicolas, où il a d’ailleurs failli prendre une balle en pleine tête, visé par le voisin d’en face, un policier ivre et dépressif, ne fait pas tout. Son associé, patron du Please Café et du restaurant La Cour dans la rue d’à côté, lui, a les connaissances. « Le Chat Noir multiplie le chiffre d’affaires par trois, le Bam par deux et la boîte de nuit par trois. »
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« Je suis surtout endetté. »
Sur cette lancée, celui qui est devenu chef d’entreprise rachète le Louis XIV pour en faire Savaya, face au Chat Noir en 2024. Il y place deux jeunes associés qui cherchent à s’installer et garde 60 % des parts. Il est aussi propriétaire des murs de la Galerie Bussatte à 50 % avec sa compagne Marion Chargelègue qui y a ouvert un centre de beauté avec sept salariés. Encore un lieu racheté à Carlos Monteiro.
Pour tenir le coup, résister à ses horaires de jour et de nuit, cet ancien fan de foot, s’est mis à la boxe. Trois fois par semaine, à 8h. Est-ce qu’il est devenu riche le petit gars qui a grandi à Champniers, été collégien au Treuil à Gond-Pontouvre et lycéen à Marguerite-de-Valois à Angoulême ? « Je suis surtout endetté. » Il lui arrive de mal dormir la nuit. À cause aussi du rythme de vie. En tout cas, il a remboursé les 20 000€ à son copain. « J’espère qu’un jour, je le ferai pour quelqu’un. »
Le plus dur maintenant sera de tenir. Pierre Allory, l’ancien patron du Blues rock, a tenu 27 ans. Alexandre Cousin en a fait huit. Il n’en reste plus que 19.