Pendant près de vingt ans, Guillaume Vilain a été professeur des écoles en Belgique, à l’école communale de Callenelle. “C’était une école de village, assez calme, avec des enfants plutôt sages, une vie posée”, raconte-t-il. Aujourd’hui, son quotidien est bien différent. Depuis 2021, l’ancien enseignant a pris un virage radical en se lançant dans l’entrepreneuriat et en développant une solution destinée à limiter l’usage du téléphone portable à l’école.

Lorsqu’il était enseignant, Guillaume Vilain avait déjà en tête plusieurs projets pour “améliorer le bien-être des élèves”. Pour les mener à bien, il décide de reprendre des études. “Je suis allé me former en business, parce que je n’avais pas toutes les connaissances nécessaires”, explique-t-il. À la suite de sa formation, il lance un premier projet entrepreneurial : Feel, une application destinée aux établissements scolaires et dont l’objectif est de détecter les situations de harcèlement. “L’idée, c’était de repérer les ados qui n’allaient pas bien, notamment les cas de harcèlement non identifiés, de les aider, mais aussi d’améliorer la communication et de recréer du lien humain, souligne-t-il. Cette application fonctionnait vraiment très bien. Malheureusement, c’est un gouffre financier, parce qu’il y a une modération assez énorme derrière, puisque les thématiques sont parfois très tendues. Nous avons dû arrêter.”

De cette expérience, émerge un autre constat chez Guillaume Vilain : la place envahissante des écrans. “La problématique revenait sans cesse dans les cas de harcèlement. C’était évident qu’il fallait travailler là-dessus et éteindre le feu dans les établissements scolaires”, explique-t-il. Nous sommes alors en 2024 et, à ce moment-là, plusieurs pistes sont évoquées dans les écoles pour limiter l’usage des écrans en classe, comme la confiscation des téléphones à l’entrée. Une solution qui, selon lui, montre vite ses limites. “Cela ne soulage pas les établissements, c’est très lourd à gérer pour les équipes”, observe-t-il. C’est alors qu’une nouvelle idée s’impose à lui.

Concrètement, Guillaume Vilain développe une pochette anti-ondes conçue pour empêcher l’utilisation des smartphones. Fabriquée en néoprène, elle intègre une couche anti-ondes composée de filaments de cuivre et d’argent. Une fois le téléphone glissé à l’intérieur, la pochette est verrouillée grâce à un système magnétique, déverrouillable uniquement à l’aide d’un aimant spécifique, semblable à ceux utilisés pour les antivols en magasin.

Le fonctionnement de son système, qu’il a appelé “NoPhone”, est simple : à l’entrée dans l’établissement, les élèves ferment eux-mêmes leur pochette à l’aide d’une base magnétique, qu’ils rouvrent en sortant. “Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les élèves adhèrent à cette solution, indique Guillaume Vilain. Ils me disent souvent que ça leur fait du bien de se déconnecter. Et surtout : ‘Au moins, on ne nous confisque plus notre téléphone, on l’a sur nous’, disent-ils.”

En France, une soixantaine d’établissements, collèges et lycées, sont déjà équipés. Des établissements belges ont également adopté le dispositif. “Depuis la rentrée 2025, environ 400 devis sont en attente dans des établissements publics. Le principal frein reste le budget”, regrette-t-il. Un kit échantillon, pour tester la solution, comprenant une pochette classique, une pochette anti-ondes, une base verrouillable et une base mobile coûte 199 euros TTC. Pour un établissement désirant équiper entre 500 et 1 000 élèves, le budget à prévoir se situe entre 7 000 et 12 000 euros TTC, bases et livraison comprises, indique Guillaume Vilain.

En classe, les effets se font rapidement ressentir, assure l’entrepreneur. La directrice du lycée Jean Boets, en Belgique, équipé du dispositif, confirme : “Les professeurs ne perdent plus de temps. Pour nous, c’est un vrai gain d’énergie et de sérénité. Avant, le téléphone générait énormément de tensions.”

Dans les lycées, le système se veut modulable, afin de permettre des usages pédagogiques encadrés du smartphone. “On a donc des bases qui vont être fixées sur les murs, mais il y a des bases qui vont être mobiles pour permettre aux élèves de déverrouiller plus facilement leur pochette en cas d’usage en cours, par exemple”, explique-t-il. Une solution qui fait écho à l’actualité. Le 28 novembre dernier, Emmanuel Macron a évoqué un possible élargissement de l’interdiction du téléphone au lycée.

Dans le supérieur, le dispositif est pour l’instant surtout utilisé lors des examens, “pour éviter la triche”. L’université Paris-Saclay s’est notamment équipée. À la maison, en revanche, l’entrepreneur se montre plus réservé. “La solution est sans doute trop dure pour un cadre familial, sauf quand le temps d’écran devient complètement démesuré”, conclut-il.