Gwenaël Cadoret est président d’Endraide SDF Montpellier, une association qui mène plusieurs maraudes par semaine en centre-ville.

Qu’observez-vous lors de ces maraudes ?

Depuis le Covid, il y a davantage de personnes fragiles à la rue. Il y a des jeunes, voire des mineurs, des familles, des personnes âgées ou malades. Ce n’est plus seulement des hommes âgés de 30 à 50 ans comme avant, même si ceux-ci sont toujours majoritaires. En tout, on estime à un millier le nombre de personnes en situation de très mal-logement à Montpellier.

Comment vivent-elles ces températures très basses ?

Elles subissent de plein fouet les conditions climatiques hivernales, que ce soit le grand froid ou les fortes pluies pendant près d’une semaine autour de Noël. Cela rend leur quotidien très difficile, en particulier la nuit, et cela aggrave aussi leurs problèmes de santé.

Des associations s’indignent

Plusieurs associations montpelliéraines ont relayé un communiqué, le 3 janvier, s’étonnant de l’absence de plan Grand froid dans l’Hérault.

« À Montpellier, une personne sans-abri de 29 ans est morte le 30 décembre suite à une hypothermie, écrivent-elles. À Montpellier, des familles avec enfants dorment et vivent à la rue dans l’indifférence la plus totale de la préfecture et de la mairie. À Montpellier, la température descend jusqu’à – 5 °C la nuit et la préfecture se garde d’activer le plan Grand Froid qui consiste à mettre au chaud des milliers de personnes à la rue en réquisitionnant des équipements publics, comme les gymnases. »

« En France en 2025, au moins 750 personnes sont mortes dans la rue. Pourquoi cette inhumanité de la part des pouvoirs publics ? Nous relayons l’alerte de nos partenaires associatifs. »

« On les invisibilise encore davantage »

L’ouverture d’un gymnase est-elle un soulagement pour elles ?

Cela arrive tard, puisqu’on a des températures négatives depuis un moment déjà. Et puis, 50 places, c’est très peu par rapport aux besoins. Des solutions d’hébergement, il devrait y en avoir pour plusieurs centaines de personnes dès qu’il fait froid. Car en dessous de 10 °C, qui peut vivre dehors ?

Que manque-t-il pour mieux répondre aux besoins ?

Une volonté. Mais depuis un moment, c’est le contraire qui se produit. Ces personnes vivent déjà dans l’indifférence, mais on les invisibilise encore davantage en les expulsant du centre-ville. Traiter les plus vulnérables de cette façon, qu’est-ce que cela dit de notre société ?