Avec le décès de Noëlle Remy, c’est une grande figure locale qui disparaît. C’est probablement aussi la fin d’un commerce centenaire, qu’elle avait su pérenniser, et dont elle avait accru la renommée.

Situé à deux pas de la place Stanislas, l’établissement fut créé en 1911, au 25 de la rue Stanislas, par un certain Adrien Remy, qui céda son affaire, 27 ans plus tard, à Albert Remy. Aucun lien entre les deux hommes, si ce n’est une passion immodérée pour les belles lettres et les auteurs de tout temps.

Albert et son épouse, Lucienne, avaient une fille : Noëlle, qui grandit au milieu des livres, et se forgea au fil du temps une solide culture littéraire. Tout naturellement, elle reprit l’affaire en 1975. « Hugo, Cicéron ou Jung, pour ne citer que ces auteurs, étaient si présents dans son quotidien qu’elle finissait par en parler avec affection, comme de vieilles connaissances… Le souvenir de ses parents était, lui aussi, très vivace, même des décennies après leurs morts », confie Fabrice Bouzid-Adler, ancien bras droit et ami.

Ducs de Lorraine et Saint-Nicolas

« Mais l’auteur pour lequel elle avait la plus grande tendresse me semble être Saint-Exupéry. Elle pouvait en citer des passages entiers, surtout celui sur l’amitié avec le renard dans Le Petit Prince.  »

Beaucoup de Nancéiens se souviennent sans doute de ses efforts permanents pour agrémenter sa vitrine de thématiques inscrites dans l’air du temps : hommage aux soldats de 14/18 à l’occasion des cérémonies du 11 novembre, évocation des ducs de Lorraine en souvenir de la victoire de 1477, focus sur les expositions du Musée lorrain sans oublier la Saint-Nicolas.

Mécène et conteuse

Noëlle Remy fut aussi pendant des années membre du jury du concours de nouvelles de Fontenoy-la-Joûte, devenu en 1996 un village du livre. « Dans ce concours annuel, elle côtoyait son amie, la femme de lettres Élise Fischer, décédée en 2023. »

Enfin Noëlle Remy ne manquait jamais de soutenir le Musée des beaux-arts de Nancy, lorsque celui-ci lançait des souscriptions publiques pour acquérir de nouvelles œuvres. Conteuse hors pair, elle aimait les animaux, la nature, la culture sous toutes ses formes.

« Mais son amour du patrimoine ne la coupait pas pour autant de son époque, poursuit Fabrice Bouzid-Adler, et son grand combat des vingt dernières années fut probablement la mise sur internet de la librairie via des plateformes telles qu’Abebooks ou Rarebook. »

En 2011, la Librairie Remy fêta ses 100 ans, une grande fierté pour elle. Ces deux dernières années, Noëlle Remy s’était éloignée de son commerce pour raison de santé. Elle caressait l’espoir d’y revenir. Elle s’est éteinte le 22 décembre dernier. Elle avait 89 ans.