L’année 2024 fut aussi belle qu’inespérée en matière de fréquentation, avec 181 millions de tickets vendus. Celle qui vient de s’achever accuse un recul de plus de 20 millions d’entrées que personne n’avait anticipé non plus. Le signe d’une désaffection du public à l’égard des salles obscures ? N’en déplaise aux esprits chagrins, la responsabilité en incombe à l’offre et non à la demande. Et cela concerne en partie le cinéma français, faute de performances, certes impressionnantes, à la hauteur de la surprise d’Un p’tit truc en plus d’Artus (10,8 millions), du Comte de Monte-Cristo du duo Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière (9,4 millions) ou de L’Amour ouf de Gilles Lellouche (4,9 millions), des films ayant créé un appel d’air.
À cela s’est ajoutée la baisse du nombre de blockbusters américains. Bienvenue en 2026, d’autant que cette année se présente sous de favorables auspices avec des propositions audacieuses et variées, entre cinéma grand public et d’auteur. En attendant la relecture des Misérables par Fred Cavayé (le 9 décembre), le nouveau Jean-Pierre Jeunet, Changer l’eau des fleurs (non daté), ou les sorties d’Avengers : Doomsday des frères Russo et du troisième volet du Dune de Denis Villeneuve le 16 décembre, tour d’horizon d’un premier semestre très prometteur.
Plein les yeux
Débutons par les grosses machines et l’un des événements de l’année : l’adaptation par Christopher Nolan de L’Odyssée d’Homère (le 15 juillet), dotée d’un budget de 250 millions de dollars et servie par un casting prestigieux, avec notamment Matt Damon dans le rôle d’Ulysse, Anne Hathaway et Zendaya en Pénélope et Athéna, et dans celui de Télémaque Tom Holland qui, à la fin du même mois (le 29), enfilera pour la quatrième fois le costume de l’homme araignée dans Spider-Man : Brand New Day. Aussi très attendu, le retour à la science-fiction de Steven Spielberg avec Disclosure Day (le 10 juin), une histoire d’extraterrestres née de l’imagination de David Koepp (Jurassik Park, La Guerre des mondes).
Pour l’heure, seuls un teaser et un court synopsis ont été dévoilés : « Si vous découvriez que nous ne sommes pas seuls, si quelqu’un vous le montrait, vous le prouvait, cela vous effrayerait-il ? » Au casting : Emily Blunt, Josh O’Connor (le prince Charles dans la série The Crown) et Colin Firth. Quelques semaines plus tôt, le 20 mai, les fans de Star Wars et de son univers inépuisable verront Jon Favreau décliner sur grand écran sa série proposée sur Disney+ depuis 2020 en France avec The Mandalorian and Grogu, où Pedro Pascal (qu’accompagnent ici Sigourney Weaver et Jeremy Allen White), réendosse l’armure du chasseur de prime Din Djarin.
Continuons d’arpenter le vaste territoire qu’est la SF. Le duo Phil Lord-Chris Miller (21 Jump Street, La Grande Aventure Lego) livre le 18 mars son adaptation du roman d’Andy Weir, Projet dernière chance. Ryan Gosling y campe un professeur de sciences et découvre qu’il est le dernier espoir de l’humanité après s’être réveillé amnésique dans un vaisseau spatial. Retour sur Terre, où l’Apocalypse a déjà eu lieu, avec celle de La Constellation du chien par Ridley Scott qui, le 26 août, met en scène deux hommes confrontés à un monde hostile. « C’est peut-être mon meilleur film », a-t-il déclaré. Il bénéficie en tout cas d’une distribution prometteuse : Margaret Qualley (The Substance), Josh Brolin (Les Gardiens de la Galaxie) et le très en vogue Jacob Elordi, récemment vu dans le Frankenstein de Guillermo del Toro.
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À propos de la créature née de la plume de Mary Shelley, comme le réalisateur James Whale en son temps, Maggie Gyllenhaal donne vie à sa fiancée dans le punk The Bride ! (le 4 mars), dont l’intrigue se situe dans le Chicago des années 1930, portée par Jessie Buckley et Christian Bale. Concernant le cinéma d’animation, le célèbre plombier moustachu fera son retour le 1er avril dans Super Mario Galaxy, le film, et les enfants pourront découvrir le 28 janvier Les Légendaires de Guillaume Ivernel, adapté des BD de Patrick Sobral, puis le 17 juin le cinquième volet de la franchise Toy Story conçu par Andrew Stanton, le coscénariste des quatre premiers.
Au bout du suspense
On passe aux thrillers, avec en premier lieu Olivier Assayas qui porte à l’écran le 21 janvier Le Mage du Kremlin, le best-seller de Giuliano da Empoli. À travers la trajectoire de son personnage fictif mais en partie inspiré de Vladislav Sourkov, l’ancienne éminence grise de Vladimir Poutine qu’incarne Paul Dano, bien entouré par Jude Law (dans le rôle du « Tsar ») et la belle Alicia Vikander, ce récit visite trente ans de vie politique russe, de l’effondrement de l’URSS à l’invasion de la Crimée en 2014. D’un marionnettiste à l’autre, nous trépignons aussi de voir Gourou (le 28 janvier), le septième film de Yann Gozlan.
Le réalisateur d’Un homme idéal et de Boîte noire y dirige de nouveau Pierre Niney, cette fois dans la peau d’une vedette du coaching en développement personnel bientôt en butte aux critiques. D’autres n’ont plus de boulot et sont prêts à tout pour en décrocher un, comme l’antihéros d’Aucun autre choix (le 11 février) de Park Chan-wook, qui rêvait depuis longtemps de s’emparer de Couperet, le roman de Donald E. Westlake (déjà adapté par Costa-Gavras, avec José Garcia, en 2005) : une satire sociale où un cadre fraîchement licencié décide d’éliminer ses concurrents.
Le retour de Gus van Sant et du « Diable s’habille en Prada »
Restons dans les affres du milieu professionnel, mais loin de la civilisation : et si un odieux patron et son employée se retrouvaient coincés sur une île déserte après le crash de leur avion ? La bande-annonce du nouvel opus de Sam Raimi, Send Help (le 11 février), promet un face-à-face aussi drôle que sanglant entre Dylan O’Brien et Rachel McAdams. Dans ce sous-genre qu’est le film de survie, Pierce Brosnan, lui, se caillera les miches le 26 août dans le reboot par Jaume Collet-Serra de Cliffhanger, porté par Sylvester Stallone en 1993. Il y incarne un alpiniste chevronné que la fille (Lily James) tente de libérer des mains de ses ravisseurs. L’année 2026 sera également celle du grand retour de Gus Van Sant, sept ans après Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot. Inspiré d’un fait divers ayant eu lieu le 8 février 1977 dans l’Indiana, La Corde au cou (le 15 avril) raconte la prise d’otage d’un banquier par son client, un ancien promoteur immobilier, que relaient en direct les médias.
Dérider les zygomatiques
En ces temps moroses, le rire est le bienvenu. Un spécialiste de l’humour potache, Philippe Lacheau, tentera de vous regonfler le moral le 4 février en dédiant son nouveau long métrage au Marsupilami. Jamel Debbouze y réendosse le rôle de Pablito Camaron, l’escroc de l’adaptation d’Alain Chabat sortie il y a quatorze ans. Notons qu’on retrouvera Lacheau dans le prochain film de Gérard Jugnot, Mauvaise pioche, le 1er avril, inspiré de l’arrestation en 2019 à Glasgow de ce retraité confondu avec Xavier Dupont de Ligonnès. Un peu plus tôt, le 11 février, l’ancien membre du Splendid sera par ailleurs à l’affiche, auprès d’Artus notamment, du nouveau Christophe Barratier. Avec Les Enfants de la Résistance, le réalisateur des Choristes porte sur grand écran la série de bande dessinée des Belges Vincent Dugomier et Benoît Ers, l’histoire de trois mômes menant des actions clandestines contre les nazis, comme le dit son titre.
Toujours dans le registre de l’aventure, quoique dans une veine bien plus loufoque, Jérémy Ferrari passe derrière la caméra avec Les K d’or (le 11 mars), où il interprète un chasseur de trésors parti à la recherche de l’or de son défunt père n’étant autre que… Mouammar Kadhafi. Du côté des belles histoires vraies, Anthony Marciano, dont nous avions aimé Les Gamins et Play, s’empare dans Le Rêve américain (le 18 février) de celle de Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana, des fous de baskets (ici campés par Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard) partis de rien et devenus des agents influents sur le marché de la NBA. Concluons par deux suites attendues : LOL 2.0 (le 11 février), de Lisa Azuelos, qui s’articule cette fois autour de la relation entre Anne (Sophie Marceau) et sa cadette Louise, et Le Diable s’habille en Prada 2 (le 29 avril), de David Frankel, dans lequel rempilent Anne Hathaway, Meryl Streep, Emily Blunt et Stanley Tucci.
Séquence émotion
Du rire aux drames. Après s’être laissée tenter par l’univers Marvel (Les Éternels), la Chinoise Chloé Zhao revient à un registre plus intime le 21 janvier, en transposant Hamnet, le roman dédié par la Britannique Maggie O’Farrell à l’épreuve traversée par William Shakespeare et son épouse : la mort de leur fils à l’âge de 11 ans. Jessie Buckley y donne la réplique à Paul Mescal. Autre adaptation, d’un classique en l’occurrence : Emerald Fennell (Promising Young Woman, Saltburn) s’empare à sa façon, organique et érotisante, du chef-d’œuvre d’Emily Brontë, avec Hurlevent, en salles la semaine de la Saint-Valentin (le 11 février), où elle dirige Margot Robbie et Jacob Elordi. Restons dans le domaine de la littérature avec le nouveau long métrage de Valérie Donzelli, À Pied d’œuvre (le 4 février), d’après le roman autobiographique de Franck Courtès, ce photographe ayant choisi de troquer son appareil pour la plume au risque de tomber dans la pauvreté. Son rôle est tenu par Bastien Bouillon, César du meilleur espoir masculin en 2023 pour La Nuit du 12, de Dominik Moll.
« La bataille de Gaulle », un film de guerre en deux volets
Dans des univers très éloignés, Alice Winocour (Revoir Paris) met en scène Angelina Jolie en cinéaste américaine apprenant lors de sa venue à Paris, pour la Fashion Week, qu’elle est atteinte d’un cancer, dans Coutures (le 18 février) ; et Paolo Sorrentino retrouve pour La Grazia (le 28 janvier) son acteur fétiche Toni Servillo, qui se glisse dans le costume d’un président de la République fictif devant choisir s’il signera ou non une loi sur la fin de vie. Parmi les autres drames attendus : Romeria (le 8 avril), en compétition à Cannes en mai dernier, de la talentueuse réalisatrice espagnole Carla Simon (Été 93), et la même semaine, le nouveau film de Claire Denis, Le Cri des gardes, tiré de la pièce de Bernard-Marie Koltès Combat de nègre et de chiens.
Vies hors norme
Cette année encore seront portés à l’écran des destins romanesques. Comme celui du champion de tennis de table américain Marty Reisman, incarné par Timothée Chalamet dans Marty Supreme (le 18 février), de Josh Safdie. Et davantage encore celui du « roi de la pop », dont les admirateurs verront leur patience récompensée, du moins l’espère-t-on, le 22 avril, avec la sortie de Michael, d’Antoine Fuqua (Training Day), déjà repoussée à deux reprises. Dans ce film à gros budget (150 millions de dollars), c’est le neveu de la star, Jaafar Jackson, qui défie les lois de la physique.
Lui l’a fait avec l’Allemagne nazie : après De Gaulle, de Gabriel Le Bomin, en 2020, la vie du grand Charles donne cette fois lieu à un diptyque tourné par Antonin Baudry (Le Chant du loup). Pas vraiment un biopic, puisqu’il se circonscrit aux années 1940-1945, mais un film de guerre aux moyens conséquents (74 millions d’euros) et à la solide distribution, avec notamment Simon Abkarian (dans le rôle-titre), Niels Schneider, Thierry Lhermitte, Karim Leklou, Simon Russell Beale et Benoît Magimel. La sortie du premier volet de La Bataille de Gaulle est prévue pour le 10 juin, celle du second le 3 juillet. Tous à vos (grands) écrans !