En rachetant la plus grande salle indoor d’Europe à la famille Lorenzetti, le leader mondial du divertissement, verrouille sa stratégie de « contenant » pour dominer le marché des giga-concerts.
Comme un riff de guitare remonte jusqu’au refrain, Live Nation continue de remonter la chaîne de valeur de l’industrie musicale. La multinationale américaine a annoncé à l’AFP avoir trouvé un accord pour acquérir Paris La Défense Arena, la plus grande salle couverte d’Europe, auprès d’Ovalto, la holding de la famille Lorenzetti. Live Nation ne se contente pas d’ajouter une ligne à son tableau de chasse.
Elle met la main sur un instrument rare, une salle « grand format » capable d’accueillir jusqu’à 45 000 personnes et de faire résonner Paris au diapason des tournées mondiales de Beyoncé, Lady Gaga ou Linkin Park. La transaction, dont le montant n’est pas dévoilé, reste soumise à l’accord de l’Autorité de la concurrence.
Le contenant plutôt que le contenu
Le sens du mouvement est clair : Live Nation veut davantage posséder le contenant, pas seulement produire le contenu. « C’était une opportunité, l’une des rares salles privées en France avec la LDLC Arena à Lyon », explique Angelo Gopee, directeur général de Live Nation France. Le groupe, qui ne détenait jusqu’ici aucune salle de cette envergure dans l’Hexagone, change de dimension.
« Nous voulons faire de ce lieu non seulement un bijou en Europe, mais un joyau dans le monde », s’enthousiasme le dirigeant. L’enjeu est aussi opérationnel. « Aujourd’hui, un concert à l’Arena nécessite un jour et demi de montage, contre quelques heures ailleurs. Cela signifie qu’une partie du temps, on ne peut pas opérer. Notre défi est d’améliorer cela pour accueillir beaucoup plus d’événements », poursuit Angelo Gopee.
Une machine de guerre à trois piliers
Le géant américain, qui affiche un chiffre d’affaires annuel d’environ 23 milliards de dollars (environ 19,7 milliards d’euros), est une machine de guerre organisée en trois piliers : la production de concerts, la billetterie via Ticketmaster et le sponsoring. Chaque année, il orchestre 44 000 concerts dans 45 pays et vend 500 millions de tickets via sa plateforme, véritable mine d’or de données clients.
Dans ce modèle, une grande salle est un nœud stratégique. Elle permet de sécuriser des dates, d’optimiser les tournées et d’empiler des revenus annexes – hospitalités, restauration, merchandising – qui font la différence entre un show et un show très rentable. Live Nation assume d’ailleurs une stratégie « moins de concerts, toujours plus grands » : si le nombre d’événements baisse légèrement, la fréquentation mondiale dans les salles a bondi de 20 % en un an. Paris La Défense Arena, qui emploie plus d’une centaine de personnes, colle à cette partition. « Quand nous organisons des concerts au Stade de France, près de 50 % du public vient de l’étranger. C’est un impact économique, social et territorial indéniable qu’il faut continuer à perpétuer », souligne Angelo Gopee.
La stratégie du « toujours plus grand »
Côté vendeur, Ovalto assure un passage de relais serein. « En dix ans, nous avons fait de Paris La Défense Arena un lieu unique en Europe. Aujourd’hui, une nouvelle page s’ouvre », affirme Jacky Lorenzetti. Angelo Gopee salue d’ailleurs l’audace du fondateur : « Jacky Lorenzetti a pris un risque là où personne ne l’attendait. C’est une aventure entrepreneuriale forte qui se conclut aujourd’hui. » Le groupe américain s’est engagé à conserver les 120 à 140 employés de la salle et précise que l’enceinte restera ouverte à tous les promoteurs.
Ce rachat s’inscrit dans une offensive globale sur la « brique ». Live Nation investit actuellement 1 milliard de dollars dans ses salles aux États-Unis et multiplie les points d’ancrage en Europe, de Berlin à Lyon. À Nanterre, il récupère un palmarès prestigieux mêlant le sport, avec les Jeux olympiques en 2024 notamment, et icônes pop comme Taylor Swift ou Bruce Springsteen.

Reste la dimension la plus explosive : la bataille de la valeur. Michael Rapino, PDG de Live Nation, martèle que le live est l’expérience premium par excellence. Il a récemment jugé les billets « sous-évalués » par rapport au sport américain, estimant qu’il existe « de la marge » pour augmenter les prix. Si les coûts de production explosent – Beyoncé utilise désormais 62 camions pour sa logistique – posséder l’arène permet à Live Nation de travailler la montée en gamme, notamment via les loges et les services VIP, pour protéger ses marges. Dans un monde où les tournées sont plus grosses et plus disputées, contrôler la plus grande salle indoor d’Europe, c’est s’assurer le contrôle d’un passage obligé de la grande boucle mondiale.