L’Ukraine affirme avoir simulé la mort d’un commandant visé par un projet d’assassinat russe : « Je vous félicite pour votre retour à la vie »500 000 dollars de récompense
Le 27 décembre 2025, des canaux liés au Corps des volontaires russes (RDK) avaient annoncé que leur chef avait été tué lors d’une mission sur le front de Zaporijjia. Quelques jours plus tard, retournement complet de situation : le GUR affirme que Kapoustine est vivant et que l’annonce de sa mort faisait partie d’une opération de contre-espionnage « complexe », destinée à faire échouer un projet d’assassinat attribué aux services russes, assorti d’une récompense de 500 000 dollars.
Dans une vidéo diffusée par le renseignement militaire ukrainien, son chef, Kyrylo Boudanov, s’adresse à Kapoustine et le félicite : « bon retour à la vie ». Avant d’ajouter une phrase lourde de sens dans le contexte de la guerre de l’ombre que se mènent les services de renseignement militaires russes et ukrainiens : « Je suis heureux que l’argent prévu pour ton assassinat serve à soutenir notre lutte. »
Comment le drone a révolutionné l’art de la guerre
Dans son récit, le GUR explique avoir construit une « légende » crédible : une séquence vidéo montrant un minibus frappé par un drone, puis un second drone filmant l’épave en feu. Le but : fournir aux commanditaires présumés l’élément qu’ils exigeaient pour valider l’exécution. « Pour appuyer cette légende, une vidéo montrant l’action de deux drones de frappe a été réalisée », a ainsi déclaré un porte-parole du GUR au média ukrainien The Kyiv Independent. Toujours selon cette version, les services russes se seraient laissés berner par la vidéo, et l’argent récupéré par les Ukrainiens « renforcera significativement les capacités de combat » des forces spéciales du GUR.
Reprenant la même trame, le média Babel décrit une mécanique en deux temps (un drone frappe, l’autre filme « les effets ») et affirme que cette vidéo a été montrée aux services russes, qui l’auraient payée 500 000 dollars.
En Ukraine, les nouveaux volontaires étrangers combattent en connaissance de cause: « Il y a beaucoup de façons de contribuer à cette guerre »Une figure d’extrême droite
Le très controversé Denis Kapoustine, également connu sous le nom de Denis Nikitine et le surnom « White Rex », est le fondateur et chef du RDK, un groupe armé russe combattant au côté de l’Ukraine. Les profils publiés ces derniers jours rappellent qu’il s’agit d’une figure d’extrême droite, née à Moscou, devenue l’un des visages des incursions transfrontalières menées par des unités russes anti-Kremlin depuis le territoire ukrainien.
Kapoustine a fondé le RDK après l’invasion à grande échelle de 2022, et le groupe revendique des raids en territoire russe tout en affichant un projet politique radical. Côté russe, le flou domine : avant la « résurrection » orchestrée par Kiev, des sources citées par The Moscow Times rapportent que l’armée russe avait annoncé qu’il avait été tué par une frappe de drone, et que le RDK avait lui-même relayé l’annonce de sa mort à ce moment-là, avant de confirmer par la suite qu’il était vivant.
Après la révélation ukrainienne, les réactions publiques observables proviennent surtout de l’écosystème pro-Kremlin sur Telegram : l’ex-patron de Roscosmos Dmitri Rogozine, par exemple, tourne l’épisode en dérision, parlant d' »inscenirovka » (mise en scène) et raillant l’idée d’une prime. En creux, l’histoire est humiliante pour les services russes car, si la version ukrainienne est exacte, Moscou se serait non seulement fait berner, mais aurait en plus financé des capacités spéciales ukrainiennes.
Moscou se serait non seulement fait berner, mais aurait en plus financé des capacités spéciales ukrainiennes.
Pour sa part, Kiev assume la dimension provocatrice de l’opération : faire croire à un assassinat pour empêcher un vrai. Le précédent Babtchenko (journaliste russe dont la mort avait été simulée à Kiev en 2018) a d’ailleurs été rappelé par plusieurs observateurs pour souligner une méthode déjà utilisée afin de remonter des réseaux.
Reste que l’épisode met l’Ukraine face à une équation sensible : exploiter des figures russes anti-Kremlin pour frapper Moscou sur son propre terrain, tout en gérant le coût politique, et moral, d’alliances tactiques avec des acteurs radicalisés. Pour Kapoustine, cependant, il semblerait que rien n’ait changé. Celui-ci affirme être prêt à reprendre ses missions et continuer de commander.