« On sera là d’une façon ou d’une autre, même si la moitié doit finir en garde à vue, simplement pour pouvoir monter de façon pacifique. » Sans surprise, la Coordination rurale (CR) et son nouveau président Bertrand Venteau sont ressortis mécontents de leur entretien avec le premier ministre, lundi 6 janvier 2025. L’organisation syndicale a donc décidé de braver plusieurs arrêtés préfectoraux pris en France jusqu’à jeudi afin d’interdire les mouvements et convois de tracteurs, visiblement pour tenter de juguler les projets de blocage de la capitale, déjà aux prises avec la neige et le verglas.
La CR espère tout de même l’arrivée de ses cortèges aux abords de Paris à compter de jeudi. Un convoi d’une quarantaine d’agriculteurs est parti mardi matin de Cancon (Lot-et-Garonne) pour faire entendre « leurs solutions » face à la crise de la profession. Des représentants d’autres départements doivent les rejoindre. « Aujourd’hui, 75 % des structures agricoles sont en difficulté financière, a affirmé au départ le président de la CR47, José Pérez. On ne peut pas continuer comme ça. On leur a proposé un moratoire [sur les normes] il y a déjà un mois, mais on n’a pas de retour. Donc on va aller le leur porter. »
« Il faut des actes qui soient tangibles »
Selon le deuxième syndicat agricole de France, aucun engagement concret, y compris sur la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), n’a été pris par le gouvernement. Sur le perron de Matignon, la CR a dit toujours réclamer un choc de simplification, des « efforts sur les contrôles » et des « réponses claires et opérationnelles sur l’eau », quand bien même Sébastien Lecornu a pris des engagements sur ces questions dans une lettre ouverte aux agriculteurs, publiée dimanche sur les réseaux sociaux. Il s’y engage à interdire l’importation de produits ne respectant par les normes sanitaires et phytosanitaires de l’Union européenne, à « débloquer » les projets liés aux réserves d’eau bloqués localement, à « simplifier les règles » et, plus globalement, à répondre au « sentiment d’injustice » qui parcourt les campagnes en rétablissant « le bon sens ».
Mais d’autres dossiers mobilisent les agriculteurs en colère – faible cours du blé et prix élevé des engrais, menace d’une concurrence accrue des pays latino-américains du Mercosur… – que les dernières propositions de l’exécutif ne parviennent pas à calmer.
Mobilisation nationale
La FNSEA a sonné la « mobilisation nationale » dimanche. Mais ses actions semblent pour le moment locales. « Pour rétablir la confiance, il faut des actes qui soient tangibles, a expliqué son président Arnaud Rousseau sur TF1, mardi matin. Le premier ministre dit que “ les décrets vont être signés ” mais il y a une loi Duplomb qui a été votée, promulguée le 13 août 2025 et dont un certain nombre de décrets, sur la question de l’eau, ne sont toujours pas signés. […] Depuis deux ans, nous avons eu un cumul de promesses qui ne voient pas le jour. Nous avons besoin que les choses se passent, à Bruxelles sur la vision et en France sur le revenu des producteurs. » Fin décembre, la Confédération paysanne avait aussi prévu de reprendre la mobilisation en janvier.