Une boîte de photos retrouvée chez un aïeul, une rumeur familiale autour d’un ancêtre glorieux, ou encore la connaissance fortuite d’une parenté inattendue : les raisons de se lancer dans une recherche généalogique sont multiples.
Pourquoi la généalogie nous fait du bien
L’engouement des Français pour la généalogie s’explique d’abord par l’essor du temps libre depuis les années 1980, mais aussi par les déracinements qui ont marqué le XXᵉ siècle : exode rural, urbanisation, recompositions familiales. « La généalogie peut s’apparenter à la jeu-néalogie, c’est-à-dire que c’est un jeu. Un jeu de piste, à la fois une enquête de police et un puzzle », résume le généalogiste François Baron, administrateur de la Fédération française de généalogie et vice-président de l’association Les Jeunes et la Généalogie.
Au-delà du plaisir de l’enquête, cette activité apporte de réels bienfaits. Elle permet de relativiser son propre contexte en découvrant les aventures vécues par ses ancêtres, et de créer du lien en retrouvant des cousins. « Vous avez deux catégories de gens : ceux qui essayent, qui se rendent compte que ça les barbe et qui arrêtent, et ceux qui accrochent. Et ceux-là, vingt ans après, ils y sont toujours », observe l’historienne chez Geneanet Maialen Berasategui, autrice de La généalogie pas à pas. Comment retrouver ses racines aujourd’hui ? (Librio, novembre 2020). François Baron va plus loin : « Au lieu de faire une psychanalyse, peut-être que c’est pas mal de chercher ses ancêtres ! »
Les premiers pas
Les experts sont unanimes : avant de se précipiter sur internet, il faut d’abord interroger sa famille et récupérer les documents existants. L’état-civil n’étant pas consultable en ligne s’il a moins de soixante-quinze, voire cent ans, les témoignages des aînés sont précieux. « J’avais commencé à 12 ans, chez mes grands-parents, où il y avait des arrière-grands-mères centenaires qui avaient connu leurs propres grands-parents et qui avaient toute leur tête. J’avais fini par découvrir que si on les interrogeait, elles avaient quantité d’histoires extraordinaires à raconter, leurs arrière-grands-parents avaient fait les campagnes de Napoléon », raconte l’historienne et généalogiste Marie-Odile Mergnac, autrice de La généalogie, un loisir qui vous veut du bien. Explorer, comprendre et partager son héritage familial (Eyrolles, juin 2025).
Trois types de recherches s’offrent ensuite aux généalogistes : la recherche en ligne directe masculine (la plus rapide), la recherche par quartier qui explore toutes les branches, et la recherche exhaustive incluant collatéraux et descendants.
Les archives départementales constituent une ressource incontournable, souligne Maialen Berasategui. « Les archives départementales conservent les archives publiques et privées produites depuis le Moyen Âge, par département. Vous allez y trouver l’état civil qui est numérisé en ligne aujourd’hui, mais aussi les archives judiciaires, militaires, les registres notariés, plein de ressources complémentaires à ce que vous allez trouver sur internet. N’hésitez pas à y aller, encourage-t-elle. Les archivistes sont super sympas. On a la chance d’être en France, dans un pays où les citoyens ont constitutionnellement le droit d’accéder aux archives : utilisez-le ! »
Les erreurs à éviter
Parmi les pièges classiques du débutant : ne pas noter ses sources, penser que tout est en ligne, ou encore rechercher uniquement par les noms. « Autrefois, les noms n’avaient pas d’orthographe, ils étaient notés phonétiquement. Vous risquez de passer à côté de vos ancêtres », prévient Marie-Odile Mergnac. Pour ceux dont les ancêtres viennent d’anciennes colonies françaises ou d’outre-mer, des associations spécialisées existent et les Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence ont numérisé une partie des documents.
Le conseil final des trois spécialistes : ne pas se décourager. « Accrochez-vous, et puis vraiment, prenez-y du plaisir, allez vers ce qui vous vend le plus de rêve, insiste Maialen Berasategui. Si c’est le grand-père militaire, foncez, si c’est la grand-mère infirmière, foncez, si c’est le grand-père paysan du XVIe, foncez ! »
Nos invités
- Marie-Odile Mergnac, historienne, généalogiste, autrice de La généalogie, un loisir qui vous veut du bien (Eyrolles)
- François Baron, généalogiste, vice-président de l’association « Les Jeunes et la généalogie » et administrateur de la Fédération française de généalogie
- Maialen Berasategui, historienne, autrice de La généalogie pas à pas. Comment retrouver ses racines aujourd’hui ? Redécouvrir son histoire et, à travers elle, celle du monde (Flammarion, 2020)