La proposition de Jean-Michel Aulas et de Véronique Sarselli de créer un tunnel routier de 8 kilomètres sous Lyon provoque l’effet d’une bombe. Et pose de nombreuses questions.

Cet article est réservé aux abonnés

Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli promettent de
Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli promettent de « faire sauter » les bouchons du tunnel sous Fourvière à Lyon. (©OLIVIER CHASSIGNOLE/ AFP)

Par

Nicolas Zaugra

Publié le

6 janv. 2026 à 17h07
; mis à jour le 6 janv. 2026 à 17h09

Un méga-tunnel de 8 kilomètres sous Lyon : la proposition a fait l’effet d’une bombe pour le début de l’année 2026 et l’accélération de la campagne des municipales 2026. Le candidat à la mairie Jean-Michel Aulas et son alliée à la Métropole Véronique Sarselli veulent creuser un nouveau tunnel sous Fourvière, la Saône et le Rhône pour « faire sauter » le bouchon du tunnel sous Fourvière existant
La proposition de campagne fait déjà l’objet d’une pluie de réactions et pose de nombreuses questions sur son coût, son utilité et sa réalisation. Explications.

Un tunnel de 8 kilomètres sous Lyon de la M6 à la M7

Le projet baptisé « Nouvelle Traversée de Fourvière » ou NTF consiste à creuser un tunnel de 8 kilomètres pour aménager une voirie 2X2 voies dans les deux sens de circulation entre l’échangeur du Valvert au niveau de la M6, de doubler l’actuel tunnel sous Fourvière pour passer sous la Saône et la Presqu’île. L’ouvrage déboucherait de l’autre côté du Rhône au niveau de la commune de Saint-Fons et de la M7. 

Ce futur tunnel, qui pourrait comporter un péage car concédé à une entreprise privée, coûterait entre 1,6 milliard et 2 milliards d’euros, selon les estimations de l’équipe Aulas-Sarselli.

Sa réalisation sur « dix ans » prévoit des études et une concertation en 2026 et 2027, les procédures, acquisitions et marchés entre 2027 et 2029. S’en suivraient les travaux du tunnel et à Perrache entre 2029 et 2034. Les flux seraient basculés de l’échangeur de Perrache au nouvel ouvrage entre 2034 et 2036.

Un ancien projet porté par une architecte

Le projet de l’équipe Coeur Lyonnais est en réalité un recyclage de celui porté par l’architecte Hélène Duhoo qui le présentait à actu Lyon en 2022. Elle expliquait avoir commencé à travailler sur son idée en 2016 quand elle a appris que l’échangeur de Perrache allait être transformé avec un « projet nullissime ». 

A l’époque, elle chiffre sa vision à 700-800 millions d’euros. Un plan qui n’est pas nouveau dans une campagne municipale puisqu’en 2020 le centriste Denis Broliquet pousse l’idée de l’ex-architecte pour son programme. Mais Aulas-Sarselli, en prenant les mêmes visuels, vont plus loin : un budget bien plus important allant jusqu’à 2 milliards d’euros, une idée de péage, un nouveau calendrier…

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

L'esquisse du projet de l'architecte xxx repris par Aulas et Sarselli pour leur campagne.
L’esquisse du projet de l’architecte Hélène Duhoo repris par Aulas et Sarselli pour leur campagne. Le tunnel permettait de supprimer le centre Perrache en surface. (©DR)

Des plans qui n’avaient pas séduit Gérard Collomb en 2020. Celui qui a échoué à garder son siège à Lyon, jugeait l’opération « séduisante si elle n’était pas impossible ». Il défendait à l’époque « l’Anneau des Sciences », un bouclage du périphérique actuel entre la M6 et la M7 avec un projet similaire mais sans toucher à Perrache. Projet qu’il abandonne entre les deux tours il y a six ans, sous pression de la vague verte…

L’ambition de faire disparaître le bouchon de Fourvière n’est en tout cas pas nouveau. En 1992, Michel Noir, maire RPR de Lyon promet lui aussi de mettre fin à ce cauchemar bien connu des automobilistes. Un article du Monde rappelle qu’une grande campagne de publicité est financée avec cette grande promesse en misant sur l’autoroute de contournement A 46 Nord, puis, l’année suivante ou tout au moins dans les premiers mois de 1993, de son prolongement par l’est de l’agglomération. Mais les bouchons de Fourvière sont toujours là 33 ans plus tard. 

Un « mirage technique et financier » pour Bruno Bernard

Ce qui fait dire aujourd’hui aux élus écologistes sortants que le futur tunnel sera inutile et inefficace. Le président de la Métropole Bruno Bernard le qualifie de « mirage technique et financier ».

Pour le candidat écologiste, les 2 milliards d’euros seraient plus utiles pour « financer 80 kilomètres de lignes de tramway ».

« Des villes européennes comme Düsseldorf ont déjà déplacé en souterrain des voies rapides urbaines pour libérer l’espace public et réduire la pollution. Notre projet, c’est plus de 40 hectares de végétalisation à la place d’une zone de pollution et une réponse concrète au transit qui asphyxie certains de nos quartiers », a répliqué Jean-Michel Aulas sur X ce mardi.

2 milliards d’euros, vraiment ?

L’équipe Aulas/ Sarselli évoque un coût de 1,6 à 2 milliards d’euros, soit « 200M€/km » et prend comme exemple deux autres projets : le tunnel de l’A86 à Paris (10 km) et le périphérique Nord de Lyon (6,5 km). Le premier a coûté 2,2 milliards contre 1,7 milliard annoncé, le second mis en service en 1997 aura coûté un peu moins d’un milliard d’euros dont la moitié financée par le Grand Lyon et le conseil général.

Quant au Big Dig de Boston pris comme modèle par Jean-Michel Aulas, s’il est cité comme exemple de transformation urbaine grâce à des autoroutes enterrées, il est régulièrement critiqué pour l’envolée de son coût. Il est initialement estimé à 2,5 milliards de dollars dans les années 80, pour un coût final de 14,6 milliards. L’exemple est symbolique mais montre que tout projet d’infrastructure peut déraper en cas de retards, de recours juridiques ou de problèmes techniques…

Le duo a en tout cas trouvé la solution pour financer le projet : un péage. Dans le cas de l’A86, le passage coûte tout de même 12 euros pour les automobilistes afin de rentabiliser le tunnel routier le plus cher de France. Mais JMA n’a pas exclu l’idée de tarifs différents pour les Grands Lyonnais.

Que va devenir Perrache ?

La construction de ce futur tunnel doit aussi engendrer la suppression de l’échangeur de Perrache. « Le projet actuel de la Métropole ne prévoit pas d’impact sur le passage autoroutier, une fois entrepris ces aménagements seront gelés pendant 100 ans », avance la vidéo promotionnelle de Grand Coeur Lyonnais qui promet de « faire disparaître le centre de Perrache ».

Concrètement, l’équipe Aulas/ Sarselli ne dit pas officiellement qu’il compte abandonner le projet déjà bien avancé « ouvrons Perrache » dont le chantier a débuté début 2025 avec la déconstruction de la passerelle piétonne entre la gare SNCF et le centre d’échanges. Les promoteurs privés Quartus/ Apsys sont déjà désignés et doivent engager au moins 130 millions d’euros pour une rénovation complète, la création de commerces, un hôtel, des bureaux…

Que devient le projet ? Quel coût est engendré par l’abandon de ce projet des écologistes ? L’équipe autour de Jean-Michel Aulas ne nous le précise pas. 

Le projet de Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli prévoit un tunnel de 8 kilomètres sous Lyon et la disparition du centre de Perrache.
Le projet de Jean-Michel Aulas et Véronique Sarselli prévoit un tunnel de 8 kilomètres sous Lyon et la disparition du centre de Perrache. (©Nicolas Zaugra/ actu Lyon)

Dans ses notes techniques que nous avons lues, elle évoque « la requalification urbaine (qui) vient ensuite, comme conséquence logique et durable » en détruisant le centre et en créant un vaste espace vert de 45 hectares entre la gare et Ainay. Le candidat à la mairie compte aussi sur des recettes foncières grâce à la construction d’immeubles sur les espaces libérés par l’immense « verrue » de Perrache. Mais tout cela reste flou et lointain.

Un grand parc urbain « deux fois le parc de Gerland » promet l’ancien patron de l’OL. Aux électeurs désormais de trancher en mars prochain…

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.