La colère des agriculteurs monte d’un cran. En Lorraine, des tracteurs de la Coordination rurale se préparent à rejoindre la manifestation nationale de jeudi 8 janvier à Paris malgré les interdictions, d’autres multiplient les actions locales. Entre lisier déversé et dénonciation du Mercosur, ils sont déterminés à se faire entendre.

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Dépôt de lisier devant la préfecture de Nancy pour présenter « leurs vœux nocturnes », départs de convois pour Paris, mobilisations locales : les agriculteurs sont en colère et comptent bien se faire entendre. Accord de libre-échange avec les États du Mercosur, la politique agricole commune (PAC) européenne ou encore la stratégie gouvernementale contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), des crises profondes secouent le monde agricole.

En Lorraine, la Coordination rurale de la Meuse se prépare à manifester à Paris ce jeudi 8 janvier, malgré les arrêtés de circulation pris par plusieurs préfectures. C’est ce que nous a confirmé Bruno Muller, son président, même s’il reconnaît avoir du « mal à mobiliser ». Une quinzaine de tracteurs devraient néanmoins prendre la route vers la capitale. Selon lui, les annonces du Premier ministre ne représentent « aucune avancée  ». « On sait qu’il n’est pas possible de contrôler tous les produits importés.  »

La lettre ouverte du Premier ministre, Sébastien Lecornu ne l’a pas davantage convaincu : « On se bat pour la souveraineté alimentaire. On est là pour nourrir le peuple. Si on ne veut plus soutenir les agriculteurs qui nourrissent la population, alors les Français boufferont de la merde. Les pays dont on parle n’ont pas de contrôle contrairement à nous. On veut bien travailler des heures et des heures. On a une belle agriculture en France. Ce serait dommage de gâcher cela. »

Dès ce mercredi 7 janvier, les agriculteurs lorrains de la Coordination rurale, se rassembleront pour rejoindre la manifestation de jeudi  : « On est à 200 km, 6h de tracteur de Paris depuis la Meuse. Nos collègues alsaciens iront à la manifestation allemande. Nous, on y sera avec nos tracteurs et certains en voiture. »

La FDSEA de Meurthe-et-Moselle, elle, ne participera pas à la mobilisation parisienne. Pour son président Jérémy Jenneson, la problématique est avant tout locale. « On a besoin de retrouver un sens économique à l’agriculture. On doit gagner notre vie avec notre métier. Si on continue comme cela, on ne renouvellera pas la génération qui va partir à la retraite d’ici dix ans. Les jeunes ne sont plus attirés par une profession qui ne paie pas. La balance commerciale agroalimentaire est négative pour la première fois depuis 45 ans. Ce sont des signaux qui devraient alarmer tout le monde. On importe plus d’alimentation qu’on exporte. On est des producteurs initialement. »

Lundi 5  janvier, la FDSEA 54 et les Jeunes agriculteurs ont montré leur détermination en se rendant, en soirée, devant la préfecture de Nancy ainsi que les sous-préfectures de Toul, Lunéville et Briey. À Nancy, ils ont notamment déversé du lisier en guise de carte de vœux. « On s’entend bien avec le préfet. On voulait le charger d’un message pour le gouvernement. L’agriculture est un secteur d’activité économique important sur tout le territoire et on veut le rester. »

Concernant les accords du Mercosur, le président de la FDSEA ne décolère pas : « On nous met des freins à la production. Et on va vers des produits moins qualitatifs et qui ne répondent pas aux exigences environnementales. On n’a pas les conditions de marché qui permettent d’avoir confiance en l’avenir pour pouvoir investir. Le risque est trop élevé.  »

Certaines organisations menacent désormais de boycotter le Salon de l’agriculture à Paris. Mais pour Jérémy Jenneson, ce n’est pas « un salon pour les agriculteurs, mais pour le grand public. On souffre souvent d’une mauvaise image. Le salon permet à 600 000 visiteurs de se rendre compte de la réalité de l’agriculture. On se trompe de combat si on décide de boycotter le salon. »

Du côté de la Confédération paysanne Grand Est, des actions sont également prévues. L’organisation déplore toutefois les arrêtés préfectoraux interdisant les convois de tracteurs. « C’est une entrave au droit de manifester », s’insurge Jonathan Bouton, porte-parole pour la région Grand Est. « Les agriculteurs n’ont pas besoin en plus de se voir coller une amende ou pire, de voir saisir leur tracteur. » Plusieurs groupes se préparent à manifester, tandis que la Confédération réfléchit à d’autres actions et formes de mobilisation.

« Nous, on défend des prix minimums pour l’entrée sur le territoire, pas sous notre prix de production et de vente. Par exemple, la tomate qui rentre à 1,50  euro alors que nous, elle nous coûte 2,50  euros à produire, ne doit pas entrer. On veut la fin des traités de libre-échange avec ce modèle. On veut une vraie position du gouvernement et pas un double jeu comme c’est le cas depuis 30 ans.  »

Selon l’AFP, la perspective que l’accord de libre-échange UE-Mercosur soit signé dans les prochains jours, comme le souhaite la Commission européenne, est un « chiffon rouge », pour Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, « de nature à entraîner des mobilisations plus importantes ». La FNSEA et la Confédération paysanne sont reçues à Matignon, ce mardi 6 janvier en fin d’après-midi.