L’agression russe contre l’Ukraine, lancée en février 2022, a engendré des milliers de victimes silencieuses : les orphelins, invisibles dans les bilans militaires. « Plus de 13.000 enfants ont reçu le statut d’orphelins ou d’enfants privés de soins parentaux depuis le début de la guerre », comptabilisait, en avril 2024, Oksana Zholnovych, ministre ukrainienne de la politique sociale. Parmi eux, quelque 1.759 enfants ont perdu un ou deux parents à cause des combats, des bombardements ou de l’occupation militaire russe dans le sud et l’est du pays.

Mais ces chiffres restent imprécis, car de nombreux enfants se trouvent dans des zones occupées ou déplacées où le recensement est difficile, alertent des associations. Et certains jeunes, confiés à des proches ou à des structures d’accueil, ne sont pas reconnus juridiquement comme orphelins. Leurs parents sont, par exemple, détenus ou réfugiés à l’étranger sans possibilité de retour.

Transferts forcés d’enfants ukrainiens vers la Russie

A ces milliers d’orphelins s’ajoute d’autres milliers séparés de leur famille après leur transfert illégal vers des territoires sous contrôle russe. Au moins 20.000 enfants déplacés seraient dans ce cas, selon les autorités ukrainiennes. Une enquête publiée en septembre 2025 du centre de recherches humanitaires de l’université de Yale (Etats-Unis) a identifié 210 structures sous contrôle russe détenant des enfants ukrainiens. Il s’agit de pensionnats ou bases militaires, des orphelinats, des hôtels ou des bâtiments religieux.

Les enfants placés subissent un endoctrinement militariste dans le but d’éradiquer l’identité ukrainienne, a rapporté en décembre 2024 Kateryna Rashevska, experte juridique au Centre régional pour les droits humains de Kiev. D’autres enfants ont fait l’objet d’adoptions illégales, ont dénoncé Kiev et des ONG ukrainiennes.

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Sur les 20.000 jeunes ukrainiens déportés, seuls 1.943 d’entre eux ont été ramenés dans leur pays, a comptabilisé l’association ukrainienne Bring Kids Back. « Les Russes ont dit que ma mère n’avait pas besoin de moi, et que je serais placé dans une famille d’accueil en Russie », a témoigné à cette ONG Oleksandr, 12 ans, de Marioupol, qui est revenu en Ukraine. Selon Mariana Betsa, vice-ministre ukrainienne des Affaires étrangères, tous les enfants rapatriés en Ukraine sont revenus avec des traumatismes.