Par

Anaelle Montagne

Publié le

6 janv. 2026 à 19h06

Il aura fallu de longues années à Dominique T. pour réaliser. En octobre 2021, cette sexagénaire originaire de La Salvetat-Saint-Gilles a compris que ce qu’elle vivait n’était pas normal : la nuit, son mari avait des relations sexuelles avec elle, pendant qu’elle dormait. Parfois plusieurs fois par semaine. Lourdement médicalisée – car handicapée -, Dominique ne se rendait compte de rien : difficile, donc, de consentir. Mais les doutes qui ont émergé au fil des années ont fini par la pousser à en parler. Quatre ans plus tard, son mari Michele T., 66 ans aujourd’hui, comparaît devant le tribunal de Toulouse ce mardi 6 janvier 2026… pour « agressions sexuelles sur conjoint ».

Des positions inhabituelles et des mouchoirs usagés

La carrure chétive de Michele T. (à prononcer à l’italienne) dénote avec les accusations massives qui pèsent sur lui. Devant les magistrats, le petit sexagénaire aux cheveux gris, nez en patate et lunettes rectangulaires, se débat comme il peut. Il est sur la défensive, crache difficilement qu’il a « fait une connerie qu’il n’aurait pas dû faire ».

Face à lui, son épouse, tout aussi petite, cheveux courts noirs et lunettes rondes, se présente sans avocat. Elle minimise, n’imaginait pas que l’affaire prendrait de telles proportions, et voulait juste « lui donner une leçon, pour qu’il arrête ». Parce que son mari, « il ne comprend pas le non ».

Elle confie ses doutes à sa fille

Les deux sexagénaires se sont mariés en 1982 après dix ans de relation. L’avocat du prévenu, Me Brice Zanin, décrit un couple « archaïque », dans sa vision des relations maritales. « Si ça ne tenait qu’à Dominique T., elle n’en aurait probablement jamais parlé à la police. » C’est à sa fille et sa compagne que la sexagénaire a d’abord confié ses doutes.

« Elle se réveille avec des mouchoirs entre les jambes »

« Elle se réveille le matin avec des mouchoirs plein de sperme entre les jambes, c’est comme ça qu’elle réalise », souffle la présidente. La victime ne se souvient pas de ses nuits : « quand je dors, je suis comme un cadavre », explique-t-elle.

Vidéos : en ce moment sur Actu

La faute au lourd traitement qu’elle prend. Car en plus de sa surdité importante, elle souffre de troubles bipolaires. Ajouté aux agressions pendant la nuit, la victime dénonce aussi une fellation, que son mari a tenté de lui imposer au réveil et qu’elle est parvenue à éviter.

Lourdement handicapée

En apprenant l’indicible, en 2021, la fille du couple pousse sa mère à aller plus loin. En octobre cette année-là, la Salvetaine finit donc par signaler à la police les viols qu’elle subit, via un portail en ligne dédié aux violences sexuelles. Dans la foulée, son époux est placé en garde à vue, puis mis en examen pour viol… avant que les faits ne soient requalifiés en « agression sexuelle sur conjoint ».

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire
Il avoue et avance l’argument du « devoir conjugal »

Lors de ses premières auditions, Michele T. a eu du mal à saisir pourquoi il était poursuivi. Il a tout de suite confirmé qu’il avait des relations sexuelles avec son épouse la nuit, régulièrement. Mais après tout c’est SA femme !, insistera-t-il en garde à vue, allant jusqu’à avancer l’argument du « devoir conjugal ».

Se rendait-il compte que son épouse n’était pas consciente ? « Je ne fais pas attention », lâche le prévenu. Elle assure pourtant lui avoir dit, à plusieurs reprises, de cesser les agressions qu’elle suspectait.

Un parallèle avec l’affaire Mazan ?

« Pourquoi avez-vous continué alors qu’elle vous a dit non ? », tonnent les magistrats. « Depuis 40 ans j’ai dû lui faire deux fois », tente de se défendre Michele T. Et la présidente de faire un parallèle au procès Mazan :

Vous savez qu’il y en a un certain nombre qui sont passés devant une cour d’assises pour ce genre de choses ? Ca peut valoir des années d’emprisonnement, de commettre des agressions sexuelles sur une femme qui dort.

Présidente de l’audience

Attention, met en garde la procureure : ici, il n’y a ni sédation, ni viols commis par des tiers. Contrairement au procès Mazan.

Du sursis simple

Pour autant, le prévenu savait, sans aucun doute, que son épouse n’était pas consentante.

En guise « d’avertissement sévère », la procureure de la République requiert donc trois ans de prison assortis d’un sursis simple (pas de prison ferme, donc). Ainsi qu’une demande de suivi par un psychiatre, de suivi socio-judiciaire, et d’injonction de soins. Sans oublier une interdiction d’entrer en contact avec son épouse et une inscription au fichier des délinquants sexuels.

Le délibéré devrait tomber dans la soirée, ce mardi 6 janvier 2026.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.